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VENISE 2026 Semaine internationale de la critique

Tommaso Usberti • Réalisateur de Prima della guerra

"Parler de la violence, de la masculinité toxique, du point de vue de quelqu'un qui est plongé dans ces travers"

par 

- VENISE 2026 : Le cinéaste italien nous parle de son premier long, où il explore une jeunesse désorientée et influençable, entre culte du corps, de la violence et des armes

Tommaso Usberti • Réalisateur de Prima della guerra
(© 2026 Isabeau de Gennaro pour Cineuropa - fadege.it, @fadege.it)

Présenté à la Semaine internationale de la critique de la 83e Mostra de Venise, Prima della guerra est le premier long de l’Italien Tommaso Usberti, diplômé de La Fémis et primé en 2017 dans la compétition de la Cinéfondation du Festival de Cannes avec le court Deux égarés sont morts.

Cineuropa : L'idée principale du film est-elle née du personnage principal ou du territoire dans lequel s’incarne le récit ?
Tommaso Usberti : Des deux, mais plutôt du territoire au départ : la plaine du Pô, dans le nord de l'Italie, en Lombardie, et en particulier Piadena, un petit village où se croisent beaucoup de gens. C'est la région de la famille de mon père et je passais l’été dans ce village quand j'étais enfant. C'est un territoire très conflictuel, riche en contradictions, l’une des régions où le fascisme est né il y a 100 ans et où aujourd'hui, les partis d'extrême-droite italiens ont beaucoup de prise. Mais c'est aussi une région très riche avec des grosses fermes, des élevages industriels, des campagnes avec des monocultures. Il y a beaucoup de travail, donc beaucoup d'immigration et des gens du monde entier se croisent dans ce village. Donc c'est un mélange assez particulier. Tout est tourné vers la productivité et c'est un endroit où je sens quelque chose de pesant dans la surexploitation de la campagne, des animaux, etc., et dans le rapport aux étrangers avec une sorte de violence qui s’exerce sur eux.

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Comment vouliez-vous traiter le personnage de Guido ?
C'est l'incarnation d'une jeunesse viriliste, qui suit les traces du groupe dominant. Cela me tenait à cœur de parler de la violence, de la masculinité toxique, du point de vue de quelqu'un qui est plongé dans ces travers car c’est plus dérangeant de voir cela de cette manière. Il représente une jeunesse désorientée, influençable. Il y a un retour un peu partout dans le monde à une sorte de virilisme à l'ancienne, à des valeurs qui sont celles des différents fascismes. Et en Italie, où l'extrême-droite est au pouvoir, on voit beaucoup cela, d’autant plus dans un village comme celui du film où tout le monde se connaît et se regarde : il y a un culte du corps, de la violence, des armes. Donc je voulais faire le portrait d'un jeune garçon un peu perdu, en quête d'une raison d'être, donc une proie facile pour les chasseurs de tête qui recrutent pour des milices étrangères de mercenaires. En fait, il peut y avoir des ressemblances avec les jeunes Européens qui partaient faire le Djihad.

En contrepoint, vous racontez son histoire d'amour compliquée avec une jeune Kosovare.
J'avais envie de partir d'un personnage négatif, mais qui soit quand même ébranlé par quelque chose et dont on espère qu'il pourrait peut-être changer, avoir une prise de conscience. Cette rencontre est mal vue par sa famille. Le personnage de Maya est très jeune, donc elle subit aussi ce qui lui arrive, mais elle est plus forte et elle veut lutter contre ce qui lui arrive, beaucoup plus que Guido. C’est une histoire très courte, sur quelques jours, mais qui sera peut-être décisive pour lui.

La nature est très présente dans le film. En contraste avec la nature humaine ?
Oui. Dans cette région, ce contraste est très visible entre les grands espaces de monocultures, les élevages industriels, etc., et, tout près, une nature très verdoyante avec beaucoup d'eau, d'animaux sauvages, etc. Il y a aussi le fait que Guido chasse : il agresse la nature alors qu’il est lui-même comme un animal en cage, à l'étroit dans ce petit village. Je voulais aussi dénoncer la violence à l’encontre des animaux, par la chasse ou dans les élevages industriels.

Quid de vos partis-pris visuels et sonores assez radicaux ?
Je voulais qu’on soit en immersion avec le personnage, avec une sensation de temps présent et de longs plans où la caméra suit Guido. On est en plein été, on écoute tout le temps de la musique, il y a une dimension d'abrutissement, de chaleur, de lourdeur. Je voulais parler de choses qui ne sont pas simples et qui peuvent être désagréables, mais avec une forme accessible, donc j’ai fait référence à des genres cinématographiques qu'on a l'habitude de voir. Mais j’ai recherché une radicalité dans la forme, dans la façon de filmer, et j’ai poussé les curseurs : en chargeant en couleurs à l'étalonnage, avec la musique, etc. Pasolini est une grande source d’inspiration pour moi : ses films montrent les instincts primitifs des êtres humains. Cela peut être très brutal, mais il y a aussi beaucoup de douceur, pas de cynisme, toujours de l'espoir, une authenticité des visages, et des lieux qu'on n'a pas l'habitude de voir, souvent oubliés. J’ai essayé, à manière, d'aller dans cette direction.

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