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CANNES 2026 Semaine de la critique

Félix de Givry • Réalisateur d'Adieu monde cruel

“Plus on grandit, plus on comprend que le monde est plus grand que ce qu'on pensait”

par 

- CANNES 2026 : Le réalisateur débutant, qu'on a vu comme acteur dans le Eden de Mia Hansen-Løve, nous en dit plus sur le bouleversant récit d'apprentissage qu'il présente à Cannes

Félix de Givry • Réalisateur d'Adieu monde cruel
(© 2026 Fabrizio de Gennaro pour Cineuropa - fadege.it, @fadege.it)

Adieu monde cruel, de Félix de Givry, s’ouvre sur une situation impensable : Otto (Milo Machado-Graner, d'Anatomie d’une chute) a annoncé à toute sa classe qu’il allait mettre fin à ses jours. Au dernier moment, il y renonce et se cache. Tandis que sa famille et les autorités lancent les recherches pour le retrouver, Léna (Jane Beever), une camarade de classe bienveillante, l’abrite dans une chambre vide du petit hôtel que tient sa mère. Un lien teinté de culpabilité et de complicité commence à se tisser entre eux.

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Givry, connu pour son travail mémorable dans le rôle principal d'Eden de  Mia Hansen-Løve, s’est depuis imposé comme cinéaste, en collaborant avec son partenaire de production Ugo Bienvenu sur le film d’animation Arco, nominé aux Oscars. Nous avons interrogé le réalisateur avant la première de son nouveau film, présenté à Cannes en clôture de la Semaine de la Critique.

Cineuropa : Comment êtes-vous passé du métier d’acteur à la réalisation, et comment l’idée d'Adieu monde cruel vous est-elle venue ?
Félix de Givry :
Je pense que ma rencontre avec Mia Hansen-Løve sur Eden m’a fait découvrir comment on fabriquait un film de manière générale, plus du point de vue de la mise en scène que du jeu d’acteur. Toute cette expérience m’a permis de me rendre compte que je voulais devenir réalisateur plus que comédien. Sur le film de Mia, j’ai aussi rencontré Ugo Bienvenu, qui est mon associé au sein de notre société de production, Remembers. Nous avons par ailleurs fait le film d’Ugo, Arco, qui a eu beaucoup de succès.

Dans Adieu monde cruel, Otto devait initialement avoir 18 ans et ce qu'il voulait, c'était simplement quitter ses parents et disparaître – et c’était son droit, selon la loi. Finalement, dans la version définitive, j’ai un peu rajeuni le personnage et l’ai davantage relié à mes années d’adolescence. Le point de départ autobiographique est le même – j'ai moi-même été victime de harcèlement à l’école –, mais le reste est de la fiction.

L’un des aspects les plus intéressants du scénario est la manière dont il quitte peu à peu la perspective d’Otto pour adopter celle de Léna.
Ce film est, depuis toujours, l’histoire d’un duo. En revanche, je pensais que Marie [Marie-Stéphane Imbert, la coscénariste du film] serait plus proche du personnage de Léna, et qu’Otto me ressemblerait davantage, mais plus nous avancions dans le tournage, plus je comprenais que c’était plutôt l’inverse, parce que le personnage de Léna est connecté au monde réel. En tout cas, l'idée était que le personnage qui disparaissait faisait aussi une rencontre, et qu'ainsi, ils pouvaient disparaître ensemble.

Il existe de nombreux films sur ce sujet, à savoir le choix de mettre fin à ses jours, mais il est rarement abordé sous cet angle-là. Qui plus est, on est libre de se faire sa propre idée de l’état d’esprit du personnage.
Il y a eu beaucoup d'histoires de suicide autour de moi, quand j'avais cet âge-là, et peut-être que j'étais moi aussi concerné, bien que je n’aie jamais fait de TS. C’est Truffaut qui disait : "Quiconque affirme que l’adolescence est la plus belle période de la vie est un menteur". Je me reconnais profondément dans ces mots. Pour moi, cet âge a été mon pire cauchemar. C'était comme d'être enfermé dans une prison dès que je me trouvais à l'intérieur d'un espace composé, disons, de trois salles de classe et de quelques rues autour du lycée – et j'avais vraiment l'impression, à l'époque, que je resterais coincé là pour toujours. On a des idées très arrêtées sur ce qu’est la vie, quand on se trouve dans cette zone très étrange située entre l’enfance et l’âge adulte. J’ai fait une interview avec une journaliste l’année dernière et c’était très intéressant, parce qu’elle faisait observer qu'au cinéma, la plupart des récits d'apprentissage commencent par des scènes censées rendre la "légèreté" de l'adolescence. L'idée même du passage à l’âge adulte est qu'on est soudain confronté à un monde dont on comprend combien il est sérieux et grave. Pourtant, plus on grandit, plus on comprend aussi que le monde est plus vaste qu’on ne le pensait.

Adieu monde cruel évoque les grands classiques du cinéma d’auteur français, en particulier Mouchette et Le Diable probablement de Robert Bresson. La voix off de Françoise Lebrun joue un rôle important…
Ce que je crois avoir compris, c'est que l’expérience qu'on vit en voyant mon film est difficile à digérer. Ce que j’aime dans les films dont vous parlez, les classiques (même si Bresson et Truffaut sont très différents), c'est que ce sont des films sur le cinéma. Il y a certains éléments spécifiques dans ces œuvres qui manquent au cinéma d’aujourd’hui. Ils ont disparu, peut-être à cause de l’avènement d’un cinéma plus réaliste et naturaliste.

Il peut être ironique, mais aussi terre à terre, comme quand c'est filmé caméra à l’épaule. L’idée est que plus on est proche du réel, mieux c’est. Ce qui n'empêche pas que j'adore les Dardenne, par exemple, mais je note que c’est une tendance dominante depuis l'an 2000. Le cinéma qu'on pourrait appeler "lyrique" a été supplanté. Ça me manque, ça : l’expérience d’aller voir un vrai "film", avec la musique, le générique d’ouverture, etc., et d'accepter le pacte de crédulité. On nous raconte une histoire, et on quitte la réalité, alors qu'aujourd'hui, beaucoup de films s'ouvrent sur les bruits d’une gare – les gens sont obsédés par l’idée de ne pas interrompre la réalité. Je n’aime pas que les films des années 1970, mais maintenant je comprends que c'est pour tout cela que ces œuvres en particulier me touchent et continuent de m'accompagner. Peut-être que certains verront mon film et diront qu'il n'en est qu’une pâle copie, mais c’est tout simplement le cinéma que j’aime.

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(Traduit de l'anglais)

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