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République tchèque / Italie / Allemagne

David Balda • Réalisateur de Manipulation

“Les manipulateurs essaient de se voler la vedette entre eux”

par 

- Le cinéaste tchèque revient sur l'origine de son projet et la construction de la société secrète qu'il dépeint, et explique pourquoi la manipulation elle-même est le véritable personnage principal

David Balda • Réalisateur de Manipulation

Quand le réalisateur tchèque David Balda a fait ses débuts avec son premier long-métrage, Intruder, c’était un des plus jeunes réalisateurs au monde : il n’avait que dix-huit ans. Il vient à présent de terminer son deuxième long-métrage, Manipulation, avec une troupe internationale. Sa sortie récente en Allemagne, avec Filmwelt Verleihagentur GmbH, sera suivie par des sorties en Pologne, en République tchèque, en Slovaquie et au Royaume-Uni.

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Balda a évoqué pour Cineuropa les origines du projet, la construction de la société secrète du film, le fait qu’il a travaillé sans financements publics et la raison pour laquelle il voit la manipulation elle-même comme le véritable personnage central de son film.

Cineuropa : Après Intruder, Manipulation fait l’effet d’être un projet très différent. D’où l’idée vous en est-elle venue ?
David Balda :
C’est un film différent, mais il y a une connexion. La raison pour laquelle je fais des films reste la même : je veux transmettre à ma génération, et à d’autres, une sorte de message. Intruder parlait de voler dans les airs, mais le vrai motif central était la liberté, le désir de liberté, et sa fragilité. Après la sortie du film, en 2019, je me suis demandé ce qui devrait suivre. La liberté est fondamentale et la manipulation est partout autour de nous. Nous avons rencontré des gens qui ont été dans des sectes ou des communautés fermées, ainsi que des prêtres et d’autres gens qui connaissent bien ce genre de structures. Je ne voulais pas montrer la manipulation à travers la politique ou les médias, parce que ces choses-là évoluent. Je voulais montrer le mécanisme lui-même, car c’est un mécanisme qui fonctionnait il y a mille ans, et qui fonctionnera encore dans cent ans.

Le société secrète que vous présentez dans le film vous a-t-elle été inspirée par une organisation existante ?
Non. Nous n’avons pas pris un seul groupe comme modèle. Il y a l’Église catholique, mais nous ne la présentons absolument pas comme une secte. Il y a un certain ordre à l’intérieur de l’Église, qui la pousse dans une certaine direction. Et puis, il y a la structure de pouvoir principale : la société autour du Grand Maître. Nous avons créé notre propre société secrète à partir des principes que ces structures ont souvent en commun : la hiérarchie, les rituels, les symboles, le sentiment d’être exceptionnel et le désir de pouvoir. De l’extérieur, les structures de la société secrète et de l’Église semblent différentes, mais au bout du compte, ils veulent la même chose : du pouvoir, de l’influence et du contrôle.

Comment avez-vous élaboré le scénario ?
Nous formions un groupe que j’ai qualifié de consortium d’écriture de scénario : nous étions quatre. J’étais le plus jeune, et le plus âgé avait quatre-vingt ans. Nous avons écrit les dialogues en dialoguant entre nous, en nous taquinant, en nous mettant au défi, en débattant de tout, tout du long. Dès le début, nous savions que nous ne voulions pas faire ce film uniquement pour les publics tchèque et slovaque. Le sujet universel. Nous avions des acteurs étrangers à l’esprit très tôt ; certains rôles ont été écrits avec eux en tête. Je ne voulais pas que le film ne repose que sur Matteo. Pour moi, il y a plusieurs rôles principaux : les manipulateurs, qui essaient de se voler la vedette. Le personnage principal, normalement, c’est la manipulation elle-même.

Le film a été financé par des investisseurs privés. Est-ce que ça a été difficile ?
Le film n’a pas reçu une seule couronne tchèque venant de subventions publiques. C’est moi qui l’ai produit à travers ma propre société. L’argent est venu avant tout d’investisseurs privés, principalement du milieu de l’immobilier, qui ont investi pour une part des revenus du film. Le covid-19 a retardé les choses. Nous travaillions déjà sur le scénario en 2019 et en 2020, à un moment où faire venir des acteurs étrangers en République tchèque était impossible. Nous avons tourné en 2023 et en 2024. C’est pour ça qu’il était important d’avoir une stratégie internationale. Si j’avais demandé à des investisseurs de soutenir un film tchèque uniquement pour le marché tchèque, c’eût été les tromper. Nous avions des acteurs connus dans des pays spécifiques et un sujet avec un potentiel international. Faire du cinéma est toujours risqué, mais ça réduisait le risque.

Pour ce film, vous avez porté les casquettes de réalisateur, producteur, coscénariste et directeur de la photographie. Pourquoi garder à ce point le contrôle ?
Je ne peux faire un film que si j’en suis aussi le producteur. Je suis ouvert aux idées des autres, mais je ne veux jamais qu’un producteur me dise : “Prends tel acteur pour tel rôle, c’est un ami”. J’ai besoin de me sentir libre. Bien sûr, je porte les risques sur mes épaules. Si je choisis mal un acteur, c’est moi qui suis responsable de ce mauvais choix, mais je ne veux pas être un réalisateur de commande. Il y a aussi des raisons pratiques : si un lieu de tournage ne fonctionne pas, je peux prendre une décision comme réalisateur, comme producteur et comme coscénariste. Je sais où je peux aller et comment réagir, mais c’est une quantité de travail énorme parce qu’un film, c’est votre bébé, et s’il doit être distribué au niveau international, il faut qu’il réunisse les qualités nécessaires.

Comment avez-vous constitué votre troupe internationale ?
Tous les acteurs que j’ai contactés, je les avais vus au cinéma. Je les avais tous en tête, pour telle ou telle raison. Le premier critère était toujours ce qu’ils pouvaient apporter au film en tant qu’acteurs, mais bien sûr, il fallait aussi qu’ils lui soient utiles dans les différents territoires où nous prévoyions de le distribuer en salle. Pawel Delag est une grande star en Pologne, Heino Ferch un nom extraordinaire en Allemagne, James Faulkner en Grande-Bretagne, et de même pour les acteurs français en France, donc il y avait une logique derrière tous ces choix. Nous voulions toutefois aussi une présence tchèque, et je pense que Pavel Kříž a superbement mûri, et qu’il est très bon dans le film.

Comment avez-vous défini le style visuel de Manipulation ?
Je pense en termes d’atmosphère. On peut avoir les meilleurs dialogues du monde ; sans atmosphère, ça ne fonctionnera pas. Le style est venu des lieux. Nous avons filmé Prague principalement de nuit, donc c’est devenu vide et très beau. Bologne a une autre énergie : il y a d’un côté l’histoire, le symbolisme et la transcendance, de l’autre les étudiants et une énergie jeune. Je n’utilise pas de storyboards. J’écris les plans, mais je travaille avec l’émotion du moment et l’espace. Une fois que j’arrive sur le lieu de tournage, la moitié du dispositif prévu change.

Préparez-vous déjà votre prochain film ?
J’ai commencé à l’écrire. Mon prochain film devrait explorer l’idée selon laquelle si on veut avoir du succès et arriver au sommet, pour que ça aille plus vite, il faut se salir, ou alors on reste clean mais c’est plus lent. Ce qui est intéressant, c’est ce qu’on décide et quelles sont vos valeurs morales.

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(Traduit de l'anglais)

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