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CANNES 2026 ACID

Pauline Ginot • Déléguée générale, l’ACID

"Cannes est juste le début de notre voyage avec les films"

par 

- La pilote de l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion éclaire la mission de l’ACID à Cannes et décrypte la sélection 2026

Pauline Ginot • Déléguée générale, l’ACID
(© Laurie Bisceglia)

Souhaitant offrir de la visibilité à des œuvres indépendantes de qualité souvent insuffisamment diffusés et axant sa ligne éditoriale sur l’audace et la diversité, l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) sera présente pour la 34e fois (lire l’article) sur la Croisette, du 13 au 22 mai, dans le cadre du 79e Festival de Cannes.

Cineuropa : Quel est l’objectif de l’ACID à Cannes où vous semblez dans une position de David contre Goliath par rapport aux autres sélections ?
Pauline Ginot
 : Nous sommes plutôt en co-construction et en complémentarité. L’ACID, c'est un endroit un peu particulier car, à ma connaissance, le seul festival au monde programmé par des cinéastes. Des cinéastes regardent les films d'autres cinéastes et ils décident de s'investir pour que ces films soient vus par le plus grand public possible. Pour nous, Cannes est la première étape de ce parcours. Nous sélectionnons des films le plus souvent sans distributeurs, donc nous faisons un travail, actuellement en cours, de recherche de distributeurs, mais aussi de recherche de vendeurs internationaux pour les films qui n'en ont pas, et d'accompagnement auprès de la presse, afin que ces films puissent passer les étapes qui leur permettent d'aller jusqu’au public. À Cannes, nous montrons ces films en priorité aux exploitants, ainsi qu'aux programmateurs de festival et à tous ceux qui travaillent dans la diffusion. Notre positionnement est axé sur cette attention à des films qui ont également parfois eu des difficultés en préfinancement. Nous essayons de maintenir des couloirs d'air pour ces oeuvres sur lesquelles le marché se resserre jour après jour. C’est le cas des documentaires de création, mais aussi des premiers longs de fiction pour lesquelles nous sommes sur des budgets à moins de 3 M€. Nous avons aussi cette année, un film d'animation, Blaise de Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue, qui a été accompagné en production par Alexandre Gavras, avec un distributeur, un vendeur international, mais qui a été fabriqué avec 1,3 M€, ce qui est très peu pour un film d’animation. On voit donc bien qu'il y a quelque chose de difficile à cet endroit-là. Ce sont donc des films que nous devons accompagner tout au long de l’année, car aujourd'hui en France, soit un film bénéficie d'une exposition maximale à sa sortie, soit il travaille en continuation. C’est notre spécificité : Cannes est juste le début de notre voyage avec les films, partout en France.

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Votre sélection 2026 inclus neuf longs métrages qui seront projetés en première mondiale. D'où viennent ces films ?
Nous avons reçu plus de 650 films, dont une très grande partie du monde entier. Nous accordons une très grande place au cinéma français avec six des neufs longs retenus. C'est beaucoup, nous le savons bien, mais nous avons conscience que si nous rétrécissons cette place du cinéma français, les propositions que nous exclurions seraient celles qui sont déjà un peu exclues ailleurs. Et il faut au moins ces six places pour pouvoir montrer la très grande diversité du cinéma français, y compris documentaire.

Justine Triet, Kaouther Ben Hania, Alain Gomis, Claire Simon, les Larrieu et bien d’autres ont été sélectionnés à l’ACID avec leurs premiers films. À quelles découvertes peut-on s’attendre cette année ?
En passant, Radu Jude était aussi à l’ACID en 2009 avec son premier long, La fille la plus heureuse du monde. Dans notre comité de programmation, de Martin Jauvat à Sylvain George, en passant par Déni Omar Pitssaev, il y a des cinéastes aux cinéphilies très différentes. Notre but, c'est que chacun puisse aller chercher ce qui l'intéresse dans une programmation éclectique. Le film d’ouverture, Mauvaise étoile de Lola Cambourieu et Yann Berlier, qui a déjà un distributeur, rappelle un peu les premiers films de Patricia Mazuy. Il raconte 24 heures de la vie d'une femme très attachante, dont on comprend progressivement qu'elle est dans une relation d'emprise dans son couple. Les acteurs, non-professionnels, sont formidables et c’est un film saisissant et très documenté sur les violences sexuelles et sexistes, qui ne s’inscrit jamais dans la surenchère, mais plutôt dans un continuum de l'accumulation.

Blaise, que j’ai déjà évoqué, avec un personnage qui existait déjà en BD, puis en série, est une comédie satirique sociale extrêmement drôle sur la bourgeoisie et son besoin de validation permanent, avec une patine d'animation très forte et très peu vue.

Autre premier long : Barça Zou de Paul Nouhet. C’est une sorte d’anti "coming of age", plein d’humour, de tendresse et de mélancolie, sur quatre copains partant en week-end faire du skate à Barcelone. Le film travaille le sujet de l’adolescence sur deux temporalités : celle du week-end et dix ans plus tard, quand les personnages s’en souviennent.

Nous avons aussi un film suisse hybride, Virages de Céline Carridroit et Aline Suter, un "feel good movie" d'été à Genève autour d’un personnage féminin du milieu underground queer, qui est très douée en mécanique et qui décide de retaper une Coccinelle pour faire une course. À certains moments, cette comédie très douce, tournée comme un documentaire, est très référencée Mad Max.

Le Serbe Ivan Marković, qui vit en Allemagne et qui est le chef-opérateur d’Angela Schanelec, est parti tourner une fiction dans un Cambodge en pleine mutation : Promised Spaces. À travers la construction d'une résidence ultra moderne, on suit différents protagonistes, un paysan qui devient ouvrier, les maîtres d'oeuvre, ceux qui doivent vendre ces espaces, ceux qui commence à y vivre, etc. C'est un film dont la précision visuelle génère une force à la fois politique et poétique.

Living Twice, Dying Thrice de l’Iranien Karim Lakzadeh complète votre sélection côté fiction, mais vous présentez également trois documentaires, dont un évoque indirectement l’Iran.
Oui, Dans la gueule de l’ogre de Mahsa Karampour qui vit depuis très longtemps en France et qui décide de retrouver son frère, en exil aux Etats-Unis. C’était le leader du groupe Yellow Dogs qu’on a vu à Cannes, à Un Certain Regard en 2009, dans Les chats persans. C’est le portrait d'un survivant, de leur relation fragile, mais aussi de l'Iran de leur enfance, mais aussi d’une histoire plus intime sur les difficultés de l’exil. Un film vertigineux qui se termine sur les bombardements…

Cœur secret de Tom Fontenille démarre comme un petit documentaire intimiste très humble et se déploie comme un mélodrame et une épopée familiale. C’est un très grand film sur la parole, sur comment la caméra la permet, sur les émotions. Une petite famille se retrouve à la mort de la mère, en plein deuil, et le père essaye d’expliquer à ses enfants ce qu’il pas envie d’expliquer : il débute une transition de genre.

Enfin, La détention de Guillaume Massart, qui a pour cadre l'École nationale d'administration pénitentiaire, parle de la prison sans jamais la montrer, nous ouvre les portes d'un milieu hyper fermé et utilise toute l'intelligence du hors champ avec une mise en scène hyper rigoureuse qui fait penser au cinéma de Frederick Wiseman. C’est un film sur l'ordre et la norme, qui parle en réalité de toutes nos institutions, de leurs dysfonctionnements, et indirectement, du rapport à l'autorité.

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