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Michaël R. Roskam • Réalisateur de Le Faux Soir

"Je suis convaincu que les films historiques racontent notre présent"

par 

- Rencontre avec le cinéaste belge, qui nous parle sur son film historique aussi divertissant qu’actuel sur la résistance et le pouvoir de la satire

Michaël R. Roskam • Réalisateur de Le Faux Soir
(© Lisia Lis)

Michaël R. Roskam revient et surprend avec Le Faux Soir, comédie historique réjouissante et sérieuse à la fois sur un acte de résistance "bigger than life", le détournement aux yeux et à la barbe des Nazis d’un quotidien distribué à des milliers de lecteurs. Il revient pour nous sur les origines de ce film, dévoilé en première mondiale à Toronto avant de clôturer San Sebastián, son traitement, et son inscription dans l’Histoire de la Belgique.

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Cineuropa : Comment avez-vous découvert l’histoire du Faux Soir ?
Michaël R. Roskam :
C’est mon co-scénariste Bernard Falaise qui m’en a parlé pour la première fois, alors que nous attendions devants l’école où nos enfants sont scolarisés ! Quand il m’a raconté l’histoire du Faux Soir, j’ai trouvé ça complètement fou, je ne la connaissais pas, et je lui ai tout de suite dit que je voulais absolument faire ce film. On s’est alors mis à travailler ensemble, de façon très organique. C’est une histoire complètement universelle, à la fois dans l’espace et dans le temps, et qui a une résonance contemporaine très forte. Je suis convaincu que les films historiques de toutes façons racontent notre présent, et là, on retrouvait les questions fondamentales de la liberté de la presse, de la liberté d’expression, des fake news aussi. Le fait qu’une démocratie doit protéger la possibilité de raconter des histoires qui divergent du récit officiel, quand les régimes autoritaires eux cadenassent cette possibilité, et imposent un seul et unique narratif.

Quel genre de film aviez-vous en tête ? On dirait presque un film de casse, dans l’organisation, et l’importance du collectif.
En fait, il s’agit du premier media hack de l’histoire, c’est un piratage ! A l’époque, les Bruxellois appelaient entre eux le journal "Le Soir volé", volé par les nazis qui avaient investi la rédaction. Et l’idée de la Résistance était de le re-voler. En ce sens, c’est effectivement un film de braquage, il en a les caractéristiques dans le récit, la stratégie bien établie, le courage, un peu de chance aussi. Et bien sûr, la force du collectif. Les gens qui organisent l’opération sont des gens normaux, qui sont devenus résistants presque sans s’en rendre compte, ce sont des héros qui n’ont pas choisi d’être des héros.

L’un des outils du film pour s’adresser au plus grand nombre est le recours assez inattendu à l’humour, c’est une vraie comédie.
Mais le faux journal lui-même à l’époque était une satire, les rédacteurs y faisaient des blagues, se moquaient des Nazis, mais cet humour n’est plus forcément accessible aujourd’hui, ce qui fait que dès que j’ai commencé à développer le film, je me suis dit qu’il fallait rendre hommage à ce ton satirique en faisant un film drôle. Je disais qu’il fallait que ce soit un film sérieux sur des gens comiques. Et puis l’humour permettait aussi de créer une réelle relation d’empathie avec les personnages, de faire en sorte que l’on s’attache et que l’on tremble pour eux. Et que de fait, ils soient un peu une inspiration, que l’on se dise, si j’avais été à leur place, j’espère que j’aurais moi aussi eu le courage d’agir comme eux.

Comment s’assurer que le film reste divertissant malgré la complexité de l’intrigue ?
Nous avons fait énormément de recherches, tenté d’être le plus consciencieux possible. Je me suis énormément intéressé à la façon dont fonctionnait le principe de la presse rotative, parce que ces données techniques sont au coeur du récit, elles déterminent la réussite du plan. Du coup, il fallait réussir à partager ce souci de la technique avec le public, c’était très important pour moi, sans trop verser dans la pédagogie. On s’est permis de mettre un peu de fiction dans l’histoire, pour la tension dramatique, tout en se basant sur des faits réels. Il est par exemple avéré que l’imprimeur avec lequel les résistants ont travaillé était aussi l’imprimeur de Léon Degrelle, collaborateur et fondateur du mouvement fasciste Rex.

Les machines existent également grâce à la bande originale composée par le musicien français Chassol.
Chassol a inventé une façon de faire de la musique de film, ce qu’il appelle les ultrascores, qui utilisent les sons du film lui-même au sein de la composition musicale. C’est exactement ce dont j’avais envie, et je trouve que cela sonne incroyablement. Cela anime les machines, mais en plus de ça, il a également réussi à composer une bande originale comique, parfaitement dans le ton du film.

Le film est une sorte de lettre d’amour à Bruxelles, jusque dans son recours à une imagerie parfois proche de la bande dessinée.
Je suis arrivé à Bruxelles pour faire mes études au milieu des années 1990. Je trouve que Bruxelles est une ville magnifique, mais surtout, qu’elle vibre grâce à ses habitants, qui sont son ADN, et je voulais que mes personnages soient de vrais Brusseleir. C’est eux qui la rendent belle, mais aussi drôle, absurde, surréaliste. Quand je me suis inscris aux Beaux-Arts, mon rêve était de créer des bandes dessinées ou des romans graphiques. La BD était au coeur de l’identité belge, alors qu’à l’époque, le cinéma me semblait lointain. Mais cet amour de la BD, je l’ai retrouvé quand il s’est agi de définir la direction artistique du film, je voulais retrouver la Bruxelles de Quick et Flupke, traiter la ville comme Tardi a pu le faire avec Paris, dans un esprit un peu noir, mais léger en même temps.

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