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France / Belgique

Antonin Baudry • Réalisateur de La Bataille de Gaulle

"L’important pour moi, c’était de désacraliser de Gaulle, pour retrouver l’humain"

par 

- Rencontre avec le réalisateur français, à la tête de l’ambitieux diptyque sur les années de lutte du Général Charles de Gaulle pour la France libre

Antonin Baudry • Réalisateur de La Bataille de Gaulle

En mai dernier, Antonin Baudry présentait hors compétition au Festival de Cannes le premier volet du diptyque La Bataille de Gaulle : l’age de fer et La Bataille de Gaulle : j'écris ton nom, qui revient sur le combat mené par le Général entre 1940 et 1944 pour la France libre, refusant la capitulation face à l’ennemi, et surtout, la collaboration. Un projet titanesque, aussi spectaculaire qu’épique, assez éloigné dans la forme du biopic à la française, et proposant un plan de diffusion singulier, les deux volets sortant en salle à un mois d’intervalle. Le cinéaste, qui s’est fait connaître avec Le Chant du loup, revient pour nous sur cette aventure, à la veille de la sortie du deuxième volet en France, ce 26 juin, quelques semaines après la sortie du premier volet le 3 juin.

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Cineuropa : Quelles sont les origines du projet ?
Antonin Baudry :
J’adore les films d’aventures, et quand je suis tombé sur l’histoire de la France Libre, tellement épique, haute en couleurs, pleine de rebondissements, une histoire où l’on passe à un cheveu de la défaite constamment, je me suis dit qu’il y avait là un terreau fertile, d’autant que c’est un combat d’espoir et de liberté. Avec ma co-autrice, Bérénice Villa, qui est aussi historienne, nous avons fait plus d’un an de recherches. Quand j’ai entendu la lettre que Fernand Bonnier de la Chapelle, jeune résistant, avait écrite à son père avant d’être fusillé, ça a été une sorte de déclic. On a imaginé une colonne vertébrale autour de deux personnages, le Général et ce jeune résistant, à bout de souffle, mais qui essaient de créer une autre France qui celle qui capitule.

De Gaulle est la force inspirante, mais le combat se mène sur différents fronts.
La question est de savoir si la France libre va pouvoir sauver la France. Il y a le terrain de bataille contre les Allemands, en Afrique, il y a le terrain de la résistance intérieure, dans la France occupée, et puis il y a un troisième terrain, éminemment humain, c’est celui des relations entre les chefs d’Etat, des rapports de force. Tous agissent de concert, ce qui cinématographiquement me plait. De Gaulle coordonne les deux premiers, mais il est surtout actif dans le troisième.

Comment avez-vous abordé le personnage de de Gaulle ?
L’important pour moi, c’était de le désacraliser, pour retrouver l’humain. Ce n’est pas l’icône qui m’intéresse, moi, je veux voir quelqu’un qui doute, et qui malgré tout franchit les obstacles qui se dressent devant lui, et je veux savoir comment il fait, qu’est-ce qui le rend différent à ce moment, où il puise sa force. Face à une mission à peu près impossible, pour laquelle il lutte souvent seul, je veux comprendre pourquoi il s’obstine. Sa principale caractéristique, c’est son inflexibilité. Il ne fait jamais de compromis. Il est très faillible, il est tétanisé à l’idée de parler en public, il ne connaît pas un mot d’anglais quand il arrive à Londres, il pense au suicide même, mais malgré tout il persévère. Pour moi, c’est une leçon, peu importe qui il est, d’où il vient, il se donne un idéal, et il s’y tient, ça va le transformer.

La Bataille de Gaulle est un film spectaculaire, épique, mais qui semble faire le choix de ne pas choisir de genre, justement.
Pour moi, c’est avant tout un film d’aventure, mais il est évident que je ne voulais rien m’interdire, et certainement pas me cantonner à un genre, film de guerre ou autre. Et puis être constamment au bord des larmes et du rire en même temps, c’est ma façon de voir le monde, ça se reflète surement dans ma façon de filmer.

Le film se distingue de la production cinématographique sur la deuxième guerre mondiale, car il appuie sur le combat pour la souveraineté de la France, plus que sur le combat contre les Allemands.
La plupart de ces films ont été faits par les Américains, et globalement, on vit dans leur narratif, dans l’idée que les Européens se sont entretués à cause de leurs démons, que les Américains sont venus nous sauver, en nous aidant à être raisonnables et à nous moderniser. Mais c’est leur histoire, pas la nôtre, et je trouvais intéressant de tenter de nous ré-approprier notre histoire en la racontant du point de vue de ceux qui l’ont vécue.

Le principal théâtre des opérations guerrières dans le film, c’est l’Afrique.
Oui, la guerre s’est beaucoup menée en Afrique du Nord. Je pense que les deux tiers des armées de la France libre venait d’Afrique, mais aussi de Polynésie, des Antilles. Ces soldats ont été absolument déterminants dans le destin de la France. De même, la France n’aurait pas reconquis sa liberté sans l’apport de la jeunesse. Les premiers soubresauts de la France libre, ce sont ces lycéens qui se sont levés au péril de leur vie pour résister à l’occupant nazi. Mais même Jean Moulin était très jeune, le Général Leclerc aussi. Un peu comme si face à une France à bout de souffle, une France plus jeune s’était redressée pour dire non.

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