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CINEMA JOVE 2026

Shahrbanoo Sadat • Réalisatrice de No Good Men

“Le patriarcat est comme un champ de cactus”

par 

- La cinéaste afghane installée en Allemagne nous parle du symbolisme des fleurs, de comédie romantique, des vibro qu'on planque, de féminisme et des hommes traumatisés

Shahrbanoo Sadat • Réalisatrice de No Good Men
(© Cinema Jove)

Après avoir fait l'ouverture de la Berlinale en début d'année, Shahrbanoo Sadat a présenté son troisième long-métrage, No Good Men, en compétition à la 41e édition du festival Cinema Jove, où le film a décroché le prix du public et une mention dans la catégorie meilleure mise en scène. À l'occasion de l'événement valencien, nous avons pu interroger la réalisatrice sur son film.

Cineuropa : Vos films ont été projetés à des festivals de catégorie 1, comme Berlin et Cannes. Quel est votre rapport aux festivals ?
Shahrbanoo Sadat :
Chaque film demande des années de travail. No Good Men m’a pris six ans. Quand j’ai terminé, j’étais tellement épuisée que je me fichais des festivals et des sorties : je voulais juste me reposer. Sauf que quand on termine un long-métrage, il y a des producteurs, des financeurs et des partenaires qui veulent le voir circuler. Ce qui compte, c’est la vie que va avoir le film : où il va avoir droit à une sortie salles, comment l’industrie l’accueille, s’il trouve des distributeurs ou des vendeurs internationaux. La phase que je préfère est l’année qui suit la première mondiale du film, parce que c’est une période joyeuse : on voyage, on rencontre d’autres cinéastes, des journalistes et des programmateurs, on peut découvrir d’autres films et on a le temps de réfléchir à ce qu'on fera ensuite.

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Votre film mêle comédie romantique et critique politico-sociale. A-t-il été difficile de combiner les deux ?
La vie est déjà une comédie. Si on regarde attentivement, on voit bien que nos contradictions, nos problèmes sociaux et politiques, et même notre façon d'évoluer dans le monde ont quelque chose de comique. Je ne crois pas qu’il faille avoir un regard particulier pour le voir : il suffit de bien observer les choses. L’Afghanistan n'a presque pas de secteur du cinéma, et on voit peu de films réalisés par des Afghans. La combinaison dont vous parlez existait déjà dans la réalité ; je me suis contentée de la montrer de l’intérieur.

No Good Men s’ouvre sur un générique orné de fleurs aux couleurs vives. Que symbolisent-elles ?
Mon père était obsédé par les cactus. Nous vivions dans les montagnes afghanes, et il transformait tous les objets possibles et imaginables en pots pour y mettre des cactus. Un jour, j’en ai vu un fleurir, et ça m’a profondément marquée. Pendant que je travaillais sur No Good Men, je pensais au patriarcat et je me demandais s’il existait des hommes vraiment bons. J’ai alors repensé à cette image : le patriarcat est comme un champ de cactus, et un homme bon comme une fleur qui éclot au beau milieu. Ce n’est pas courant, mais quand ça arrive, c’est très beau.

Dans vos films précédents, les personnages centraux étaient des enfants. Ici, c'est une femme qui est au centre du récit.
Dans mes premiers films, je m’intéressais beaucoup aux histoires des autres. En outre, en Afghanistan, l’identité est généralement liée à la famille et à la communauté, pas à l’individu. Avec No Good Men, j’ai commencé à me demander qui je suis en tant que femme, ce que je veux et ce que signifie affirmer son individualité dans une société patriarcale. Je voulais aussi réfléchir à la maternité, aux femmes de ma famille qui n’ont jamais eu le choix et au système qui produit ces inégalités.

Sur une version de l’affiche du film apparaît un vibromasseur. J’imagine que cela doit être choquant, pour le public afghan.
Oui, on a eu du mal à trouver des actrices qui veuillent faire le film, car beaucoup craignaient les scènes de baisers et le gode. Dans les sociétés conservatrices, ces choses-là se produisent tout autant, voire plus intensément, mais on les cache. En Afghanistan, il existe tout un marché noir des jouets sexuels, car les gens ont les mêmes besoins humains partout. La différence, c’est que dans certains endroits, on fait comme s’ils n’existaient pas.

Il y a une scène où le personnage central interviewe des femmes, qui m’a rappelé Enquête sur la sexualité de Pier Paolo Pasolini.
Je ne connaissais pas ce film, mais il a l'air très intéressant. Mon idée était de rencontrer des milliers de femmes de Kaboul pour les interroger sur l’amour et leur demander si elles pensent qu’il existe des hommes bons. Je voulais montrer que je ne me contente pas ici de rendre mon expérience personnelle, que c'est quelque chose de collectif.

Vous avez affirmé que les hommes afghans sont traumatisés. Pourquoi ?
Beaucoup sont prisonniers d’une conception rigide de ce que signifie être un homme : pour eux, l’homme est celui qui nourrit les siens, le chef de famille et l'autorité suprême. Pendant des générations, personne n’a remis en question ce modèle. Désormais, des femmes le contestent, et ça génère un malaise. J’ai fait ce film par amour, pas par haine. J’aime les hommes. Un homme bien, c’est merveilleux, même si j’ai appris que je n’en ai pas besoin pour être heureuse. Je pense qu’il existe une crise de l’identité masculine. Quand un homme n’est plus le seul qui pourvoit aux besoins de sa famille ni l’autorité suprême, il se demande qui il est. Cela génère de l’insécurité et ça amène certaines personnes à voir le féminisme comme une menace. J’observe aussi que les femmes disposent souvent de réseaux d'entraide, alors que bien souvent, les hommes sont seuls. Il y a une épidémie de solitude masculine. Ils ont du mal à exprimer leur vulnérabilité, même entre amis. Malgré tout, je crois au changement. S’il existe d’autres modèles masculins, les nouvelles générations pourront emprunter d’autres voies.

En collaboration avec

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(Traduit de l'espagnol)

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