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MONS 2026

Catherine Cosme • Réalisatrice de Sauvons les meubles

"Un film qui nous emmène autant vers les larmes que vers le rire"

par 

- La cinéaste bruxelloise nous parle de son film inspiré de son expérience personnelle, une tragi-comédie sur les liens filiaux

Catherine Cosme  • Réalisatrice de Sauvons les meubles
(© Mara de Sario)

Récemment récompensée par un César pour son travail de cheffe décoratrice sur L’Inconnu de la Grande Arche [+lire aussi :
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de Stéphane Demoustier, Catherine Cosme est également réalisatrice, et présente en avant-première belge au Love International Film Festival de Mons Sauvons les meubles [+lire aussi :
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, un premier long métrage inspirée de son expérience personnelle, celle d’une fille qui découvre au chevet de sa mère que celle-ci a usurpé son identité pour contracter d’innombrables prêts à la consommation. Une tragi-comédie baignée par la lumière du Sud sur les liens filiaux, la façon maladroite dont on piège ceux qu’on aime, le deuil, le pardon, et la puissance des retours aux sources, incarnée par Vimala Pons, elle-même lauréate d’un César le mois dernier.

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Cineuropa : Les origines de ce projet sont très personnelles ?
Catherine Cosme
 : Oui, c’est largement autobiographique. Lors du décès de ma mère, j’ai appris que celle-ci avait usurpé mon identité pour pouvoir faire des crédits à la consommation. J’ai bien sûr été abasourdie en l’apprenant, je me suis dit que c’était complètement fou, qu’il y avait là un sujet de film, mais j’ai voulu que ce soit un film qui nous emmène autant vers les larmes que vers le rire, à l’image de la façon dont nous avions vécu les choses avec mon frère.

C’est donc une histoire de famille, de deuil, mais aussi sur la façon dont on tente d’aimer nos proches, avec les erreurs voire les fautes que l’on peut faire ?
Oui, je crois qu’en fait c’est un film sur le pardon. Quand Lucile découvre que sa mère est aussi son escroc, elle a tout un chemin à faire pour comprendre ce qui a bien pu se passer dans sa vie pour en arriver là. J’avais envie de raconter ce chemin, et de mettre en avant le fait que les personnes qui font ces choix les font la plupart du temps par nécessité. C’était aussi une manière de parler de toutes les personnes qui font des crédits à la consommation, qui se retrouvent plongées dans un engrenage où un crédit en amène un autre, où l’on croit jusqu’au bout pouvoir s’en sortir, où l’on n’ose pas en parler autour de soi, où l’on est piégé par la honte et l’on s’enferme dans le silence. Cela brouille forcément les rapports que l’on peut entretenir avec ses proches. Dans le cas de Lucile comme dans le mien, elle a eu une relation très compliquée avec sa mère, pendant des années, sans en comprendre la raison. Ce n’est qu’à la veille de sa mort qu’elle comprend que ce sont ces mensonges qui ont terni leur relation.

Cela questionne aussi la place que l’on occupe dans la famille, les responsabilités qu’on y assume.
Colette, la mère du film, choisit d’utiliser le nom de sa fille plutôt que celui de son fils car elle la pense plus à même de supporter ce poids. Ce rapport conflictuel a paradoxalement contribué à donner de la force à Lucile, cela lui a beaucoup appris, et cela va la faire grandir. Bon, ma psy m’a dit que ce film, c’était génial parce que c’était comme faire une thérapie en accéléré alors que des gens passent des années à essayer de décortiquer leur rapport avec leur mère. En écrivant, réécrivant, en faisant jouer, rejouer des scènes que j’aurais voulu vivre avec ma mère, je crois que cela a eu une fonction thérapeutique. Dans le film, je me suis enfin permise de confronter ma mère à ses choix.

C’est une forme de catharsis par l’art, qui passe ici plus spécifiquement par le prisme de la comédie, et de l’absurde.
Je ne voulais pas du tout faire un film qui ne soit que dans le drame. Je voulais que le spectateur ressorte en ayant traversé tout un paysage : de la stupéfaction à se reconnecter à ces endroits où l’on perd un parent ou un ami, à l’âpreté du deuil, je voulais l’amener vers le rire. Parce que oui, dans ces moments-là, il y a des moments où l’on rit aussi, surtout face à l’absurde de la situation. Je voulais que le film soit un voyage émotionnel.

La mère dans le film est dans une forme de mutisme, le père lui dans un déni absolu.
Quand on a discuté avec Guilaine Londez qui interprète le personnage de la mère, je lui ai dit que ce déni, c’était un déni pour la force, pour arriver à masquer son échec matériel et professionnel. C’est sa manière à elle de surmonter la difficulté. Les gens dans le déni comme Colette ont une forme de courage, mentir comme ça tout le temps, c’est très difficile à vivre. Ce sont des personnes qui ont posé des choix qui n’étaient peut-être pas les plus malins, mais qui avaient pour objectif de rendre service et d’accompagner la famille, aider pour les études, les divorces, les anniversaires. C’est l’envie de donner le meilleur. Et de survivre aussi. Ma mère n’est jamais partie en vacances, mais elle nous a toujours aidés.

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