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HAUGESUND 2026

Erik Poppe • Réalisateur de Beloved

“C'est un scénario fort et une histoire dont le monde a besoin en ce moment"

par 

- Nous avons rencontré le cinéaste norvégien pour lui poser quelques questions sur son nouveau film, pour lequel il a travaillé en tandem avec l'auteur de théâtre lauréat du Prix Nobel Jon Fosse

Erik Poppe • Réalisateur de Beloved
Erik Poppe (à gauche) et Jon Fosse (© Agnete Brun)

Beloved, le film d’ouverture du 54e Festival international du film de Norvège de Haugesund, est un véritable trésor culturel norvégien. Ce long-métrage, écrit par l’auteur lauréat du Prix Nobel Jon Fosse et réalisé par Erik Poppe, a mis trente ans pour enfin voir le jour. Nous avons rencontré le cinéaste pour lui poser quelques questions sur son film et sur sa collaboration avec le dramaturge.

Cineuropa : Pour remonter un peu aux origines du projet, comment ce long parcours aux côtés de Jon Fosse a-t-il commencé ?
Erik Poppe :
Il a commencé il y a de nombreuses années, enfin je devrais plutôt dire qu’au début, il n’a pas commencé du tout. La première fois que j’ai été en contact avec le travail de Jon, à la fin des années 1980, je vivais à Stockholm, où je faisais mes études de cinéma à l’Institut dramatique. Il était encore inconnu à l’époque, mais il avait un éditeur suédois. Quelques années plus tard, il a écrit un scénario qu’il a envoyé à quatre ou cinq réalisateurs, dont Aki Kaurismäki et moi. Comme je connaissais déjà le travail de Jon, je pouvais voir que ça ferait un très bon film. J’ai répondu en disant que c’était quelque chose que j’aimerais beaucoup faire, mais pas sur le champ, parce que j’avais d’autres projets en cours. Entretemps, John s’est mis à écrire des pièces pour le théâtre, devenant célèbre dans le monde entier, et ma propre carrière a pris de l’élan. En 2023, juste avant que Jon reçoive le Prix Nobel, pour tout vous dire, nous avons tous les deux pensé la même chose : “Faisons-le maintenant, une bonne fois pour toutes”. C’est un scénario fort et une histoire dont le monde a besoin en ce moment. Sans jamais être cynique ou sombre, le film raconte l’histoire intime de deux (ou trois) personnes qui s’aiment beaucoup, mais qui ont malgré cela du mal à avoir une relation fonctionnelle.

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Comment s’est passée cette collaboration entre vous, cinéaste, et lui, dramaturge ?
Le scénario était très bien écrit, on y sentait vraiment ce ton particulier, typique de Jon Fosse. Pour moi, il était absolument fondamental de le conserver et de le ressentir dans le film. Nous avons passé beaucoup de temps à retravailler le texte, toute une année, je dirais, pour ajuster le scénario, qui avait à ce stade atteint un âge plutôt respectable – comme les deux gars qui l’ont écrit ! Jon, c’est bien connu, ne participe jamais à la mise en scène de ses textes – ce serait tout simplement impossible, car il est actuellement un des dramaturges les plus joués au monde. Ceci étant dit, ce scénario en particulier était important pour lui. Du reste, il n’était pas l’émanation d’une autre de ses œuvres. Il est entièrement original, il a été écrit pour l’écran. Comme il est peu probable que Jon écrive un autre scénario, vous pouvez imaginer combien je lui suis reconnaissant pour le temps qu’il m’a accordé. Et on s’est aussi bien amusés, à peaufiner ensemble cette histoire.

Le théâtre de Fosse a déjà été porté à l’écran, notamment dans un film qui n’a pas été très bien reçu : l’adaptation par Romuald Karmakar de Nightsongs, qui a fait sa première à Berlin en 2004. Pendant certaines scènes sérieuses, le public riait à voix haute en se demandant si c’était de l’ironie, mais hélas, ce n’était pas le cas.
Le film Nightsongs, dont j’ose dévoiler que Fosse n’est pas un grand fan, péchait par excès de fidélité à la pièce originelle. Pour moi, il y a plusieurs autres pièces de Jon qui se prêteraient beaucoup mieux à l’adaptation, mais le cas de Beloved est très différent, car c’est un scénario de film pur et dur, mais très dans l’esprit de ce que fait Jon.

Les acteurs que vous avez choisis pour les rôles principaux, Leo Magnus de la Nuez et Kristi-Helene Giæver Engeberg, ont beau avoir fait très peu de cinéma avant, il s’avère qu’ils avaient tous les deux toutes les qualités nécessaires pour relever le défi. En revanche, ils avaient un bon niveau d’expérience au théâtre. Était-ce un des critères pendant le casting (voire même qu’ils aient déjà joué du Jon Fosse) ?
Pas du tout. Ceci dit, Kristi-Helene avait déjà joué du Fosse sur scène à Bergen. Ce qui était important pour moi, c’était de se poser et de créer les personnages de Gerd et Asle ensemble, sans qu’ils procèdent d’autres œuvres écrites par Jon pour le théâtre. Je voulais aussi deux acteurs qui aient des liens personnels avec la région où se passe l’histoire, Vestlandet, et c’est le cas pour tous les deux. Bien qu’ils n’aient joué au cinéma que des petits rôles avant ceux-là, ils se sont tous les deux révélés splendides. Pouvoir trouver des nouveaux talents aussi formidables comme ça, c’est très caractéristique de ce qui se passe en Norvège en ce moment.

Le film a initialement été lancé sous le titre de Bad Moon Rising [qui vient d’une chanson des Creedence Clearwater Revival]. Qu’est-ce qui vous a amené à remplacer ce titre par Beloved ?
La réponse est très simple : c’est une question de droit d’auteur. Nous voulions utiliser la chanson dans le film, mais nous avons découvert que ça aurait coûté extrêmement cher. Après ça, nous ne voulions plus utiliser ce titre.

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(Traduit de l'anglais)

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