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SÉRIES MANIA 2026 Séries Mania Forum

Francesco Capurro • Directeur, Séries Mania Forum

"Les professionnels ont besoin de trouver de nouvelles façons de financer leurs projets"

par 

- Le pilote des journées professionnelles du Festival Séries Mania qui se dérouleront à Lille du 24 au 26 mars, décrypte la conjoncture de l’industrie de la série

Francesco Capurro • Directeur, Séries Mania Forum
(© Chloé Leclercq)

Rencontre avec Francesco Capurro, le directeur du Séries Mania Forum (du 24 au 26 mars - lire la news), le volet professionnel de la 9e édition lilloise du Festival Séries Mania (qui a démarré vendredi dernier – article).

Cineuropa : Séries Mania Forum attire de plus en plus de professionnels. Cette tendance très positive est-elle aussi une conséquence d’une légère contraction du marché poussant à chercher des partenaires en coproduction ?
Francesco Capurro :
Nous avons reçu environ 400 projets pour nos Co-Pro Pitching Sessions, un nombre assez constant depuis quelques années, mais nous accueillons également de plus en plus de délégations internationales, et globalement de plus en plus de participants. Tout cela montre que les professionnels ont besoin de trouver de nouvelles façons de financer leurs projets, surtout dans un contexte où il est moins facile d’être financé par les chaînes et les streamers qui ont réduit un petit peu leur volume d'investissement par rapport à il y a 3-4 ans. Mais le tableau reste plutôt positif.

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Les Dialogues de Lille seront justement centrés cette année sur les nouvelles alliances. Quelles formes peuvent-elles prendre ?
Il y a de plus en plus de projets transnationaux. À l'heure où la domination américaine historique est moindre, il y a peut-être une opportunité de redessiner des alliances avec de nouveaux acteurs en Asie, au Canada, en Amérique latine ou dans d'autres régions du monde. On sent qu'il y a des envies en ce sens comme le montre par exemple la présence accrue au Forum de participants japonais, la première venue d’une délégation de Singapour, le retour en force de Taïwan, la Corée pays mis à l'honneur de cette édition, une très grande présence canadienne, etc. Il y a une envie et un besoin de créer des coproductions, ou en tout cas des échanges au niveau global. Cela peut passer par des adaptations d'IP, les Asiatiques étant très forts dans ce domaine. Il y a un réservoir très large d'œuvres qui pourraient être adaptées en série et une envie forte de coopération internationale dans un marché de plus en plus global, notamment grâce aux plateformes qui opèrent partout dans le monde et avec des publics assez ouverts aux séries venues d’ailleurs comme l’ont prouvé les succès mondiaux de Squid Game ou d'autres. En même temps, il y a de plus en plus de productions locales qui fonctionnent très bien sur les marchés domestiques. Les deux phénomènes coexistent : le marché actuel englobe des productions assez locales ou des productions très ambitieuses, internationales, ayant une vocation globale.

Quelles sont les tendances au niveau des genres ?
Les thrillers, les crimes en général, restent le genre prédominant, mais c'est un genre tellement large qu’il permet une palette de traitements très différents. Ces derniers temps, ce que les diffuseurs aiment et ce qui marche bien auprès du public, ce sont les "light crimes", des thrillers qui ne sont pas très violents. C'est une vraie tendance du marché et nous l’avons constaté dans les projets que nous avons reçus. Les producteurs sont aussi conscients de la baisse des budgets, donc il y a moins de projets d’époque et de projets de science-fiction. Il y a aussi moins de projets très chers, et les formats sont plus courts, entre 4 et 8 épisodes, avec parfois des séries qui font qu'une seule saison. Cependant, il y a une grande créativité, une grande diversité, notamment plusieurs projets qui essayent de traiter des sujets plus proches d'une audience jeune, sur l'addiction aux écrans, les influenceurs, etc.

Quid justement du jeune public ?
La jeune génération décroche un peu des écrans traditionnels, donc il y a un enjeu plus industriel. Les plus jeunes se tournent vers des formats plus courts, vers YouTube ou vers des micro-dramas. Les séries traditionnelles, les formats de 52 minutes, etc., ne sont pas forcément ce qu’ils consomment le plus. Il faut donc essayer de voir comment on pourrait les intéresser avec d'autres types d'histoires et de narrations. Au Forum, il y aura des débats notamment sur les micro-dramas, et Justine Ryst évoquera comment faire de YouTube un partenaire pour la promotion et la diffusion des séries.

Il semblerait que professionnels voudraient surtout que YouTube participe au financement de la création.
C'est un vrai sujet, mais on ne peut pas non plus ignorer cette réalité : selon le European Media Industy Outlook 2025, YouTube capte presque autant de temps de visionnages que l’ensemble du secteur SVoD en Europe. Un événement comme le nôtre doit laisser la parole à tout le monde et permettre aux différents points de vue de s'exprimer.

Que pensez-vous du changement assez majeur qu’est la diffusion des mêmes contenus sur de multiples plateformes ?
Les diffuseurs y voient une opportunité d'accroître leur audience, parce que ce n'est pas forcément le même type de public qui regarde TF1 ou Netflix par exemple. Ils se sont aperçus qu'au lieu d'être concurrents, ils pouvaient être complémentaires. On voit bien aussi que des séries diffusées en linéaire et ensuite sur une plateforme peuvent réaliser de bons scores d'audience dans les deux modes de diffusion, qu'ils ne touchent pas forcément les mêmes publics au même moment. C'est donc très intéressant, mais les associations de producteurs notamment sont attentives à ce phénomène car il ne faudrait pas que cela limite le potentiel de financement des œuvres. Cela pose des problèmes quand une œuvre financée par un diffuseur se retrouve ensuite, par exemple, sur une plateforme qui n'a pas du tout contribué au financement de l'œuvre en amont, etc. C'est une question complexe qu'il faut étudier au cas par cas, mais c'est effectivement une tendance qu'on observe de plus en plus et il sera difficile de revenir en arrière. Il faut sans doute trouver le bon cadre réglementaire pour que tout le monde s'y retrouve, mais je pense qu’on trouvera de plus en plus les œuvres sur différentes plateformes, différentes applications, etc.

Séries Mania Forum était un marché informel, mais depuis l’an dernier vous organisez le Buyers Upfront. Est-ce le prélude à la mise en place d’un marché officiel ?
Historiquement, nous oeuvrons pour la coproduction et cela reste notre ADN. 40 % des participants sont des producteurs. Mais c'est vrai qu'au fur et à mesure des années, nous avons de plus en plus d'exposants, dont beaucoup sont des sociétés de distribution et de ventes. Il y a aussi les Coming Next From qui permettent de découvrir des séries de différents territoires clés du monde entier qui sont prêtes à être vendues à l'international. Nous avons créé l'an dernier les Buyers Upfront au moment où le MIPTV s’est s'arrêté, pour nous positionner aussi sur les créneaux de la distribution et des ventes. Nous avançons sur deux jambes : la coproduction d'un côté, la vente et l'achat des programmes finis de l'autre. Les deux sont complémentaires. Notre objectif est de faire de notre manifestation un événement complet, afin que ceux qui travaillent dans notre secteur puissent à la fois découvrir des talents, nouer des coproductions et acheter des séries terminées. D'ailleurs, le festival en lui-même est une formidable vitrine de séries inédites, et certaines qui ont été découvertes ici, comme Empathie l’an dernier, ont connu ensuite de grands succès.

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