email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

VENISE 2026 Semaine internationale de la critique

Shalini Adnani • Réalisatrice de Our Share of Sand

"J’ai essayé d’observer le microcosme d'une famille et comment il reflète la société"

par 

- VENISE 2026 : La cinéaste raconte l’aventure originale de son premier long, entre univers de l’extraction de sable en Inde et zones grises de situations moralement complexes

Shalini Adnani • Réalisatrice de Our Share of Sand
(© 2026 Isabeau de Gennaro pour Cineuropa - fadege.it, @fadege.it)

Réalisatrice d’origine indienne, née au Chili et basée à Londres, Shalini Adnani, remarqué au Festival de Sundance avec son court métrage White Ant, a dévoilé à la Semaine internationale de la critique de la 83e Mostra de Venise, son premier long, le très prometteur Our Share of Sand.

Cineuropa : D’où est venu l’idée de l’économie de l’extraction de sable qui constitue le cadre de votre film ?
Shalini Adnani : Je viens d'une famille d'architectes et de constructeurs. À travers elle, j'ai découvert qu'il y avait une crise de l’extraction de sable. Cela m'a fascinée car c’est la ressource dont nous manquons le plus après l'eau. J'aime aussi ce que le paysage dit sur nous, en tant qu’êtres humains : il renferme en quelque sorte l'histoire et la violence que nous subissons en tant que société. J'ai fait beaucoup de recherches sur le sujet dans le sud de l'Inde, où il y a une grande crise dans ce domaine.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Une famille est au cœur du film. Pourquoi avoir choisi de raconter cette histoire à travers le regard d’une jeune fille de 12 ans ?
J’ai lu qu’en psychologie, c’est à cet âge qu’on commence à développer notre sens de la moralité, à comprendre ce qui est bien et ce qui ne l'est pas. Mais cela a tendance à être très binaire : avec les jeunes adolescents, il n’y pas de place pour l'ambiguïté, pas de zone grise autour des questions éthiques. J'ai trouvé cela très intéressant et je me souvenais que j’étais exactement comme cela à cet âge, donc j'ai voulu explorer comment une situation moralement complexe pourrait être perçue par une enfant à ce stade où elle comprend ce qu'est la moralité.

Le script ménage plusieurs surprises. Vouliez-vous créer une sorte de suspense ?
J'aime jouer avec les genres et il y avait des éléments qui ressemblaient à du thriller et que j'ai voulu inscrire dans le film. Ce n’est pas une histoire typique de cet âge car cette jeune fille vit des événements qui peuvent sembler dangereux. Donc j’ai joué avec la structure du récit dans ce sens.

On peut distinguer trois cercles : la jeune fille au centre, puis sa famille (son père, sa mère, sa grand-mère) et enfin, tout le pays.
Absolument. J’ai essayé d’observer le microcosme d'une famille et comment il reflète la société. En général, cela m’intéresse beaucoup de décrypter comment la politique ou la société entre dans nos vies privées, affecte qui nous sommes et façonne nos valeurs.

Quid du mélange des genres avec un substrat presque documentaire mais un film qui n’est absolument pas un documentaire ? À quel point le fait d’appartenir à la diaspora indienne a-t-il influencé votre approche ?
J'aime les histoires qui ressemblent à des livres de contes et le film en est presque un. Il y a un prologue, un épilogue. Le film peut être réel, mais tout autant ne pas l’être. Il parle aussi de mon point de vue. Je ne voulais pas faire un film sur l’Inde pour un regard européen. En général, il y a une attente d’un certain type d’histoires venues d’Inde, avec du réalisme, de la pauvreté, mais qui souvent ne montrent pas la réalité de l'évolution d’un pays qui combine plusieurs classes sociales, dont une classe supérieure davantage associée à l’Occident et qu’on appelle les non-résidents. Embrasser toutes les parties de la société renforçait le réalisme.

Diriez-vous que votre film est féministe ?
À certains niveaux, c'est 100 % féministe. Le film explore la façon dont les femmes subissent le patriarcat et comment elles ont été réduites au silence dans la structure familiale. Une jeune fille prend conscience que le monde est essentiellement ainsi et je pense que nous sommes dans l’avènement de cette prise de conscience.

Vous prêtez néanmoins attention à ne juger aucun de vos personnages.
Je suis attirée par les personnages moralement ambigus. À l’université, j'ai beaucoup travaillé sur le sujet de la prison, et je n’ai jamais voulu juger la personnalité des gens. Je pense que le seul moyen de transformer une société, c’est d’essayer de comprendre les autres points de vue. À 12 ans comme le personnage de Maya, on une idée très binaire du bien et du mal. Or son père est un personnage charmant, qui avait sans doute de bonnes intentions, mais qui évolue dans une société où il a peut-être été poussé à faire des choses qu’on peut considérer comme mauvaises. Mais quand on se met à sa place et qu’il s’explique, cela change un peu, on a un peu d’empathie pour lui. J’aime explorer ces zones grises alors que la société est aujourd’hui malheureusement globalement très binaire.

Le travail sur le son est remarquable. Comment avez-vous procédé ?
Toute la musique a été créée à partir de la distorsion de sons de grains de sable et de cailloux heurtés ou de branches cassées. L’idée derrière cela, c’était comment on tord la Terre et comment les sons de la nature et de tout qui nous entoure nous parviennent légèrement différemment de leur source. Et en termes de mise en scène, je voulais aussi créer beaucoup de niveaux, en me concentrant sur ce qui est visible et sur ce qui n'est l’est pas. De la même manière, pour le paysage, j’ai tenu à rester très proche avec l’idée d'expérimenter un lieu depuis une perspective subjective et les sensations que cela implique.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Lire aussi

Privacy Policy