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ANNECY 2026

Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue • Réalisateurs de Blaise

"Nous aimons nos personnages ; en se moquant d'eux, on se moque de nous car leurs névroses sont les nôtres"

par 

- Le duo de réalisateurs raconte l’aventure d’un long métrage très original, fondé sur la technique du papier découpé et doté d’un humour décalé sur le conformisme social

Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue • Réalisateurs de Blaise

Dévoilé à Cannes au programme de l’ACID et en vitrine cette semaine de la compétition Contrechamp du 45e Festival du Film d’animation d’Annecy, Blaise est le premier long métrage de Dimitri Planchon et le second de Jean-Paul Guigue (co-réalisateur de Silex and the City, le film).

Cineuropa : Comment est née l’idée d’un long métrage dans la lignée d'une bande dessinée et d'une série d'animation courte ?
Dimitri Planchon : Au départ, c'est une bande-dessinée que je faisais pour Fluide Glacial et que j’ai commencée il y a une vingtaine d'années. Le producteur Alexandre Gavras (KG Productions) est ensuite venu me chercher avec l'idée d'en faire une série animée et nous nous sommes tournés vers le studio d’animation Je Suis Bien Content où travaillait Jean-Paul. Mais la seconde saison n’a pas été renouvelée, nous étions un peu frustrés d'arrêter là et Alexandre voulait qu'on fasse un film. Comme dans la BD et la série, la névrose des personnages qui tourne autour de la communication, du rapport un peu malade aux autres et de l'image de soi, n’était que le prétexte de gags courts, j'aimais bien l'idée d'écrire quelque chose qui devienne une spirale qui emmène les personnages de plus en plus loin.

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Qu’a changé ce passage de la série au long avec votre technique très spécifique du papier découpé ?
Jean-Paul Guigue : pour la série, nous avions eu assez peu de temps. En six mois, nous avions sorti 30 épisodes de 3 minutes tout en développant en même temps notre technique un peu étrange de 2D avec cette simulation de profondeur afin de donner un aspect de perspective sur les visages tout en restant très aplati. Nous avons donc fait quelques tests entre la fin de la série et le long métrage, notamment avec de la 3D, mais finalement on y perdait un peu notre âme. Cela nous a confortés dans l'idée que la technique que nous avions choisie en amont était vraiment la bonne. Ces personnages qui ne peuvent pas vraiment tourner leur corps, leurs têtes, c’est notre style, notre identité. La technique du papier découpé, c’est tout le temps un découpage champ/contre-champ dans la mesure où les personnages ne peuvent pas se retourner, se regarder. Mais cet aspect limité, presque un peu clinique, renforce ce que l’on raconte : cette espèce de carcan que les personnages ont tout le temps autour d'eux

Comment avez-vous équilibré un regard assez caustique sur le conformisme social et une tendresse pour les personnages ?
D. P. : Nous aimons nos personnages. En se moquant d'eux, on se moque de nous car leurs névroses sont les nôtres. Nous ne sommes pas là pour les juger, mais pour s'amuser de nos propres névroses. Ils ont un rapport un peu malade aux autres, car ils sont obnubilés par l'idée de ne pas déplaire, donc ils vont toujours dans le sens des autres. Mais comme le sens des autres peut aller dans beaucoup de directions différentes, leur façon d'avancer en suivant leurs interlocuteurs les mène dans des endroits qu'ils ne cherchaient pas du tout.

Les malentendus sont le moteur narratif du film.
D. P.
 : Tout dialogue est un malentendu d’une certaine manière. C'est une zone qui permet la communication, mais on n'est jamais dans une symbiose. Nous avons poussé cela en l'exagérant et en rendant la chose comique, mais c'est une façon de parler de la complexité du langage et des rapports humains.

J-P. G. : C’est une étude de biais cognitifs pratiquement non-stop et clinique car tous les personnages pensent pouvoir être bien compris des autres alors qu'ils sont complètement enfermés dans leurs buts. Cela peut entraîner des malentendus, des quiproquos. Tous les personnages ont leur propres petits univers un peu décalés qui entrent plus ou moins en interaction avec les autres.

D. P. : Le père, Jacques, c'est presque le plus tragique parce qu’il a une vision très précise de la façon dont il veut que les gens le perçoivent et il n'en décolle pas, ce qui est voué à l'échec. Carole, la mère, a besoin d'être aimée. Quant à Blaise, il aimerait presque être invisible et c'était amusant de faire d'un gamin qui n'a d’opinion sur rien et qui veut juste qu'on ne le remarque pas, presque un terroriste, un révolutionnaire par suivisme.

Quid du côté politique du film justement ?
J-P. G. : Nous montrons une société dure et divisée, mais ce qui nous intéressait surtout, c’était de montrer à quel point Blaise a du mal à trouver sa place dans cette société. Toute la famille est paumée dans ce monde. Ce sont des bourgeois qui observent ce monde, sans s’impliquer, ni qu’il ait de réelle incidence sur eux. Mais à cause de leur rapport aux autres, on leur demande de se situer par rapport à ça, par rapport à son travail pour la mère, par rapport à un milieu politisé pour Blaise, alors que finalement ils pourraient laisser le monde s'effondrer autour d'eux. C'est une petite ironie que nous aimons bien dans le film.

Vous citez parmi vos références des cinéastes comme Roy Andersson et Luis Buñuel ?
D. P. : L’un de mes films fétiches, c'est L'Ange exterminateur de Buñuel, un réalisateur qui s'amuse des rapports humains jusqu'à l'absurde, ce qui me plait beaucoup. Roy Andersson, c'est pour ce côté petite boîte de poupées que nous utilisons aussi beaucoup, mais également pour l’humour à froid, les difficultés de communication entre les personnages, et les micro-sociétés comme celle de Blaise qui n’est pas vraiment le personnage principal de notre film, mais plutôt le réceptacle du petit monde qui l’entoure.

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