CANNES 2026 Special Screenings
Olivier Clert • Réalisateur de Le mystère Lucy Lost
“L'animation est un outil formidable pour trouver le mystère dans le réel”
par Savina Petkova
- CANNES 2026 : Le réalisateur français auquel on doit le petit dernier du studio Xilam nous parle du style de ce premier long-métrage pour lui et de son approche de l'adaptation

Le mystère Lucy Lost, présenté en séance spéciale au Festival de Cannes cette année, est un charmant film d'animation 2D produit par Xilam (J'ai perdu mon corps), sur fond de Première Guerre mondiale, où une jeune fille aux cheveux blancs découvre peu à peu son passé, avec l'aide d'un ami imaginaire. En amont de la projection, Cineuropa s'est entretenu avec le réalisateur du film, Olivier Clert, qui a également été le storyboarder en chef du film.
Cineuropa : Pourquoi pensez-vous que l’adaptation de ce roman en particulier fonctionne si bien en animation ?
Olivier Clert : Marc du Pontavice, le producteur, a acheté les droits du livre et il avait déjà commencé à le développer avant que je ne rejoigne le projet. J'étais attiré par les thèmes et l'atmosphère du livre, et traduire tout cela en animation était nouveau pour moi, mais comme nous voulions parler des traumatismes qui restent et du pouvoir de l'imagination, l'animation nous a semblé un formidable outil pour aborder cela, pour déceler le mystère dans le réel sans avoir à trancher entre le réel et la magie.
D’une certaine manière, tout est possible en animation, car on part de zéro. Quand vous avez commencé le storyboard, quelles ont été vos premières impressions et idées ?
Dans le livre, l'histoire est dite selon la perspective des autres personnages plus que celle de Lucy elle-même, alors quand nous avons décidé de faire un film sur Lucy et de raconter les choses à partir de son point de vue, c'est là que j'ai commencé à écrire et à dessiner. Savoir que l'idée était de rendre compte de son état d'esprit et de sa perception du monde (quelque chose d'assez fluide) m'a permis de transmettre très facilement ce que j'avais en tête pour le film. Quand j'ai rencontré Marc, je suis arrivé avec un traitement de dix pages et plus de trente dessins, et j'ai continué d'en ajouter des nouveaux. Au moment où j'ai commencé le storyboard, j'avais déjà plus de mille dessins. Nous étions tous animés par le même objectif, nous allions tous dans la même direction.
Les personnages du film sont plus jeunes que dans le livre. Comment cela se reflète-t-il dans le style visuel ?
Toutes les recherches faites avant mon arrivée allaient vers un style plus réaliste, et c'est quelque chose que je voulais changer. Je dessinais déjà les personnages un peu plus jeunes, car je voulais souligner leur innocence. Le film parle de ce moment de l'enfance où elle touche à sa fin, où on est à la veille de devenir ado et de devoir affronter le monde. Lucy et Milly ont encore une imagination enfantine et jouent comme des enfants. De fait, nous voulions apporter une certaine fragilité et une vulnérabilité à leurs silhouettes, ce qui a naturellement joué sur leur apparence. Nous avons aussi essayé de rendre le style d'animation aussi simple que possible, car nous voulions que le public les aime et s'identifie à elles.
Comment cela a-t-il influé sur la manière dont le paysage est présenté dans le film, sachant que les enfants perçoivent le monde différemment ?
Oui, c'est vrai. Il faut dire que ces îles sont déjà très cinégéniques mais en même temps, quand on est enfant, on vit la nature différemment, on regarde les choses autrement. En fait, peut-être qu'on ne regarde vraiment les choses que quand on est enfant. Adulte, on perd cette faculté et ce sentiment d'être relié à la nature. Nous avons donc abordé le monde qui entoure les personnages avec curiosité et fraîcheur, et la nature est devenue un élément majeur à la fois du storyboard et du style visuel global du film, puisque le public allait pouvoir découvrir les îles Scilly aux côtés des enfants.
(Traduit de l'anglais)
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