Teilo Quillard • Réalisateur de Zampano
“Tout comme pour le cirque, l'idée centrale du cinéma est de créer une illusion”
par Laurence Boyce
- Dans le cadre de l'initiative Future Frames de l'EFP, le réalisateur français va présenter un court-métrage circassien sur la relation compliquée du personnage titre et de son père

Le héros éponyme de Zampano est un jeune trapéziste qui vit avec son père, dont il a repris le métier. Leur relation déjà tendue est encore davantage mise à l’épreuve lorsque l’ancien cirque de son père arrive en ville, et que Zampano tente de s’émanciper pour se produire avec Nina, une autre acrobate aérienne dont il est également amoureux. Cependant, s’il veut pouvoir voler librement, Zampano va devoir vaincre ses peurs.
Le réalisateur français Teilo Quillard, qui a déjà réalisé plusieurs films de fiction et documentaires pendant ses études à La Fémis, livre ici un court-métrage émouvant doté d'une patine délicieusement rétro et agrémenté de quelques séquences techniquement impressionnantes qui accompagnent bien le récit. Alors que l’œuvre s’apprête à faire sa première internationale à Karlovy Vary, dans le cadre du programme Future Frames de l'EFP, Cineuropa a voulu en savoir plus sur les influences qui ont amené Quillard à le réaliser.
Cineuropa : Dans quelle mesure votre vie personnelle a-t-elle informé Zampano ?
Teilo Quillard : Mon père était porteur au trapèze volant. Jeune adulte, j'avais avec lui une relation compliquée. En tant que quadragénaire, il était en pleine reconversion forcée, comme la plupart des trapézistes, car son corps se dégradait lentement et il avait accumulé les blessures aux genoux. Cela a fortement affecté sa santé mentale. Je l’ai accompagné pendant cette période difficile, en essayant de le rattraper pour qu’il ne tombe pas dans la dépression. Bizarrement, à ce moment-là, le fils est devenu le père et le père est devenu le fils. Il fallait rendre à chacun son juste rôle. Je me suis dit que le trapèze volant pourrait magnifiquement exprimer cette idée.
Comment avez-vous procédé pour trouver vos acteurs ?
Pour Zampano et Nina, je n’étais pas sûr. La question était de savoir si on cherchait des acrobates capables de jouer ou des comédiens capables de faire des acrobaties ? Nous avons décidé d’essayer les deux : nous avons vu des acteurs professionnels ayant certaines aptitudes circassiennes et de véritables artistes de cirque prêts à s’essayer au jeu. Nous avons contacté des écoles de cirque près du lieu de tournage et demandé à rencontrer des acrobates.
C'est là que nous sommes tombés sur Luca et Ambre, un couple à la ville comme à la scène qui présentent ensemble un numéro de clown et de mât chinois. À l'audition, nous avons senti d’emblée le lien très fort qui les unissait déjà, et ils se sont vraiment démarqués. Quand on dirige des acteurs non professionnels, il faut se concentrer sur leur capacité d’écoute et leur réactivité aux indications, or j'ai immédiatement senti ça chez l'un comme chez l'autre.
Il y a aussi tout un groupe d’anciens artistes de cirque que je connais depuis l’enfance, et dont je savais dès le départ que je voulais qu'ils participent au film. Dans le court-métrage, ils jouent les membres de l’orchestre du cirque, avec mon père à la trompette.
Quelles difficultés cela présente-t-il, de filmer des acrobaties ?
Ce qui complique le plus les choses, c’est qu'on n'a pas le loisir de faire beaucoup de prises. Les acteurs ne peuvent les refaire qu’un nombre limité de fois, car les acrobaties demandent énormément d’énergie. Il faut donc les préparer et les entraîner autant que possible en amont, pour arriver prêts. Il faut aussi avoir une liste de plans très claire, avec un storyboard, un peu comme pour un film d’action, et ruser pour certains plans qui seraient trop exigeants techniquement. Comme le cirque, le cinéma consiste à créer une illusion. C’était amusant de faire se rencontrer le cirque et le cinéma, et j’ai l’intention de refaire se percuter ces deux mondes par la suite.
Pouvez-vous nous parler de vos références en matière de cinéma et de ce qui vous a amené à opter pour un style qui fait parfois "de la vieille école" ?
Zampano est le nom d’un personnage de La Strada, donc comme vous pouvez vous en douter, Fellini m'a beaucoup inspiré, en particulier pour le réalisme magique qu’il injectait dans ses œuvres. J’aime tisser des liens entre l’ancien et le nouveau, et j'avais le sentiment qu'il fallait que Zampano dégage quelque chose d’intemporel. La bande-son y contribue qui mêle une musique acoustique de type classique, pour certaines scènes, et un design sonore plus métallique pour d’autres.
Il semblerait que vous travailliez en ce moment sur un autre film ancré dans le monde du cirque. Sera-t-il similaire à Zampano ou est-ce qu'il s'articule autour d'un autre type d'histoire ?
I love you, fuck off est un court-métrage de 15 minutes sur deux clowns punks qui vivent une relation amoureuse chaotique. L'idée est d'explorer la co-dépendance au sein du couple. Le film consiste en un seul plan-séquence tourné un soir de spectacle, où l’on suit le couple dans les coulisses et sur scène, tandis qu’ils se détruisent.
Quant à mon projet de long-métrage Ali Baba, il raconte l’histoire d’Aliocha, un jeune homme qui fugue pour intégrer une troupe de cirque et devenir trapéziste volant. Il est pris sous l’aile de Tony Truand, un porteur charismatique qui est aussi le directeur de la compagnie, et qui va apprendre à Aliocha à voler et à faire de nouveau confiance, mais au moment où Aliocha trouve sa nouvelle famille, l’ancienne revient le hanter.
(Traduit de l'anglais)
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