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DISTRIBUTEUR DU MOIS

Vivien Vande Kerckhove • Distributeur, O’Brother

“Notre mission a toujours été de faire la lumière sur ce qu'est le cinéma belge”

par 

- Entretien sur l'approche qu'adopte la société O’Brother, qui siège à Liège et Bruxelles, pour les films qu'elle distribue

Vivien Vande Kerckhove • Distributeur, O’Brother

La société O’Brother, fondée en 2009, qui a ses bureaux à Liège et Bruxelles, est un acteur clé de la distribution de films d'art et essai au Benelux. Pour l’édition d’avril de notre rubrique Distributeur du mois, nous avons échangé avec Vivien Vande Kerckhove, de la direction générale et de l’équipe commerciale de O’Brother. Il nous en a dit plus sur l’approche de la société en matière de distribution de films belges et internationaux.

Cineuropa : Pourriez-vous commencer par expliquer les origines de O’Brother ?
Vivien Vande Kerckhove :
La société O’Brother a été créée par Jacques-Henri Bronckart, producteur-fondateur chez Versus Production, une société belge qui a produit beaucoup de films locaux et fait pas mal de coproductions. Cette année, ils ont deux coproductions en compétition à Cannes : Coward, de Lukas Dhont, et La Vie d'une femme de Charline Bourgeois-Tacquet. Ils ont également coproduit La Vénus électrique, le film choisi pour l’ouverture. O’Brother avait initialement été montée pour distribuer les films de Versus. J'ai rejoint l’équipe il y a neuf ans. 

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À l’époque, nous lancions dans les salles entre huit et douze films par an, et il s'agissait principalement de titres produits par Versus. C’était, au départ, une bonne manière de mettre au point le meilleur lancement possible pour chacun de leurs films. À présent, nous faisons, d'année en année, de plus en plus d’acquisitions sur les marchés de Venise, Berlin et Paris, aux Rendez-vous d'Unifrance. En 2026, nous allons amener dans les salles entre 22 et 24 films, soit plus du double du nombre de films que nous distribuions il y a neuf ans. La moitié de notre line-up, à peu près, provient de producteurs belges. Nous travaillons beaucoup, notamment, avec Artémis Productions, Tarantula et Frakas Productions. L’autre moitié de notre line-up est constituée par les films que nous avons achetés dans les marchés. Au début, nous nous occupions surtout de films francophones, mais nous souhaitons à présent que notre line-up s’oriente davantage vers des titres internationaux.

Comment répartissez-vous votre équipe dans la région Benelux ?
L’an dernier, nous avons ouvert un bureau aux Pays-Bas, une idée que nous mûrissions depuis plusieurs années. Notre équipe compte désormais cinq membres permanents, contre trois auparavant. Pour l’heure, nous n’avons qu’une personne aux Pays-Bas qui dirige toutes nos activités là-bas. Pendant six mois, elle a eu l'aide d'un employé et nous allons bientôt renforcer l’équipe, donc je pourrais dire que nous avons deux représentants aux Pays-Bas. Nous avons aussi un back office en Belgique que nous partageons avec Versus Production. Jacques-Henri est encore là, ce qui nous permet d'échanger sur nos stratégies d'ensemble.

Quelle est votre ligne éditoriale ? Quel type de films recherchez-vous ?
Notre mission a toujours été de mettre en lumière le cinéma belge actuel, et je pense que ça ne changera pas. Nous penchons clairement vers l’art et essai, mais sur ce terrain, nous restons assez généralistes. Nous aimons beaucoup les films à dimension sociale. On le perçoit très fortement en voyant notre line-up. Nous apprécions aussi les films de genre : c’est dans cet élan que nous avons entrepris de distribuer les films de Julia Ducournau à partir de Grave. Nous sommes parvenus à distribuer d’autres films de genre, comme Talk to Me des frères Philippou. Il y a aussi parmi nos sorties des premiers longs-métrages, comme Animale, d’Emma Benestan, et Vincent doit mourir, de Stéphan Castang. Cela dit, lorsqu’une opportunité se présente d’avoir à son line-up un film qui va toucher un plus vaste public, on ne peut pas la refuser.

Pourriez-vous nous décrire une ou deux campagnes récentes qui ont bien fonctionné ?
Je peux évoquer deux films très importants pour nous, tous deux sortis fin 2025. Le premier est une coproduction, La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa, avec Isabelle Huppert et Laurent Lafitte, qui a été projeté à Cannes l’année dernière, hors compétition, et qui a valu à Lafitte un César pour son rôle. Le film a enregistré plus de 33 000 entrées en Belgique. Nous avons pris beaucoup de plaisir à le lancer dans les salles : c’est une comédie française où Huppert est flanquée d’autres grands interprètes, comme Lafitte, Marina Foïs et Raphaël Personnaz. Nous avons pu organiser une importante campagne de presse avec l’équipe artistique, en particulier avec Isabelle, qui est venue à Bruxelles pour deux journées d’interviews. Elle est très professionnelle et donne de très riches interviews. Le film avait déjà une belle notoriété, grâce à Cannes et parce qu’il s’agit de l’adaptation de l'histoire d’une personnalité très connue en France, Madame Liliane Bettencourt.

Nous nous sommes également occupés d'On vous croit, un film belge à très petit budget qui a marqué les débuts dans le long-métrage de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys. Ils ont fait appel à un fonds réservé aux petites productions du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Dès que nous l'avons vu, nous savions su que nous le voulions vraiment, quitte à organiser une sortie plus modeste, parce que c'est un film en phase avec nos valeurs. C’est exactement pour cela que O’Brother existe. Nous avons eu la grande joie que le film soit sélectionné dans la section Perspectives de Berlin, où il a reçu une mention spéciale du jury. Il a ensuite joué dans de nombreux festivals de France et de Navarre, et il a remporté le premier prix à Namur, le Bayard d’or. Nous sommes très heureux que de nombreuses salles aient eu à cœur de présenter ce film à leur public après toute cette promotion. Le plus beau cadeau a été qu’il remporte un René du cinéma (nouveau nom des Magritte du cinéma), l'équivalent belge des César [lire l'article]. Nous avons aimé accompagner ce petit bijou. Outre ces deux titres, nous avons aussi distribué The Chronology of Water, de Kristen Stewart, et Vermiglio ou la mariée des montagnes, de Maura Delpero, pour ne citer que deux autres films. Nous avons à présent un line-up plus international, même si les films francophones continuent d'y occuper un peu plus de place que les films internationaux.

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(Traduit de l'anglais)

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