CANNES 2026 Quinzaine des Cinéastes
Clio Barnard • Réalisatrice de Je vois des immeubles tomber comme la foudre
“Tout le monde voulait la même chose, à savoir voir ces trois personnages ensemble à l'écran”
par Savina Petkova
- CANNES 2026 : La cinéaste britannique nous parle de sa nouvelle adaptation littéraire, et du fait d'avoir tourné à Birmingham pour la première fois

Clio Barnard est connue pour son décor de prédilection, Bradford et le nord de l’Angleterre, ainsi que pour ses personnages profondément humains et les limites auxquelles ils se heurtent. Pour son nouveau film, Je vois des immeubles tomber comme la foudre, présenté à la Quinzaine des Cinéastes du Festival de Cannes, elle a cette fois mis le cap sur Birmingham, où un groupe de cinq amis d’enfance tente de rester uni malgré tout. Cineuropa a rencontré Barnard à Cannes pour l'interroger sur cette adaptation du roman de Kieran Goddard.
Cineuropa : Comment s'est passé ce tournage à Birmingham, dans les West Midlands, par rapport à ceux de vos films précédents, qui se sont tous effectués à Bradford ?
Clio Barnard: Ça a été un grand changement pour moi. Les films de la "trilogie de Bradford" sont nés les uns des autres, depuis ma première visite en 2008. Ça fait longtemps maintenant, et j’ai noué avec les habitants de la ville des liens pérennes, donc oui, à ce niveau-là, ce tournage a été très différent. Comme je n’ai pas écrit le scénario de ce film, je n’ai pas pu faire ce que j’ai fait sur les autres, à savoir passer par différents ateliers, mais Kieran Goddard, l'auteur du roman, a vraiment été notre porte d’entrée : il nous a accueillis à bras ouverts et nous a fait découvrir ce lieu en particulier, un club-asso appelé The Crown qui est devenu notre bureau de production, notre salle de répétition et notre décor. Toutes les scènes qui se déroulent au pub ont été tournées là, et c'est notre cheffe décoratrice, Jane Levick, qui s'est chargée de transformer l’espace selon les besoins.
Ce film a en commun avec vos autres travaux un fort ancrage dans le lieu de l'action. Comment avez-vous fait pour arriver à cela ?
Ça fait très plaisir d'entendre ça, car c’était une de mes inquiétudes, au départ. Heureusement, grâce à Kieran et à son frère Tom, au club The Crown et à l’envie des acteurs de se jeter dans le projet, tout s’est mis en place très naturellement. Nous avons organisé un grand casting ouvert, au club, et le mélange d’acteurs professionnels et non professionnels a été accueilli très chaleureusement par la troupe.
Pouvez-vous en dire plus sur le travail d'adaptation du roman, avec l’aide d’Enda Walsh (qui a récemment travaillé sur Die My Love), qui vous a permis d’aboutir à une telle polyphonie ?
C’est une très belle façon de le dire ! J’adore vraiment le travail d’Enda Walsh, de sorte que j’ai été ravie de recevoir un e-mail de sa part me demandant si je serais intéressée par la lecture du roman, qui n’était pas encore paru à ce moment-là, afin de collaborer avec lui comme réalisatrice. J’ai adoré les personnages, et la manière dont la dimension politique des choses s’exprime à travers eux. Le roman se compose de cinq monologues intérieurs, ce qui le rend difficile à transformer en scénario, mais par chance, lorsque nous nous sommes rencontrés tous les trois, le courant est tout de suite passé. Enda a ensuite écrit le scénario très rapidement. Il a trouvé des moyens ingénieux d’extérioriser ces voix intérieures. Ça a été une collaboration très agréable, car tout le monde voulait la même chose : voir ces cinq personnages réunis à l’écran.
On est plongés dans une alternance de points de vue. Pouvez-vous nous parler en particulier de l’usage que vous faites ici des gros plans très serrés et des moments où les personnages s'adressent directement à la caméra ?
C’était une sorte d’expérimentation destinée à faire écho aux cinq portraits présentés par le roman. Celui que je tenais absolument à inclure, c’était celui de Shiv, interprétée par Lola Petticrew, parce que je voulais qu’elle nous regarde droit dans les yeux. C’est un personnage extraordinaire et dans le roman, une grande place est faite à ce qui se passe dans sa tête, ce qui est plus difficile à rendre à l’écran sans recourir à la voix off.
Comment avez-vous abordé cela avec le directeur de la photographie Simon Tindall ?
L’idée était que tous les personnages ont un rapport différent au temps. Le cinéma, lui aussi, a un rapport très particulier au temps, et c'est pour ça que je voulais tourner ces portraits sur pellicule. Nous avons ensuite harmonisé le reste des images tournées avec ces portraits, afin qu’elles aient le même aspect.
Comment caste-t-on un personnage central collectif ? Comment vous êtes-vous préparés, avec les acteurs individuellement et en groupe ?
J’ai travaillé individuellement avec chacun d’entre eux et nous avons parlé de leur personnage, mais je suis aussi certaine qu’ils ont pris beaucoup de décisions de leur côté. Ensuite, nous avons également travaillé en groupe. Nous avons beaucoup dansé pendant les répétitions, par exemple, car il était très important qu’ils soient soudés en tant que groupe. Ils ont tous parfaitement compris que c’était ça qu’il fallait faire, mais ils ont aussi passé du temps ensemble en dehors des répétitions. Je sais qu’ils sont tous sortis dîner ensemble, plusieurs fois, et que certains ont même passé des soirées avec des habitants. Ils exploraient de leur côté tout en développant la dynamique de groupe.
(Traduit de l'anglais)
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