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CANNES 2026 Hors compétition

Agnès Jaoui • Réalisatrice et actrice de L’Objet du délit

"J’avais envie de pouvoir faire dialoguer des mondes qui parfois dans la vraie vie dialoguent très mal"

par 

- CANNES 2026 : La réalisatrice et actrice revient sur son premier film scénarisé sans Jean-Pierre Bacri, où elle imagine la production d’un opéra perturbée par une accusation d’agression sexuelle

Agnès Jaoui • Réalisatrice et actrice de L’Objet du délit
(© 2026 Fabrizio de Gennaro pour Cineuropa - fadege.it, @fadege.it)

Cinéaste et comédienne largement reconnue et primée, Agnès Jaoui a longtemps été accompagnée à l’écriture, et parfois à la réalisation par l’acteur, auteur et réalisateur Jean-Pierre Bacri, disparu en 2021, avec lequel elle forma un duo incisif. Elle est revenue cette année au Festival de Cannes, hors compétition, avec son nouveau film L’Objet du délit, qui sort ce 27 mai dans les salles françaises avec StudioCanal, où elle retrouve le format choral qui lui sied si bien pour imaginer la production d’un opéra de Mozart perturbée par une accusation d’agression sexuelle.

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Cineuropa : Quelles sont les origines de ce projet ?
Agnès Jaoui :
 Cela fait longtemps que j’ai envie de faire un film qui se passerait dans le milieu de l’opéra, j’avais même un projet de série. En réfléchissant au départ avec Noé Debré, il m’est revenu quelques expériences et ressentis par rapport à ce que la vague #MeToo a déclenché, mêlé à une réflexion que j’ai depuis longtemps sur pourquoi les droits des femmes ont tellement de difficulté à avancer, puis perdurer. Le mettre en perspective avec une oeuvre du XVIII siècle qui parle de ça m’intéressait. Le conte des Noces de Figaro pourrait être un acteur célèbre, ou n’importe quel chef d’entreprise qui pense qu’il a le droit de coucher avec sa stagiaire ou sa secrétaire. En même temps, c’est une oeuvre joyeuse, jubilatoire, où la vie l’emporte, et où il y a des passages résolument féministes. C’est aussi le précurseur de la Révolution française, et ce travail sur la lutte des classes me passionne.

Justement, comment avez-vous réfléchi le côté choral et la distribution des personnages, qui chacun représente un positionnement face à l’objet du délit ?
Souvent, avec Jean-Pierre Bacri, on prenait un sujet, la célébrité, la difficulté de changer, et puis on déployait des archétypes, et on s’amusait avec en les faisant dialoguer. Là, je voulais donner la parole à des femmes plus jeunes, des plus radicales, des plus vieilles, certaines qui ont le vocabulaire du féminisme tout en étant dans une forme de contradiction avec leur besoin de séduction, et puis je voulais aussi faire parler des hommes. D’un certain âge, qui s’interrogent soudain sur leur comportement, des plus jeunes qui ne sont même pas au courant que #MeToo existe. J’avais envie de pouvoir faire dialoguer ces mondes qui parfois dans la vraie vie dialoguent très mal.

Il y a un conflit de genre, un conflit générationnel, un conflit de classe aussi… Autour de ce fait lié à la domination masculine, d’autres dominations sont mises à jour.
Oui, c’est pour ça aussi que ça s’appelle L’objet du délit, je me suis d’ailleurs plusieurs fois demandé quel était l’objet du délit réel. Il y a un féminisme intersectionnel qui parle de cette convergence des luttes, que l’on retrouve chez le personnage d’Eye Haïdara, qui est au croisement des discriminations, ce qui le rend plus radical.

L’opéra justement est un milieu très hiérarchisé, où il y a pourtant un esprit de troupe, c’était intéressant pour traiter ces questions ?
Oui bien sûr, d’un côté il y a le maestro, des ténors célèbres, et en même temps, on ne peut rien faire sans les chanteurs et les chanteuses, qui ont aussi un pouvoir certain. Et surtout, c’est plus paritaire que le cinéma, il y a autant de sopranos que de ténors, etc. Et les grands opéras tournent souvent autour de personnages féminins. Et puis c’est un monde queer avant l’heure, où des hommes jouent des femmes, où des voix de femmes sont plus graves que des voix d’hommes. Le travail sur le genre existe à l’opéra depuis bien longtemps.

Il y a un plaisir particulier à parler de l’opéra, de pouvoir le rendre populaire et accessible à tous à travers la comédie ?
Oui, déjà de faire connaitre ce monde très méconnu, mon rêve serait que ça fasse aimer l’opéra à d’autres. Je pense que c’est un art plus populaire qu’on ne le croit, quand on entend un chanteur en vrai, ça peut scotcher n’importe qui. Bon, c’est vrai que ce sont souvent des formats longs, qu’il faut accepter une dose d’ennui ou de rêvasserie, ce qui n’est pas très à la mode. Et puis c’est vrai que c’est souvent très cher.

Le film pose la question du financement de l’art, ici par un mécène qui n’y connait pas grande chose, une question très actuelle.
Oui, comment finance-t-on l’art quand il n’est pas toujours rentable ? Je pense qu’il est bon de rappeler la difficulté de trouver de l’argent, l’importance d’avoir un soutien, c’est vital. Moi sans art, je crève la bouche ouverte. Mais ce sont des modèles très fragiles, à un moment où l’état se désinvestit beaucoup de la culture, quand d’autres s’en emparent pour imposer leur vision de la société. Il est clair que ce qui se passe en ce moment à de quoi inquiéter.

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