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SAN SEBASTIÁN 2026 Compétition

Yesim Ustaoğlu • Réalisatrice de What Remains

"Le personnage principal vise une forme de pureté qui lui permet d’être elle-même et de n’avoir peur de rien"

par 

- La cinéaste turque livre un éclairage sur son nouveau film, centré sur une femme prend la route pour tenter de se retrouver

Yesim Ustaoğlu • Réalisatrice de What Remains

What Remains qui fera sa première mondiale en compétition au 74e Festival de San Sebastián est le 7e long métrage de fiction de Yesim Ustaoğlu qui a déjà brillé à l’affiche de l’événement espagnol (meilleur film et meilleure actrice en 2008 avec La Boîte de Pandore), mais également à Berlin (en compétition en 1999 avec Allez vers le soleil et au Panorama en 2004 avec En attendant les nuages), à Venise (Araf, Quelque part entre deux à Orizzonti en 2012) et à Toronto (avec Clair-obscur en 2016).

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Cineuropa : Dix ans se sont écoulés depuis votre dernier long de fiction. Pourquoi ce film a-t-il mis autant de temps à se concrétiser ?
Yesim Ustaoğlu : Le projet a démarré en 2019 et comme c’est un road movie, j’étais en train de finaliser l’histoire sur le terrain, tout en tout montant le financement, quand la pandémie est survenue. Ce n'est pas moi qui ai dû m'arrêter, c'est le monde entier qui s'est arrêté ! J’ai été obligée de patienter et j’ai repris le développement après 2021 en me lançant parallèlement dans le documentaire On the Dry Rock qui a des liens avec What Remains. J’ai finalement terminé les deux films en même temps.

Le film est un road movie, mais aussi l’histoire d'une femme.
Je voulais créer un personnage de femme, comme je le fais souvent. Je suis moi-même ce genre de personne qui peut tout laisser en plan et prendre la route quand je ressens de la pesanteur dans ma vie personnelle ou le poids des mensonges politiques et sociaux qui traversent mon pays, quand cela devient irrespirable. Je me demandais ce qui se passerait si une femme qui a des devoirs, des responsabilités et des amours, se retrouvait dans cette situation. Que lui arriverait-il ? Qu'est-ce qui la toucherait ? J'ai beaucoup écrit à partir de mes propres observations sur la route, des rencontres que j’y ai faites, des personnes et des lieux réels.

Le personnage principal est une poétesse ? Pourquoi ?
Car l’une de mes amies les plus proches est la poétesse Birhan Keskin. J'admire et j’aime sa poésie, et nous avons une façon très similaire de regarder le monde. Nous avons beaucoup échangé à propos du personnage et j’ai combiné mon point de vue avec ses poèmes qui sont en parfaite harmonie avec certains moments du film qui traite de l'art, de l’apaisement, de l’émancipation des fardeaux que nous portons sur nos épaules, de nouveaux chapitres, de l’accès à une vraie liberté. Dans cet esprit, je voulais utiliser au-delà des poèmes, beaucoup d’autres éléments artistiques : le son et sa création, les paysages sonores, l’écoute, le regard, la compréhension, le toucher, etc.

Si la protagoniste est une femme, le film donne aussi beaucoup d’espace aux personnages de son compagnon et de leur jeune enfant.
C'est l'histoire d'une femme qui n'arrive pas à s'affranchir d’une relation et d’un mode de vie qui l'oppressent. Ces sentiments sont enfouis au plus profond d'elle-même et ce n'est pas la faute de son mari. Elle questionne donc à la fois le sens de l'amour, le sens de la liberté, le sens de la vie. Elle cherche, mais en même temps, elle apprend à son fils à ressentir et à être connecté à la vie, à ne pas être un simple consommateur. Elle veut faire la même chose avec son mari, créer une relation nouvelle, plus profonde, sans dépendance mutuelle, afin d’être vraiment libre. Donc elle part, sans l’avoir planifié, parce qu’elle a besoin de s’extraire. Et cela ouvre aussi un nouveau chapitre pour le mari et pour l'enfant.

Le film prend le temps d’explorer les visages, de détailler les actions du quotidien. Quel rythme souhaitiez-vous adopter ?
C’était très instinctif, lié aux poèmes et aux endroits traversés. Quand on s’éloigne complètement de la vie urbaine, le rythme change, notre connexion au moment présent devient beaucoup plus forte. Je l’ai vécu moi-même en rencontrant des femmes extraordinaires dans la montagne en plein hiver, dans la région désertifiée qui est montrée dans le film, ou encore dans la zone où un barrage a englouti une vallée qui est le sujet du documentaire On the Dry Rock dont j’ai utilisé quelques images dans What Remains. Tout cela m'a permis d'acquérir le sens, le rythme, la compréhension de ces espaces qui s’inscrivent dans l’intention du film : regarder et écouter pour que cela s'ancre vraiment dans notre esprit, rétablir la connexion profonde avec la nature que nous avons complètement perdue. Mais c’est une liberté totalement personnelle, car il ne s’agit pas simplement de quitter le béton des villes. Cela concerne plus largement le sens de la vie, les compromis, les règles en place, y compris politiques, et ce à quoi on renonce quand on vit dans de telles conditions. Le personnage principal vise une forme de pureté qui lui permet d’être elle-même et de n’avoir peur de rien.

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