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SUNNY SIDE OF THE DOC 2026

Antoine Boukobza • Producteur, Yami 2

"Le monde actuel est malheureusement une source inépuisable de sujets qui méritent d'être racontés de façon indépendante, sans pressions"

par 

- Présent au marché de La Rochelle avec deux projets, le producteur français parle des séries documentaires internationales et prend la défense du modèle français

Antoine Boukobza • Producteur, Yami 2

Rencontre au 37e Sunny Side of the Doc à La Rochelle avec Antoine Boukobza, producteur de la société parisienne Yami 2 qui compte deux projets sélectionnés au Meet & Match. À l’actif récent de la structure, on peut mentionner les séries documentaires Narcotrafic, le poison de l’Europe et Monaco, la grande histoire d’un micro-État, ou encore l’unitaire Monde agricole : la fracture de l’eau.

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Cineuropa : Quelles sont les caractéristiques de La Bataille de Harvard et de Dubaï, Le Phare du XXIe Siècle que vous présentez ici, dans la sélection Meet & Match du Sunny Side ?
Antoine Boukobza
 : Nous avons déjà un vendeur international, Cinétévé Sales, pour La Bataille de Harvard qui est en montage alors que Dubaï, Le Phare du XXIe Siècle qui est en pré-production sera très probablement vendu par Arte France Distribution. Au Sunny Side, nous visons des préachats et possiblement des coproductions. La Bataille de Harvard (qui sera un 3x30 mn, avec des déclinaisons en 90 mn et en 52 mn) raconte de l’intérieur la lutte entre Harvard et l'administration Trump de retour au pouvoir avec la volonté de mettre au pas les universités. Non seulement plusieurs journalistes français et américains étaient à Harvard à ce moment-là, mais nous avons aussi des accès exclusifs avec des étudiants, avec des professeurs, et avec le président d'Harvard, Alan Garber qui parle extrêmement peu dans les médias. Mais il y a également des interviews de plusieurs acteurs majeurs côté MAGA et celle de la vice-présidente du "think tank" conservateur Heritage Foundation qui joue un rôle important dans l'établissement de l'idéologie de la politique menée par l'administration Trump. Nous produisons ce documentaire (réalisé par Sandrine Rigaud, Serge Turquier et Robert Libetti) pour Arte France et nous avons déjà un accord avec les Suédois de la SVT.

Pour Dubaï, Le Phare du XXIe Siècle de Jérôme Fritel, nous avons rendu notre développement à Arte France et le tournage devrait commencer en septembre-octobre. Ce 3x30mn sur l’essor et les turpitudes de Dubaï, un endroit qui n'existait quasiment pas dans les années 70, permet de raconter une sorte d'histoire du capitalisme mondial. On peut considérer que Paris était la ville du XIXe siècle, New York celle du XXe siècle et que Dubaï incarne d'une certaine façon le XXIe siècle : une ville ultra-moderne, un carrefour mondial et maintenant un enjeu géopolitique nourri d’incertitudes sur son avenir. Cette histoire qui sera racontée par des dignitaires dubaïotes et par des gens ayant vécu le rêve d’une terre vue comme celle de tous les possibles, sera racontée en trois actes : un ancien protectorat britannique devenu un carrefour commercial pour les matières premières, un territoire qui s‘est développé comme une marque séduisante et un pays rattrapé par la poudrière géopolitique après avoir réussi pendant très longtemps à s‘en tenir à distance. Nous cherchons maintenant d’autres diffuseurs, à l’image de la BBC avec qui nous avons rendez-vous au Sunny Side.

Quelle est la ligne éditoriale de Yami 2 ?
La société a été créée il y a 20 ans, par Christophe Nick et Pierre Péan, avec comme objectif de raconter le monde à travers des enquêtes dans lesquelles, la plupart du temps, le passé éclaire le présent. Nous ne produisons pas seulement cela, mais nous sommes assez reconnus pour ce type d’enquêtes. Seront ainsi diffusées en fin d’année une enquête sur LVMH et une sur l'histoire des liens entre la mafia américaine et les présidents américains. Globalement, nous produisons beaucoup de séries documentaires internationales, par exemple Histoire du trafic de drogue qui a été un très grand succès en 2020, Triades d’Antoine Vitkine (2023) ou Oligarques de Jérôme Fritel l’an dernier.

Ces documentaires ambitieux, il faut les financer. Quelle est votre analyse de la conjoncture actuelle assez délicate sur ce plan ?
Nous avons la chance en France d'avoir des institutions extrêmement fortes qui soutiennent le documentaire : France Télévisions, Arte, le CNC. Mais l'exception culturelle française est martyrisée en ce moment, elle est mise à mal de l'intérieur, ce qui est stupéfiant car il suffit de faire des coproductions internationales pour constater la force du modèle français, de son tissu économique et humain. Cela rend donc encore plus importante la nécessité de défendre le modèle français. Les temps sont difficiles et même assez inquiétants, mais paradoxalement, le monde actuel est malheureusement une source inépuisable de sujets qui méritent d'être racontés de façon indépendante, sans pressions. Et la France a un véritable coup à jouer en la matière. Mais je pense également qu'il faudrait sortir un peu des récits occidentaux-centrés, raconter des histoires venues d’Afrique et d'Amérique du Sud par exemple, explorer des problématiques moins occidentales.

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