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CANNES 2026 Séances spéciales

Hélène Rosselet-Ruiz • Réalisatrice de Le Triangle d’or

"Ce film est le prolongement d'une réflexion que j’avais sur mon vécu des violences de classe"

par 

- CANNES 2026 : La cinéaste française raconte comment est né son premier long métrage, un récit immergé dans l’univers clos de l’extrême richesse

Hélène Rosselet-Ruiz • Réalisatrice de Le Triangle d’or
(© 2026 Fabrizio de Gennaro pour Cineuropa - fadege.it, @fadege.it)

La cinéaste française Hélène Rosselet-Ruiz vient de présenter son premier long métrage Le Triangle d’or en séance spéciale au 79e Festival de Cannes.

Cineuropa : D’où vient l’idée de cette rencontre entre deux femmes de milieux sociaux diamétralement opposés ?
Hélène Rosselet-Ruiz : Je viens d'un milieu très précaire et il y a quelques années, j'ai eu vraiment besoin d'argent. J’avais un job alimentaire à plein temps d’hôtesse et un prêt à la consommation, et une collègue m'a proposé comme supplément de revenu de faire des ménages pour une femme saoudienne très riche, ce que j’ai fait pendant tout un été. L’histoire du film est née de là. J’ai ensuite intégré La Fémis grâce au dispositif "Égalité des chances" et en troisième année on nous demandé de réaliser un film de fiction de 20 minutes. J'ai eu d'abord Dominik Moll à qui j'ai parlé de cette expérience qui m’avait fait réfléchir sur l'extrême richesse et il m'a encouragé à en faire un film un jour. J’ai rencontré aussi à cette occasion celle qui est devenue ma productrice, Marie-Ange Luciani et, à la sortie de l'école, elle m'a proposé de travailler sur un projet de long métrage à partir de cette expérience. C'est un film sur les rapports de domination au sens large, et le prolongement d'une réflexion que j’avais sur mon vécu des violences de classe. En même temps, cela parle de ce signifie être une femme, des expériences à la fois différentes et communes pour les deux personnages. Marie-Ange m’a proposé de travailler sur le scénario avec Pauline Guéna qui a une approche documentaire, presque journalistique, hyper précieuse. Nous avons rencontré beaucoup de personnes qui travaillent dans les mouvements sociaux de lutte et nous avons parlé avec beaucoup de femmes, notamment saoudiennes. Une mine d'information qui a nourri le scénario.

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Quid de l’hôtel particulier qui est un véritable personnage du film, en particulier avec ses caméras de surveillance que vous avez intégrées à la narration ?
Je souhaitais que le décor soit un lieu existant et non un studio de cinéma, car je voulais y retrouver la sensation de malaise que j'avais eue dans cet immense appartement dans lequel j'avais travaillé, avec des espaces bizarrement conçus : le travail est caché, donc les pièces de travail sont toutes petites, alors que les pièces de vie sont très grandes et peu meublées. Ce sont ces contrastes qui m'intéressaient, avec le mélange de vrais matériaux de luxe et de choses très fausses, comme toutes les plantes, parce que ces lieux ne sont pas toujours habités à l'année. Nous avons donc fini par trouver cette maison au cœur de l'extrême richesse parisienne. Quant à la vidéo-surveillance, elle était présente assez tôt dans le scénario, car le lieu devait incarner une sorte de troisième personnage principal et il fallait intégrer au récit et au film cette question de la surveillance. Qui voit ? Qui est vu ? Qui est regardé ? Comment on utilise le regard ? Ces questions ont servi de fil rouge à l’écriture et les caméras de vidéo-surveillance sont aussi une réalité contemporaine : nous sommes de plus en plus filmés.

Comment avez-vous travaillé le ton du film, un huis-clos entre film social qui vire presque au thriller ?
Pour le personnage de Laura, il ne s’agit bientôt plus seulement de travailler au service de Madame, mais aussi de la surveiller. Cela ouvrait des portes à une certaine tension narrative, et cette surveillance induit du danger, au-delà de la question sociale, même si les deux thématiques sont entremêlés. Chacun des personnages prend des risques, chacun à son niveau, en échange d'une situation ou d'argent.

Ce sujet de l'extrême richesse, vous en montrez aussi les côtés tentants pour le personnage de Laura.
Je ne voulais pas que le regard au niveau de la mise en scène soit un regard de fascination, mais montrer le pouvoir que donne une si grande richesse. La société capitaliste dans laquelle nous vivons est malade d’une certaine manière. La grande richesse, c'est énormément de consommation, de choses jetées, gâchées. Et les gens aussi sont jetables. Cependant, je tenais à ce monde qu'on nous vend comme désirable, comme fascinant, comme ce à quoi on doit aspirer, attire et fasse envie au personnage de Laura qui est issu d'un milieu populaire. Il fallait que le regard du film soit conscient de ce qui représenté, de ce que cela dit des rapports sociaux, mais même temps ne pas évacuer la fascination pour ce monde qui nous est vendu comme un objet de désir. Car il n’y a aucune raison pour que quelqu'un de pauvre ait forcément des réflexes moraux sur ce point.

La relation entre les deux femmes transcende peu à peu leurs différences, sans néanmoins que la frontière entre elles ne puisse être totalement abolie.
Le rapport de ces deux femmes, c'est aussi la confrontation de deux féminités, deux manières de l'habiter. L’un des points importants du film, c'était qu’une sorte de porosité s’instaure entre ces deux femmes qui, à priori, ont l'air si éloignées.

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