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SARAJEVO 2026 Compétition Documentaires

Milcho Manchevski • Réalisateur de Good People

“Nous avons décidé de rester très austères et minimalistes, afin de mettre les survivants et les héros au centre de l'histoire”

par 

- Le réalisateur macédonien explique comment son documentaire tâche de rendre ce qu'ont vécu les survivants au désastre de la boîte de nuit de Kočani sans recourir à des reconstitutions artistiques

Milcho Manchevski • Réalisateur de Good People
(© Sarajevo Film Festival/Obala Art Centar)

Cineuropa a rencontré le cinéaste macédonien lauréat d’un Lion d’or pour son premier long, Milcho Manchevski, pour l’interroger sur Good People, le travail qu’il a présenté à Sarajevo parmi les documentaires en compétition, et qui se concentre sur les conséquences de la tragédie survenue le 16 mars 2025 dans la boîte de nuit Pulse à Kočani, en Macédoine du Nord, qui a fait 63 morts et 193 blessés.

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Cineuropa : Pourquoi vous êtes-vous senti le besoin de raconter cette histoire ? Pourquoi pensez-vous qu’un public comme celui de Sarajevo était idéal pour cette première ?
Milcho Manchevski :
Parce que cette histoire devait être dite, et que la parole des survivants et des héros devait être entendue sans filtre et enregistrée. C’était le moins qu’on puisse faire, en signe de respect et de solidarité pour les bonnes gens de Kočani. Les médias ont fait beaucoup de bruit autour de cette affaire, mais on a laissé très peu de place aux témoignages directs et à l’expression des émotions et pensées générées par la tragédie. Très vite, celle-ci a été détournée pour servir des intérêts politiques.

Ceci n’est pas qu’un documentaire ; c’est aussi un document. Je me souviens d’avoir lu le rapport de la Dotation Carnegie sur les guerres balkaniques de 1912-1913, or la partie la plus forte était une annexe, à la fin, qui citait les témoignages directs des survivants. L’histoire de ce qui s’est passé à Kočani doit être entendue parce que c’est un avertissement, mais aussi parce qu’on peut apprendre quelque chose de profond de ces jeunes gens qui ont vu la mort en face. Il se passe quelque chose quand on frôle la mort, on sent une grande clarté d’esprit. Il était capital d’enregistrer les pensées et sentiments de ces gens et de composer à partir de ces témoignages un récit sincère qui puisse servir aux générations futures, et je me suis dit que nous étions peut-être en mesure de leur en offrir l’occasion. Quand j’ai entendu parler de ce terrible incendie, mes premières pensées sont allées vers les victimes, les survivants et les héros : ils ont vécu quelque chose qu’aucun d’entre nous ne peut réellement se représenter. Nous avons commencé à tourner un mois seulement après la tragédie.

Avez-vous envisagé de faire de cette histoire un film de fiction ?
À aucun moment, non. Je ne crois pas aux reconstitutions artistiques ou aux interprétations, aussi scrupuleuses qu’elles puissent être. De manière générale, la vérité est trop importante pour être assujettie à notre interprétation artistique. Une étude historique, un travail de reportage journalistique, une analyse anthropologique, oui à tout ça, mais je ne pense pas que quiconque ait le droit de faire un film “inspiré d’une histoire vraie”. J’ai refusé plusieurs projets dont c’était l’idée centrale. 

Good People est un documentaire à l’ancienne, sans voix off, sans B-roll, sans thème musical… Nous avons décidé de rester dans un registre extrêmement ascétique, austère et minimaliste pour éviter d’être tentés de manipuler l’histoire et surtout, et c’est plus important, pour placer les survivants et les héros au centre de tout. Nous donnons au spectateur l’occasion d’entendre leurs mots et de voir leurs visages en face, directement, en médiatisant le moins possible cette mise en contact. Notre mission était de rester à l’écart, d’être invisibles, de tisser douloureusement toutes ces histoires individuelles ensemble pour en composer une qui donne une idée d’ensemble de la situation.

Combien de gens, parmi les personnes interrogées, étaient réticents à s’exprimer, et comment vous y êtes-vous pris pour qu’ils s’ouvrent à vous ?
Personne parmi les gens que nous avons rencontrés ne s’est montré réticent. Les personnes que nous avons rencontrées avaient envie qu’on les entende, qu’on enregistre ce qu’elles avaient à dire. Plusieurs d’entre elles nous ont remerciés, après le tournage. Elles connaissaient mon travail et savaient que c’était un projet sincère et sérieux, pas un film sensationnaliste. L’organisation Support Kochani a été d’un énorme soutien pour la communauté. Je les ai rencontrés quand j’ai donné une photographie d’art pour leur vente aux enchères solidaire. Ils aident beaucoup de survivants et de familles. Ils ont aussi été notre passerelle pour accéder à cette communauté. Nous nous sommes aussi portés volontaires pour mettre les gens en contact avec des psychologues.

Travaillez-vous déjà sur votre prochain projet ?
À vrai dire, j’ai fait deux films en même temps. C’est peu commun mais pendant des années, dans ma Macédoine natale, ce que j’appelle la mafia du cinéma m’a empêché de travailler et fait subir une véritable persécution politique. En 2020 et de nouveau en 2022, j’ai dénoncé des faits de corruption, des compétitions truquées ou encore des conflits d’intérêt au sein de la Film Agency. En guise de représailles, ils ont bloqué tous mes films précédents ainsi que mes projets en cours, mais mes dénonciations ont été confirmées par la Commission anticorruption, le Bureau national des audits, Transparency International et le Ministère de la Culture. […] Finalement, j’ai gagné deux procès contre la Film Agency, alors ils ont dû me permettre de travailler.

Après ça, quand ils n’ont plus pu faire barrage, j’ai fait non pas un film, mais deux en même temps : Good People et Sister Brother Manhole Cover. Ce deuxième titre est une comédie grinçante sur les riches et les pauvres, et sur la quête d’amour et de liens familiaux dans les marges de la société. Nous venons de terminer le film, qui est une coproduction entre la Macédoine du Nord, la Bulgarie, la Serbie, l’Albanie, l’Italie et le Royaume-Uni. Les ventes internationales du film sont gérées par la société romaine Coccinelle Film Sales. Il va bientôt faire sa première à un grand festival.

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(Traduit de l'anglais)

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