Daniel Auteuil • Réalisateur de La Troisième Nuit
“Je n’attends pas sur mon fauteuil qu’on vienne me chercher”
par Veronica Orciari
- CANNES 2026 : Le comédien français revient sur son sixième long métrage en tant que réalisateur et sur son approche sensorielle du cinéma

Nous avons rencontré Daniel Auteuil au 79e Festival de Cannes, où il présentait son sixième long métrage en tant que réalisateur, La Troisième Nuit, dans la section Cannes Première. Le film, qui se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale, suit un groupuscule qui utilise la loi à son avantage pour sauver des enfants juifs condamnés. Auteuil fait également partie du casting, dans le rôle de l’abbé Alexandre Glasberg.
Cineuropa : Le film suggère que la désobéissance civile demeure l’une des grandes questions morales de l’humanité…
Daniel Auteuil : C'est un sujet compliqué, surtout quand chacun a de bonnes raisons de croire à ses raisons. Je pense que la désobéissance est nécessaire quand nous sommes forcés de commettre des actes totalement répréhensibles humainement. Si c’est juste une histoire de politique, je m'en fous. Mais quand il s’agit d’un vrai devoir moral, il faut résister.
Pensez-vous qu’il existe aujourd’hui en France une envie nouvelle de revisiter l’Histoire sous un angle différent ?
Il y a toujours eu un intérêt pour l’Histoire. Ce qui est frappant cette année, c’est que quatre ou cinq films se sont simultanément retrouvés à évoquer les années 1940 sans raison commune apparente. C’est révélateur d’un climat actuel qui n’est pas que français, mais mondial. À une époque pas si lointaine, on parlait de désarmement ; aujourd’hui, on parle de réarmement. A mon niveau, j’essaie de travailler sur la dimension sensorielle. J’ai découvert ce vertige-là : moins on explique, plus le spectateur ressent. Et c’est une démarche qui me passionne énormément. Je n’ai pas envie de faire un film qu’on a déjà vu et on a déjà vu énormément de films de guerre. J’ai juste besoin de trouver l’endroit où le public est touché pour reconvoquer ces images.
Comment évitez-vous de tomber dans le sensationnalisme ou la technicité ?
J’ai maintenu deux approches. Techniquement, la première partie, celle des bureaux, est filmée de manière plus classique, avec des travellings et des mouvements de caméra doux et fluides. Puis, à partir du moment où l’on entre dans le camp, avec ce long plan de la voiture, on installe quelque chose de beaucoup plus fort. On passe alors à une mise en scène davantage tournée vers le ressenti que vers le regard, même si je ne sais pas exactement comment le formuler. Et puis, pour se rapprocher encore et aller là où la caméra ne peut pas s’introduire, on utilise parfois l’appareil photo. Tout devient plus mouvant, plus libre. Je me suis enfin senti libre, il était temps ! C’est une démarche très instinctive : je conçois une scène et je la réalise en imposant mes images, libre de dire : "prenez la scène comme ça, pas autrement" C’est comme une énergie. Je n’attends pas sur mon fauteuil qu’on vienne me chercher. Je n’en dors plus! Je filme et je filme encore.
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