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CANNES 2026 Quinzaine des Cinéastes

Sébastien Laudenbach • Réalisateur de Carmen, l'oiseau rebelle

“La vie est violente et les enfants sont violents, et ils aiment voir des choses 'plus grandes' qu'eux, pour grandir"

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- CANNES 2026 : Le réalisateur français nous parle de la belle légende "gitane" qu'il a empruntée à ce qui est possiblement le plus grand opéra français de tous les temps, avec les enfants en tête

Sébastien Laudenbach • Réalisateur de Carmen, l'oiseau rebelle
(© Milo Laudenbach)

Carmen, l'oiseau rebelle, présenté à la Quinzaine des Cinéastes du 79e Festival de Cannes, marque la deuxième présence sur la Croisette du réalisateur Sébastien Laudenbach, qui y avait déjà présenté son film précédent, Linda veut du poulet ! (coréalisé avec Chiara Malta), à l’ACID en 2023. Nous avons rencontré le prodige de l’animation français, dont l'excellence dans son domaine est confirmée par la manière dont il s'approprie la formidable légende "gitane" au cœur de ce qui est sans doute un des plus grands opéras français de tous les temps, mais avec à l'esprit les enfants.

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Cineuropa : Comment avez-vous croisé la route de Carmen ?
Sébastien Laudenbach :
Par l’intermédiaire d’un ami grand amateur d’opéra qui est venu me parler, il y a une dizaine d’années, pour me dire que je devrais faire un Carmen pour les enfants. L’opéra comporte un chœur d’enfants très joyeux, donc l’idée a été de les placer au premier plan.

Carmen n’est pas exactement Le Carnaval des animaux ou Pierre et le Loup : c’est une œuvre assez adulte et aussi assez violente.
La vie est violente et les enfants sont violents, et ils aiment voir des œuvres "plus grandes" qu’eux, ça fait partie de leur développement. Je pense qu’il est important que les cinéastes aient à l'esprit le jeune public, car nous avons la responsabilité de les accompagner vers l’âge adulte. Quand on s’adresse à un jeune public, il faut parler clairement et proposer, tout en restant à la portée d'un regard d’enfant, quelque chose de beau et de haut niveau. Pour eux, c’est plus intéressant de devoir faire un petit effort pour accéder à la friandise. L’avoir déjà là, posée sur la table, est moins amusant que devoir monter sur une chaise pour atteindre le placard. Ce n’est pas une adaptation "pour enfants" à proprement parler, mais un film accessible aux enfants, c'est différent. Il ne se met pas à genoux pour ne pas dépasser l’enfant ; il est un peu plus haut. Et c’est, je crois, ce qui les attire.

Aussi iconique que soit Carmen, avec son identité ethnique, indissociable de son personnage, comment avez-vous abordé l’aspect "gitan", y compris l’emploi même de ce terme, courant lors de la création de l’opéra, en 1875, mais aujourd’hui décrié, car considéré comme péjoratif ?
Nous avons rencontré des membres de l’Association des Gitanas féministes pour la diversité, à Séville, qui ont lu le scénario avec plaisir. Pour elles, le mot "gitan" n’était pas du tout un problème. Elles nous ont dit que même si notre récit n’était pas entièrement fidèle à l'histoire, elles appréciaient notre manière de représenter leur communauté et nous ont même donné de vieilles photos. En effet, ici, elles n’étaient pas nomades comme dans le film. À Séville, elles vivaient dans le quartier de Triana. Nous nous sommes toutefois accordé quelques libertés en introduisant des roulottes vardo, que nous tenions à intégrer à certaines scènes.

Votre style peut rappeler le classique de l’animation Le Livre de la jungle (1967), le dernier film sur lequel Walt Disney a travaillé personnellement, aujourd’hui encore très prisé. Vous en êtes-vous effectivement inspiré ?
Le Livre de la jungle fait aussi partie de mes favoris, sans doute parce qu’il a un côté "esquissé" qui le rend vivant. Pour injecter de la vie dans un film d’animation, il faut ne pas compléter l’image. Ainsi, on la maintient en mouvement. Les esquisses me touchent personnellement, car on peut parfois y apprendre quelque chose de l’être humain derrière le trait. Je pense que nous devrions essayer de développer ce type d’esthétique pour les films d’animation.

Vous êtes-vous inspiré de personnes réelles pour créer vos personnages, notamment pour leurs visages ?
Aucune. Le visage le plus difficile à trouver a été celui de Carmen elle-même. Nous avons tous notre Carmen en tête, de sorte que trouver la bonne manière de la dessiner n’a pas été facile. Ici, nous avons une jeune Carmen d’environ 22 ans avec un frais minois, encore un peu naïve quoique parfaitement consciente de ses charmes, mais nous voulions aussi qu’elle soit un peu cabossée, d’où ce nez particulier. Ses yeux sont différents de ceux des autres, qui n’ont qu’un point sombre au centre : elle, elle a l'iris vert, et c'est le seul personnage du film à avoir cette caractéristique. Mais surtout, ici, elle n’est pas tant une icône qu’une vraie femme, car c'est ce que je voulais.

Comme on le sait, elle mourra à la fin, mais les enfants sont toujours là et entretiennent la flamme. Est-ce une lecture raisonnable ?
S’il y a un message ici, c’est la question du monde que l’on souhaite construire. Et ma proposition est d’être ensemble, car unis, nous sommes plus forts.

Y a-t-il une autre œuvre musicale que vous aimeriez adapter ?
Je ne sais pas. En ce moment, Chiara Malta et moi sommes en train d'adapter un livre italien, un conte métaphysique pour les tout-petits sur la conscience de la finitude de la vie, avec beaucoup d’animaux.

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(Traduit de l'anglais)

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