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LOCARNO 2026 Compétition

Meritxell Colell Aparicio • Réalisatrice de Lejos de los árboles

“La mémoire s'accueille par l'écoute”

par 

- La cinéaste catalane nous parle de son exploration transnationale de l'exil, des langues menacées et de la mémoire héritée à travers les sons, ainsi que des formes cinématographiques hybrides

Meritxell Colell Aparicio • Réalisatrice de Lejos de los árboles
(© Locarno Film Festival/Ti-Press)

La réalisatrice catalane Meritxell Colell Aparicio combine des images numériques, des vidéos en super 16 et des images d’archives, et livre son film le plus personnel à ce jour, Lejos de los árboles, qui a fait sa première en compétition internationale au Festival de Locarno.

Cineuropa : Lejos de los árboles relie le Pérou, l’exil des Républicains espagnols au Mexique et l’histoire d’une famille catalane. Comment cette géographie a-t-elle déterminé le parcours d’Adela ?
Meritxell Colell Aparicio : J’ai toujours travaillé avec des personnages déplacés et complexes avec des identités hybrides. Une des questions qui m’intéressent le plus, c’est la manière dont le territoire détermine qui on est, dont les lieux où l’on vit jouent sur la construction de notre identité. Pour le cinéma aussi, les espaces sont une source inépuisable de façons de rendre visible l’invisible, car ils font office de miroirs qui permettent d’extérioriser le monde intérieur des personnages. Le Pérou a très vite fait partie du projet, car j’avais envie d’en savoir plus sur les quipus. La jungle m’évoquait un paradis perdu de la civilisation et de l’enfance et les montagnes, les Apus, sont le lieu où les ancêtres habitaient, ou réside la mémoire. Nous souhaitions explorer deux parcours qui se croisent : un voyage impliquant un contact avec des communautés locales, pour créer une carte sonore des langues en voie d’extinction, et un parcours de retour vers l’enfance et vers les grands-parents du personnage. Nous voulions que le film soit une ode à l’écoute, à la transmission et à la mémoire de tout ce qui mérite d’être préservé.

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Comment la fiction et cette héroïne mexicaine vous ont-elles aidée à aborder votre propre histoire familiale ?
Lejos de los árboles a commencé en 2020, après la mort d’un membre de ma famille très proche. À l’époque, je savais seulement que je voulais parler de l’incapacité de dire adieu et de voir un corps sans vie, avec les émotions que ça implique, et que je voulais relier ça au son. J’ai commencé à chercher des artistes sonores déplacés ou migrants, et c’est là qu’est arrivée Angélica Castelló. Son grand-père s’était exilé au Mexique. Des années plus tard, je me suis rendu compte que tout cela était aussi profondément lié à ma propre vie, plus précisément à l’héritage de silence qu’ont transmis mes grands-parents. Ça ne m’intéresse pas de créer de l’autofiction. Un des grands pouvoirs du cinéma, c’est sa capacité à aimer ce qui est autre, à le comprendre.

Pourquoi avez-vous fait de l’écoute un élément central, dans un film qui parle d’exil et de disparition ?
Le son est essentiel au cinéma, pas seulement aux niveaux narratif et contextuel, mais aussi sur le plan des perceptions et des émotions. L’image est toujours concrète ; le son la prolonge. Le son à une capacité incroyable à invoquer l’invisible et tous les autres univers qu’une image pourrait contenir, mais que l’œil ne voit pas. Une langue ne survit que si quelqu’un la parle. L’enregistrement est le médium qui permet de témoigner de sa disparition. C’est le document qui nous permet de savoir qu’elle a existé, mais il nous est donné sans contexte et sans vision du monde qui raccorde tout ensemble. La mémoire doit être reçue à travers l’écoute, pour que la personne devienne le canal qui transmet le savoir et le maintient en vie.

Comment les images numériques, les images en Super 16 et les documents d’archives se sont-ils mis à ne plus former qu’un seul langage cinématographique ?
Il était essentiel que toutes les strates qui composent le film – la mémoire présente, la mémoire familiale et la mémoire collective – soient entrelacées entre elles, qu’elles fassent partie du même tout. Il m’a paru essentiel d’utiliser le Super 16 pour les rêveries, les souvenirs et les visions. Il y a quelque chose dans la vibration de la pellicule, dans ses couleurs, son rythme et sa texture qui donnait à tout cela la densité qui me semblait nécessaire. Avoir accès aux archives de l’UNAM et aux archives personnelles des familles Calder et Artís-Mercadet était un véritable don du ciel. Nous étions résolus à ne pas utiliser les images d’archives que pour illustrer un récit. Au lieu de ça, nous voulions les intégrer dans un dialogue plus poétique et émotionnel avec le parcours de l’héroïne. Monter un film, c’est créer des constellations et établir des connexions, et c’est la partie la plus fascinante.

Dans quelle mesure la biographie et la pratique musicale d’Angélica Castelló ont-elles informé le film ?
Elle m’a attirée par sa pratique artistique et le fait qu’elle soit une artiste latino-américaine qui vit à l’étranger. Il était fondamental pour moi d’avoir une héroïne de cinquante ans et quelques qui a quitté son pays natal afin de s’adonner à sa passion, la musique, et aussi de montrer un type de femme qu’on voit rarement à l’écran. Angélica a joué un rôle clef dans la création du personnage d’Adela. En effet, le film dans sa forme actuelle est né de nos échanges, mais si le personnage a beaucoup en commun avec Angélica, nous étions toutes les deux très claires sur le fait que nous voulions travailler à travers un personnage fictionnel.

Qu’espérez-vous que le public international va retenir du film ?
Je trouverais ça profondément émouvant si les gens qui n’ont pas connu de près les réalités de la vie en exil quittaient la salle avec l’envie d’en savoir plus sur le sujet, via internet ou en interrogeant des proches et des mentors. Le cinéma, au-delà du fait qu’il raconte des histoires, documente notre présent et notre passé. Le film parle du besoin d’écouter, de l’importance de la transmission et du fait que nous sommes à la fois ceux qui transmettent et ceux reçoivent la mémoire.

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(Traduit de l'anglais)

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