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BRIFF 2026

Olivier Pairoux • Réalisateur de Vigilante

"Le film de genre permet de découvrir un milieu de manière dynamique"

par 

- Après s’être essayé au film d’aventure familial rétro, le cinéaste belge revient dans un tout autre registre avec un thriller étouffant bien plus sombre

Olivier Pairoux • Réalisateur de Vigilante
(© BRIFF)

En 2021, Olivier Pairoux sortait son premier long métrage, SpaceBoy, un film solaire inspiré des grands films d’aventures américains de son enfance, de Spielberg aux Goonies, et avec Vigilante, il explore un tout autre genre, bien plus sombre, avec cette histoire d’anti-héros. Le cinéaste belge revient sur son film, projeté au Brussels International Film Festival (BRIFF), et ce rapport passionné au cinéma de genre.

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Cineuropa : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous pencher sur la question des vigilantes ?
Olivier Pairoux : J’ai découvert le phénomène des chasseurs de pédocriminels via un documentaire de Vice Magazine qui suivait un Canadien que l’on voyait communiquer par internet avec des pervers, qui leur donnait rendez-vous sur un parking à deux heures du matin avec sa caméra pour les piéger. Ma première réaction a été de me dire qu’il ressemblait à un justicier, un Batman moderne. Mais à force de creuser le sujet, j’ai découvert bien des aspects très problématiques à la pratique, ce qui m’a amené à nuancer ma pensée. N’empêche que la question de l’auto-justice, qui se pose énormément sur internet, me semblait passionnante : jusqu’où est-on prêt à aller pour se rendre justice dans un monde où parfois tout nous échappe. Et est-ce qu’on veut vraiment de ce genre de justice ?

Comment avez-vous imaginé le personnage de Morville, votre vigilante ?
Il est assez torturé, il a un passé compliqué. Il mène une vie solitaire, même s’il entretient un lien étroit avec sa nièce, et ses deux meilleurs amis, Xavier et Steve, eux-même vigilantes. Tous trois ont des raisons différentes d’être vigilante, je voulais aussi explorer cela, l’un a des motivations liées à son passé familial, l’autre cherche en partie à se faire un peu d’argent, ce qui me permettait aussi de montrer qu’il y a un vrai business  qui s’est développé derrière cette activité, avec demandes de rançons, etc. Ce qui met en branle l’enquête de Morville, c’est l’agression de son ami Steve un soir alors qu’il est parti piéger un pédocriminel. L’enfer est pavé de bonnes intentions, et Morville veut sincèrement bien faire, il veut sauver ses amis, le monde même. Mais il est parfois à côté de la plaque, il ne sent pas bien les choses, il fait des erreurs, même si c’est toujours mû par l’amour, avec la volonté de réconcilier les choses. Ca soulève le fait qu’avoir une caméra et internet aujourd’hui, c’est une arme extrêmement puissante, pas toujours bien utilisée.

Les enquêtes que mènent Morville et ses amis, mais aussi le personnage de Rebecca, journaliste qui elle-même enquête sur Morville, viennent palier un système institutionnel déficient.
Internet est devenu un énorme terrain de jeu, une sorte de tribunal public où les gens s’expriment, disent ce qu’ils aiment, ce qu’ils n’aiment pas, jusqu’à parfois canceller des gens, ils jugent avant la justice. Internet est utilisé par tout le monde. Par les pédcoriminels pour rencontrer des enfants, par les vigilante pour les chasser, par la police qui surveille tout ça de haut, pour démanteler les réseaux. Et puis il y a les journalistes qui y cherchent de l’information, parfois en appliquant les mêmes méthodes de dissimulation. C’est un jeu de dupes, et ça représente une partie de ce qu’est internet, des gens qui masquent leur réalité pour s’afficher autrement.

C’est un pur film de genre, c’était important pour vous ?
J’ai toujours aimé le cinéma de genre, et à travers mes différents films, j’essaie d’explorer des genres différents. Avec mon premier court métrage Puzzle, c’était une comédie de science-fiction, SpaceBoy, c’est de l’aventure familiale, ici, c’est une detective story, mais avec un enquêteur qui n’en est pas vraiment un. Le genre permet de découvrir un milieu de manière dynamique. Ce que j’aimais avec la forme de la detective story, c’est qu’elle est basée sur les rencontres, et qu’à travers elles, on comprend l’univers en faisant progresser l’enquête.

Pourquoi et comment avez-vous casté Eddy De Pretto, dont c’est le premier grand rôle au cinéma, dans le rôle de Morville ?
Dès le départ, je voulais que Morville soit particulier, et il me fallait trouver un acteur qui allait l’emmener autre part. Et puis j’aime l’idée de créer un décalage entre l’acteur et le rôle. J’aurais pu choisir quelqu’un de très baraqué, mais j’ai préféré me tourner vers la délicatesse d’Eddy De Pretto pour la transformer. Et puis j’aime bien travailler avec des artistes qui ont déjà des univers, et co-créer, façonner le personnage ensemble. Je sentais qu’Eddy avait envie de ça, on a énormément parlé du scénario, du personnage. Je crois que ça lui a plu que j’essaie de l’emmener autre part, alors que lui avait justement envie d’aller ailleurs. Il a fait preuve d’une incroyable flexibilité créative.

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