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CPH:DOX 2026 CPH:DOX Industry

Asmae El Moudir • Réalisatrice de Don’t Let the Sun Go Up on Me

“Ce qui m'a le plus émue, c'est la manière dont les gens font des contraintes une liberté, et de l'obscurité un espace pour l'imagination et la connection”

par 

- La réalisatrice du documentaire qui a remporté le Prix Lab Eurimages de la Diffusion dans le cadre de CPH:DOX Industry nous en dit plus sur son projet, très personnel, et sa longue gestation

Asmae El Moudir • Réalisatrice de Don’t Let the Sun Go Up on Me

Le Soleil des autres, d'Asmae El Moudir, a remporté le Nouveau Prix Lab Eurimages de la Diffusion à CPH:DOX Industry. La réalisatrice marocaine s'est confiée à Cineuropa sur les origines de ce documentaire à la fois très personnel et ambitieux, qui repose sur des années d’observation intime ainsi que des documents d’archives. Elle nous parle aussi de sa grammaire cinématographique hybride, qui mêle documentaire et récit poétique, et de la manière dont le prix reçu va accompagner le parcours de son projet vers un public international et l'aider à avoir davantage d'impact au-delà du circuit des festivals. Le nouveau film de la réalisatrice remarquée de La Mère de tous les mensonges (prix de la mise en scène dans la section Un Certain Regard et lauréat de l’Œil d’or à Cannes en 2023) est produit par El Moudir elle-même, pour Insight Films, en coproduction avec Emma Lepers pour Haut et Court Doc et Monica Hellström pour Ström Pictures, ainsi qu’avec Lofoten Films et Quijote Films.

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Cineuropa : Pouvez-vous nous en dire plus sur Le Soleil des autres : ce qui a inspiré ce projet, ce en quoi il se démarque ?
Asmae El Moudir :
Le projet est né d’une rencontre fortuite. En 2017, je suis entrée dans un petit labo photo, à Rabat, pour faire une photo d’identité, et au lieu de ça, j’ai rencontré Habib et découvert sa fille, Fatimazahra, ainsi que leur monde nocturne. Ce moment m’a marquée. Entre 2017 et 2023, j’ai commencé à filmer leur quotidien, leurs fêtes, leurs conversations, leurs rêves et leurs peurs. Grâce à cette longue immersion, j’ai compris non seulement la réalité médicale des "enfants de la Lune", mais aussi l’isolement social et émotionnel auquel ils sont confrontés. Ce qui m’a le plus émue, c’est leur résilience : la manière dont ils transforment la contrainte en liberté, et l’obscurité en un espace d’imaginaire et de lien. C’est une histoire que je porte en moi depuis huit ans. Ce qui la distingue, c’est cette tension qu'elle présente entre le réel et quelque chose d’assez mythique. L'existence de ces enfants a une dimension extrêmement romantique (faite d’amour, de privation, de désir et de rêves impossibles), et pourtant tout ce qu'on voit ici est vrai.

Où en êtes-vous actuellement dans la production du film ? Quelles sont les prochaines grandes étapes ?
Je suis actuellement en pleine pré-production sur la première partie du tournage, qui s'effectuera au Maroc en avril, avec les enfants de la Lune. La seconde partie du film sera tournée en Norvège, dans les îles Lofoten, au mois d'avril de cette année, pendant la nuit polaire. Ce lieu est au cœur du récit : il représente à la fois une destination réelle et symbolique, liée à un rêve qu’un des sujets principaux du film n’a jamais pu accomplir. Nous commencerons le montage entre les deux phases de tournage.

En quoi votre passage à CPH:INDUSTRY a-t-il influé sur le parcours du projet ? Qu'en avez-vous retiré ?
CPH:INDUSTRY a été un moment très important pour le projet. Nous avons présenté des premières images via une bande-annonce sur laquelle nous avons travaillé de manière très intensive, qui mêle images d’archives, documentaire d'observation et expérimentations visuelles. Ce qui m’a le plus frappée, c’est la réaction qu'ont eue les présents. Beaucoup nous ont dit avoir été surpris, voire choqués, par la puissance cinématographique des images, surtout dans le contexte d'un documentaire. Ce type de retours a été très encourageant, car il confirmait que la grammaire visuelle du film pouvait soutenir la complexité émotionnelle et narrative de l’histoire. Ça nous a aussi aidés à comprendre quel type d'écho le projet pouvait trouver à l’international, en plus de nous donner confiance pour pousser plus loin cette forme hybride qui se situe entre le documentaire et quelque chose de plus poétique, presque fictionnel.

Remporter le Nouveau Prix Lab Eurimages de la Diffusion constitue une étape majeure. Comment comptez-vous utiliser cette aide pour amener le film vers un public plus vaste ?
Ce soutien nous permet d’envisager la vie du film au-delà des festivals et de la distribution traditionnelle. Nous sommes en train de développer une campagne d’impact ciblée, pensée pour prolonger la résonance du long-métrage dans des contextes sociaux plus larges. Nous prévoyons de travailler avec des ONG, des institutions de santé et des réseaux éducatifs, et d’organiser ensemble des projections spéciales accompagnées de discussions autour de thèmes tels que la visibilité, les maladies rares et le deuil. Le film peut devenir un outil de dialogue, de sensibilisation et de lien. Parallèlement, nous voulons élaborer une stratégie de distribution qui combine l’exposition dans les festivals, les sorties en salles, des ventes internationales solides et un travail de diffusion axé sur l’impact. Cette approche à plusieurs niveaux permettra au film de voyager largement, de toucher des publics différents et de s’inscrire dans la durée.

Avez-vous une estimation de la date à laquelle le public pourra découvrir le film ?
Nous visons une première en 2027, idéalement au Festival de Cannes. D’ici là, la priorité est de tourner, au Maroc et en Norvège, puis de monter tout cela – le montage sera l'étape  cruciale qui va déterminer la forme finale du film. C’est un projet qui a mûri sur de nombreuses années. Mon ambition est d’honorer les personnes qui m’ont confié leur histoire, tout en créant un film qui touche les gens bien au-delà de cette communauté.

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(Traduit de l'anglais)

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