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TRANSYLVANIE 2026

Carlos Saiz • Réalisateur de Lionel

“Mon travail consistait surtout à générer des états d'âme et à créer les conditions adéquates pour que les choses arrivent”

par 

- Le cinéaste espagnol nous parle de la mise en confiance qu'a nécessité son premier long, un voyage intime placé sous le signe de la réconciliation et des silences transmis d'une génération à l'autre

Carlos Saiz • Réalisateur de Lionel
(© Claudiu Anghel)

Nous avons rencontré Carlos Saiz à l’occasion de la participation de son premier long-métrage, Lionel, dévoilé à la Seminci de Valladolid, en compétition au Festival de Transylvanie. Le réalisateur revient pour nous sur l’origine du projet, sa méthode de travail avec des personnes réelles (et non des comédiens) et la manière dont le cinéma a fini par devenir un espace de rencontre pour ses personnages.

Cineuropa: Vous avez raconté à plusieurs reprises que quand vous avez rencontré Lionel, vous avez tout de suite eu envie de le filmer. Qu’est-ce qui vous a attiré dans sa personnalité ou dans son histoire ?
Carlos Saiz :
Ça a été un coup de foudre. Lionel réunissait toutes les conditions pour mal finir, mais en même temps, il avait quelque chose de lumineux et une capacité à captiver ceux qui l’entouraient qui m’ont happé dès le début. Pendant mes études de cinéma, je me référais constamment à lui en écrivant. Plus tard, j’ai rencontré Lionel père, et j’ai compris que leur relation méritait un film.

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Le film rend compte d'un lien très intime. Qu'est-ce qui a fait que père et fils ont accepté de devenir les personnages de votre film ?
Tout s'est fait très naturellement. Avant de faire ce long-métrage, j’avais tourné avec eux le court-métrage documentaire La hoguera, qui a tout déclenché. Il n’y a jamais eu de conversation formelle à avoir pour les convaincre. Au fil des ans, nous avons construit une relation de confiance. En outre, le cinéma a fini par fonctionner presque comme un outil pour communiquer, comme une thérapie. Il y avait des choses qu’ils avaient du mal à se dire en tête-à-tête, mais qu'ils arrivaient à exprimer devant la caméra.

Où se situent Lionel et son père dans la société espagnole d’aujourd’hui ?
Pendant l’écriture, nous avons beaucoup parlé de ce choc des types de masculinité. Lionel bouscule certains stéréotypes. Par son apparence, avec ses tatouages etc., il pourrait renvoyer à quelque chose de très précis, mais en réalité c’est quelqu’un d’extrêmement sensible, avec un besoin profond d’explorer ses émotions et de comprendre les blessures héritées de son passé. C’est précisément cela qui m’a fasciné chez lui.

À l’inverse, Lionel père représente une masculinité plus ancienne, plus renfermée émotionnellement. C’est quelqu’un qui croit à certaines structures traditionnelles et qui a du mal à accepter une manière de vivre plus libre, mais c’est aussi un personnage plein de contradictions et d’humanité. Le film essaie de regarder au-delà de ses défauts et de trouver le cœur qui se cache derrière.

Le père semble appartenir à une génération marquée par les excès et les contradictions de l’Espagne post-franquiste.
Totalement. Il a été la brebis galeuse d’une famille très structurée composée de plusieurs générations de pompiers. Jeune, il a eu un grave accident qui l'a amené à passer des années à l’hôpital, ce qui a changé sa vie. Ensuite sont venus des mariages, des divorces et beaucoup d’erreurs. Curieusement, cet homme qui a eu une vie très chaotique tente aujourd’hui d’imposer de la discipline à son fils. Il est plein de contradictions, et cela en fait un personnage très intéressant.

Bien que le film paraisse très spontané, vous avez travaillé avec un scénario, n’est-ce pas ?
Oui, il existait un scénario très détaillé, mais ils ne l’ont jamais lu. Le film est écrit à partir de ce qu’ils sont réellement, donc j’avais besoin qu’ils réagissent de manière naturelle. Mon travail consistait davantage à générer des états d’esprit et à créer les conditions adéquates pour que les choses adviennent.

De plus, nous avons tourné chronologiquement – à Murcie, en France et, à la fin, de nouveau à Murcie – afin de suivre l’évolution de la communication entre eux. En termes de production et de logistique, ce n’était certainement pas l’option la plus rentable, mais c’était essentiel, car le voyage transforme réellement leur relation. Avant le film, ils n’avaient jamais vécu ensemble plus de quelques jours d’affilée depuis l'enfance de Lionel. Cette évolution devait réellement se produire devant la caméra.

La musique occupe une place très importante dans le film.
Je voulais qu’elle fonctionne comme un guide émotionnel pour le spectateur, et aussi comme une manière de relier cette histoire à certains codes du road movie. Beaucoup de chansons proviennent d’une playlist que Lionel m'a transmise pendant l’écriture, composée de morceaux importants pour son père et lui. Ainsi, la bande originale du film vient directement de leurs vies. Au fur et à mesure que le voyage progresse, la musique évolue elle aussi : elle passe de moments plus légers à d’autres plus dramatiques, puis plus lumineux.

Le film est présenté aujourd’hui en Transylvanie, un lieu lié à votre histoire. Donnez-nous quelques détails, s’il vous plaît.
C’est très émouvant. Il y a dix ans, Lionel a fait un Erasmus à Cluj-Napoca, mais son père n’a jamais vraiment compris pourquoi il était parti. Pour lui, c’était une perte de temps. Maintenant, nous nous apprêtons à aller tous les trois là-bas pour présenter le film, ce qui va aussi marquer la première fois que Lionel père prendra l’avion. J’aime mettre l’accent sur ce lien, peut-être parce que ça lui permettra de comprendre, enfin, que cette expérience a compté pour son fils. D’une certaine manière, le film est toujours vivant et continue de nous accompagner.

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(Traduit de l'espagnol)

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