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CANNES 2026 Quinzaine des Cinéastes

Lila Pinell • Réalisatrice de Shana

"Le personnage est toujours en mouvement, elle surprend toujours"

par 

- CANNES 2026 : La cinéaste française parle de son second long métrage qui s‘inscrit dans sa volonté de continuer à explorer le réel sous forme de tragicomédie et avec la même actrice principale

Lila Pinell • Réalisatrice de Shana
(© Joan Braun)

Présenté à la 58e Quinzaine des Cinéastes (qui se déroule dans le cadre du 79e Festival de Cannes), Shana est le premier long métrage de fiction en solo de Lila Pinell (une réalisatrice venue du documentaire), révélée à l’ACID Cannes en 2017 avec Kiss and Cry (co-réalisé avec Chloé Mahieu).

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Cineuropa : D’où est venue l’idée d’un film porté par un personnage féminin aussi fort ?
Lila Pinell : D’un moyen métrage, Le Roi David (prix Jean Vigo en 2021) que j'ai tourné avec la même actrice, Eva Huault, et avec à peu près le même groupe d’interprètes et la même équipe. C'est ce premier projet qui m'a donné envie d’approfondir dans un long métrage. En fait, j'ai rencontré Eva Huault en 2007 quand je tournais un documentaire dans une colonie de vacances. Elle était l’une des enfants de la colonie et j'avais flashé sur cette petite fille. Après, j'ai continué à la voir et à la filmer un petit peu, puis nous nous sommes perdues de vue et je l'ai retrouvée quand elle avait 20 ans. Il s'était passé beaucoup de choses dans sa vie et j'aimais toujours sa personnalité, son humour, son intelligence et toutes les conneries qu'elle faisait. J'ai donc eu envie de créer un personnage qui ne serait pas exactement elle, mais qui serait beaucoup inspiré d’elle et aussi d'autres jeunes filles que j'ai rencontrées, tout en y mettant des éléments intimes qui m’appartiennent. À partir de ce personnage que j'avais effleuré dans Le Roi David, il y avait deux choses que j'avais envie d'approfondir :  son rapport à sa mère et son rapport à son petit copain.

Le sujet de la relation toxique, d’emprise, est au coeur du film.
Eva a vécu des situations très similaires à celle décrite dans le film. Et en parlant aussi avec d'autres jeunes femmes, j'avais l'impression qu'il y avait quelque chose de récurrent dans ces relations d'emprise. Autour de moi, j'entendais de plus en plus parler de ce type de relations compliquées de domination avec des allers-retours permanents entre "je te caresse" et "je te donne une claque". Il y avait quelque chose à raconter, mais surtout pas de manière sensationnaliste, pas comme un truc de fou parce que même si c'est fou, c'est quand même quelque chose d'assez courant.

Quid de la relation entre Shana et sa mère ?
Je voulais raconter une personnalité à travers tout ce qui la traverse, toutes les ambivalences, toutes les relations compliquées. C’est comme cela que la mère, la famille et le petit copain sont arrivés sur le devant de la scène, mais il y a aussi les zones de "safe place" de l’amitié. Le réel est à l'origine de ce film, donc je ne me suis pas dit que j’allais traiter tel et tel sujet. Ce sont le personnage et le réel qui amènent les sujets.

Peut-on définir le film comme une tragicomédie ?
Ce ton est commun à tous mes films. Mon intérêt se porte souvent sur des choses qui peuvent être dures, mais non seulement je n’ai pas envie de les raconter au premier degré, mais je trouve aussi que les choses compliquées et difficiles sont beaucoup plus dures à regarder quand elles sont traitées au premier degré. Donc j’ai conservé ce ton qui est un mélange de grotesque, de comique et de trucs horribles. Eva partage d’ailleurs ce regard sur le monde. Elle peut me raconter des trucs très durs qui lui sont arrivés, mais en faisant rire et c’est aussi pour cette raison que je l'ai choisie : c'est un personnage très haut en couleur.

Le film n’est pas un documentaire, mais ses personnages sont très réalistes et aux antipodes de ceux qu’on voit habituellement au cinéma en France dans ce type de registre.
Shana est un personnage qui évolue entre beaucoup de milieux extrêmement différents. Elle est aussi à l’aise dans des quartiers bourgeois et dans d'autres plus populaires, elle croise des gens issus de cultures différentes. À Paris, tout cela coexiste et le personnage est toujours en mouvement, elle surprend toujours.

Quelles étaient vos principales intentions visuelles ?
Mon chef-opérateur, Victor Zébo, travaille beaucoup avec la pellicule. Donc nous avons tourné en 16 mm, ce qui a généré un certain nombre de contraintes comme le fait de ne pas pouvoir improviser alors que pour moi qui vient du documentaire, l'improvisation est assez naturelle. Cela m’a obligée à être beaucoup plus préparée et à tout écrire. Mais cela s’est révélé une contrainte heureuse car il y avait beaucoup de personnages et des interprètes pour la plupart non-professionnels. J’ai aussi opté pour des cadres assez composés qui peuvent ressembler parfois à des tableaux car c'était pour m'éloigner le plus possible du regard de la télé-réalité. En effet, j’avais filmé en vidéo une répétition d'une dispute entre filles et je m'étais dit que cela faisait un peu télé-réalité. Comme je ne voulais absolument pas que l’on pose sur elles ce type de regard voyeuriste, j’ai réfléchi avec le chef-opérateur sur la manière la plus juste de les regarder en les rendant belles et sensibles.

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