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CANNES 2026 Un Certain Regard

Rudi Rosenberg • Réalisateur de Quelques mots d'amour

"Comme dans la vie, de l'humour se mêle au tragique"

par 

- CANNES 2026 : Le cinéaste français explique la genèse de son second long métrage, un mélodrame touchant interprété par Hafsia Herzi et la jeune Nour Salam

Rudi Rosenberg • Réalisateur de Quelques mots d'amour
(© 2026 Fabrizio de Gennaro pour Cineuropa - fadege.it, @fadege.it)

Vainqueur en 2015 à San Sebastián de la compétition New Directors avec Le Nouveau, le cinéaste français Rudi Rosenberg revient avec Quelques mots d'amour, son second long métrage, dévoilé au programme Un Certain Regard du 79e Festival de Cannes.

Cineuropa : D’où est venue l’idée de cette histoire centrée sur une jeune fille en quête de son père ?
Rudi Rosenberg : Je suis un grand fan de l'émission Strip-Tease et j’avais vu un épisode datant de 2004 et intitulé Papa va venir qui suit une famille monoparentale : une mère qui, avec ses enfants, attend le père pour fêter le permis de conduire de leur fille. Ils l’attendent pendant tout l'épisode et il ne vient jamais. C’était à la fois drôle et touchant, j'ai d’ailleurs réussi à retrouver la trace de cette famille et à la rencontrer. L’idée du film et du personnage d'Abigail est d’abord partie de là et je me suis beaucoup documenté sur les enfants qui cherchent leurs parents. Mais j'avais aussi envie d'écrire sur la famille, sur les mères en particulier et sur leur amour inconditionnel pour leurs enfants. Et il y avait aussi l'idée que parfois, on a tendance à courir après ceux qui ne s'intéressent pas à nous et qu’on ne voit plus ceux qui sont là et qui comptent vraiment.

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Pourquoi avoir structuré le récit sur deux temporalités, dans l’enfance, puis dans l’adolescence d'Abigail ?
Au départ, il n’y avait qu’une période. Mais je voulais travailler sur l'obsession presque "borderline" du personnage d'Abigail, qu'elle aille vraiment le plus loin possible. Le temps, c'était donc l’un des critères importants pour que l’on comprenne bien son obsession. Et aussi parce que souvent, le temps nourrit l'obsession et une détresse qui la ronge.

Pourquoi faire démarrer l’intrigue en 1995 ?
Pour une raison plus technique. Aujourd'hui, pour retrouver un père absent, c'est plus facile, c’est faisable en trois clics. À l'époque, c'était beaucoup plus romanesque, on devait enquêter, chercher dans l’annuaire téléphonique, retourner dans le café où il y avait ses habitudes, etc… C'est quand même plus intéressant que de faire un film avec quelqu'un devant son ordinateur et au téléphone.

Comment vouliez-vous traiter le personnage de mère ?
À l’origine, l'histoire était davantage centrée sur Abigail qui cherche son père et sur son obsession, avec une mère un peu démunie ayant envie de la protéger et qui se sent en même temps obligée de l'aider. ll fallait que l’on ressente petit à petit la culpabilité de la mère par rapport à la situation. Mais avec ce que Hafsia Herzi a apporté au personnage, c'est devenu un peu un film sur la relation entre une mère et sa fille.

Comment souhaitiez-vous canaliser le côté mélodramatique inhérent au sujet ?
C'est surtout le sujet qui est touchant. On voit assez souvent ces thèmes au cinéma, donc je me suis dit qu'il fallait vraiment y aller en finesse, parce que cela pouvait vite déborder. Il fallait de la justesse, surtout sur le personnage d’Abigail, que cela soit réaliste. J’aime beaucoup les documentaires et je trouve que l’émotion surgit grâce au côté vrai, pas en essayant d'en rajouter de tonnes. Et j’aime aussi que, comme dans la vie, de l'humour se mêle au tragique.

Comment avez-vous casté les deux actrices qui incarnent Abigail à l’âge de sept ans et de quatorze ans ?
Nour Salam, la grande, je l'avais remarquée dans un casting pour une publicité que je réalisais. Elle avait 12 ans et je l’ai revue six ou sept fois avant de lui confier le rôle. Ensuite, la difficulté, c’était de trouver une petite fille qui lui ressemble. La petite, nous l’avons découverte à Sarcelles où je voulais tourner car je trouve que c'est un lieu très beau et avec une communauté très mélangée. Donc nous avons organisé un grand casting là-bas (il y a d’ailleurs beaucoup d’habitants de la ville dans le film), Ella Bedoucha est venue avec ses parents et nous avons tout suite été frappés par sa ressemblance avec Nour.

Quelles étaient vos principales intentions visuelles ?
Je voulais que ce soit très pris sur le vif et réaliste, mais sans être trop documentaire. Et surtout des lumières assez naturelles, pour que cela ressemble à la vie et pas à une pièce de théâtre. Il fallait aussi un peu d'esthétique parce que les années 2000 sont une époque colorée et car je voulais que cela soit chaleureux.

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