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ITALIAN GLOBAL SERIES 2026

Sally Wainwright • Créatrice, scénariste et réalisatrice de Riot Women

“Le punk semblait être le bon style musical pour des femmes de 50 ans et plus qui ont soudain l'impression d'être invisibles”

par 

- Nous avons rencontré la scénariste de fictions TV britannique pour parler de sa nouvelle série : un étonnant manifeste féministe réunissant cinq fortes femmes qui montent un groupe de rock

Sally Wainwright • Créatrice, scénariste et réalisatrice de Riot Women
(© Sebastiano Stringola/Italian Global Series Festival)

La scénariste et réalisatrice de télévision britannique encensée Sally Wainwright (Last Tango in Halifax, Happy Valley, six BAFTA en tout) concourt dans la section Comédie de l’Italian Global Series Festival (Rimini et Riccione, 3-11 juillet) avec sa petite dernière, Riot Women, créée, écrite et réalisée par elle. À cette occasion, nous l’avons rencontrée pour l’interroger sur la série (qui prend la forme d’un manifeste féministe sur un groupe de femmes d’âge mûr qui montent un groupe de punk qui va révolutionner leur vie), une fiction diffusée sur BBC One et disponible sur BBC iPlayer qui déjà été confirmée pour une deuxième saison.

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insularia_Josué

Cineuropa : Dans Riot Women, le groupe de rock n’est pas bâti sur le talent musical des membres, mais sur leur désir partagé de changement. À quel moment vous êtes-vous rendu compte que ce groupe de punk allait devenir le moteur émotionnel de cette histoire ?
Sally Wainwright :
Assez tôt. J’ai décidé que je voulais écrire sur des femmes qui traversent une certaine phase de leur vie, celle qui commence autour de cinquante ans, où on jongle avec beaucoup de choses. On a des responsabilités, notamment des parents âgés, on a un mariage qui n’est pas nécessairement aussi vaillant qu’avant, on a des enfants qui ont encore besoin de leurs parents et on est probablement au sommet de sa carrière, donc on a aussi des responsabilités professionnelles. Et puis la ménopause vous tombe dessus au milieu de tout ça. J’ai traversé cette phase moi-même il y a environ dix ans, et j’ai eu l’impression que ma personnalité se désagrégeait. J’avais l’impression d’être en train de disparaître et je ne savais pas pourquoi. Alors j’ai eu envie d’écrire sur le sujet, mais pas sous un angle super déprimant ; je voulais faire un film attrayant pour le public. Alors l’idée m’est venue d’assembler ça avec l’histoire d’un groupe de rock féminin. J’avais toujours voulu écrire sur un groupe de rock féminin. Je ne faisais que réunir les deux sujets. Et le punk me semblait tout à fait adapté, parce que personne n’est plus en colère que des femmes en ménopause. Ça semblait être le style musical le plus adapté pour ces femmes de plus de cinquante ans qui ont soudain l’impression d’être invisibles dans le monde – une impression à mon avis très commune.

Le titre évoque la rébellion, mais la série semble s’intéresser davantage aux actes de résistance quotidiens. Que signifie pour vous le mot “riot” (litt. émeute/mutinerie) dans le contexte de la vie de ces femmes ?
Il a deux sens. D’abord, c’est une référence au mouvement Riot Grrrl des années 1990 aux États-Unis, et un clin d’œil à Courtney Love, mais le titre renvoie aussi au fait que ce ne sont résolument plus des filles, mais des femmes. Pour moi, dans Riot Women, il s’agissait d’évoquer de vraies femmes, parce qu’il y a tellement de clichés et de stéréotypes sur les femmes à la télévision, dans des séries qui ont surtout, historiquement, été écrites par des hommes. Donc l’idée est de dire : voilà comment sont vraiment les femmes de cinquante/soixante ans. Ce ne sont pas des petites dames âgées qui ont lâché l’affaire. Elles ont toujours énormément de choses à dire, beaucoup d’énergie, beaucoup d’opinions, et elles veulent les exprimer. L’“émeute” place ces femmes sur le devant de la scène, parce que les femmes de cet âge-là ne le font pas.

La solidarité est au cœur de la série. Était-ce aussi un choix politique, au-delà du récit, de montrer l’amitié entre femmes adultes comme une force de transformation ?
Oui je suppose, parce que c’est une chose qu’on ne voit pas souvent à la télévision : à quel point les femmes se soutiennent les unes les autres. Je suis en train de me séparer de mon mari en ce moment, et le groupe des personnes qui m’épaulent dans la vie ne se compose que de femmes ; ce sont toutes mes amies femmes : mes amies d’école, de l’université… On est, je l’espère, en train de sortir du schéma des femmes qui ne parlent que des hommes. Je voulais montrer que les femmes ont une intelligence émotionnelle supérieure. C’est pour ça que j’aime bien écrire pour les femmes : elles disent des choses, elles ont des conversations qui vont au fond des choses, alors que les hommes tendent à se contenter d’aller regarder le football.

Riot Women évolue entre la comédie et le drame, souvent dans la même scène. Qu’est-ce que ce mélange de registres vous permet de dire sur ces femmes qu’un pur récit dramatique ne saurait transmettre ?
J’aime écrire comme ça parce que je pense que c’est plus fidèle à la réalité. La vie est assez drôle, et bien sûr que des choses terribles se produisent, mais nous, en tant qu’êtres humains, nous sommes avant tout drôles. Les gens choisissent souvent l’humour pour communiquer : si quelque chose peut être formulé sur le ton de l’humour, la plupart des gens vont le dire comme ça. Même quand les choses sont difficiles, les gens conservent beaucoup d’humanité en eux. Je ne pense pas que ce soit fidèle à la réalité, quand tout le monde est sinistre et sombre. La vie est un équilibre, et j’essaie toujours de faire en sorte que cela se reflète dans ce que j’écris.

L’alchimie entre les comédiennes est des plus grandes forces de la série. Que cherchiez-vous, pendant le casting ?
Nous cherchions une combinaison d’actrices intéressantes dont il était clair que le public allait les adorer. Nous avons eu de la chance : nous avons trouvé cinq grandes actrices principales, ce qui était formidable. Nous n’avons pas fait le casting autour d’une seule personne. La seule que je tenais vraiment à choisir soigneusement était Kitty, parce qu’on avait besoin de quelqu’un qui sache chanter, donc nous sommes allés voir  Rosalie Craig, qui est une formidable chanteuse. Ce n’était pas une grosse star, pas autant que les autres, mais j’espère qu’elle l’est devenue, maintenant. L’idée était d’avoir la bonne alchimie, cette impression qu’elles ont aussi des différends, bien sûr, mais qu’elles sont excitées à l’idée de monter un groupe et que ça abat les barrières qui pouvaient les séparer.  J’ai demandé à toutes les actrices d’apprendre à jouer d’un instrument, parce que je voulais que ça fasse authentique. Je ne voulais pas que ça donne l’impression que n’importe qui peut se lancer comme ça au débotté. J’ai aussi appris à jouer la guitare et de la batterie, dans le cadre de mes recherches pour la série.

Où en êtes-vous du développement de la deuxième saison ?
Je suis en train d’écrire le troisième épisode de la saison 2, où on les retrouve deux ans après, et où elles continuent de se serrer les coudes. Peu importe ce qui se passe dans leur vie, elles ont un espace joyeux qu’elles retrouvent quand elles veulent : le groupe. C’est leur thérapie.

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(Traduit de l'anglais)

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