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SAN SEBASTIÁN 2026 Compétition

Nicole Garcia • Réalisatrice de 7h40 ce matin-là

"Il fallait à la fois montrer le parcours d’Alice vers Milo et le parcours de Milo vers Alice"

par 

- La cinéaste française raconte la genèse d’un film qu’elle considère comme le plus âpre de sa carrière, et dans lequel présent et passé s’entremêlent

Nicole Garcia • Réalisatrice de 7h40 ce matin-là
(© 2026 Dario Caruso pour Cineuropa - @studio.photo.dar, Dario Caruso)

Dévoilé en compétition au 74e Festival de San Sebastián, 7h40 ce matin-là, interprété dans les rôles principaux par Marion Cotillard et Théodore Pellerin, est le 10e long de réalisatrice de Nicole Garcia, sélectionnée trois fois en compétition à Cannes et deux fois à Venise.

Cineuropa : D’où est venue l’idée du personnage de cette femme porteuse de mystère qui est le moteur de votre film ?
Nicole Garcia : On m'a un peu soufflé l’idée de ce personnage et de son passé. Cela me plaisait beaucoup de la faire débarquer comme une page blanche dans une petite ville de l'Isère, par le car de 7h40, comme pour une arrivée de western : on ne sait rien d'elle, on ne sait pas ce qu'elle veut, ni ce qu'elle cherche, elle ne connaît personne et surtout, personne ne la connaît. Elle se fait engager comme serveuse, elle dit qu'elle a vécu 15 ans au Québec, qu'elle a été mariée là-bas. Elle a quelque chose de grave en elle, de très fermé. Cela augure déjà d'un passé qui semble opaque et dont elle ne révèle rien. Et peu à peu, elle va se rapprocher d'un jeune mécanicien.

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Quid du passé politique révolutionnaire de la protagoniste qui se dévoile peu à peu ?
Je suis rentrée dans la vingtaine à l'époque de mai 68. Quand les groupes comme la bande à Baader et les Brigades rouges ont émergé, je ne me suis pas rapprochée de ce combat politique parce que j'étais d'une gauche bien plus modérée. Mais j'étais intriguée par ces jeunes comme le personnage d’Alice dans le film, avec leurs idéaux de justice sociale et qui considéraient, à un âge de 20 ans où l’on croit que l’on peut tout faire, que l'engagement politique exige tout et qu'il justifie la violence. Dans le film, on comprendra qu’Alice a été instrumentalisée par un professeur qui lui dira à postériori qu’elle et ses compagnons d’armes ne faisaient pas la différence entre les idées et les actes. Et c’est pour un acte criminel qu'elle a commis qu’elle a été incarcérée. Et là, on apprend qu’elle avait alors un enfant, durant cette jeunesse politique qui semble totalement opposée à la maternité. Un enfant qu’elle a abandonné.

Comment vouliez-vous aborder les retrouvailles entre cette mère et son fils qui sont complètement étrangers l'un à l'autre, puisqu’ils ne se sont pas vus depuis près de 20 ans.
Ils vont se découvrir très progressivement, même si le spectateur comprend vite que c'est son fils. Ce qui avait le plus d'importance, c'est leur relation : à quel moment va-t-il comprendre quelque chose ? À quel moment va-t-elle passer aux aveux ? On est dans cet entre-deux presque tout au long du film. On sent qu'elle se vit comme quelqu'un de bâillonné. Elle lui parle, mais peu, et lui la regarde comme une simple serveuse de cafétéria. Elle est sincère quand elle dit beaucoup plus tard dans le film qu’elle voulait juste le voir, mais c'est un leurre, elle se trompe elle-même, car quand on découvre son fils, on veut aller plus loin. Donc je voulais aussi qu’on voit le personnage de Milo exister, avec ses rêves, ses projets, son fantasme de se faire "adopter" par cette famille bourgeoise à laquelle il rend des services, ce qui est assez ironique quand on pense au passé de guérilla urbaine de sa mère. Il fallait à la fois montrer le parcours, la quête d’Alice vers Milo, et le parcours de Milo vers Alice. Ils sont petits dans la surface qui leur est donnée, mais leurs pulsions, leurs passions, sont très fortes.

Quelles étaient vos principales intentions visuelles ?
J'ai beaucoup travaillé la mise en scène en amont, je suis allé repérer les décors, j'ai rapporté des photos. C’est un film d’hiver et je pense que c'est mon film le plus âpre. Il n'y a rien qui romantise et il y a même une rudesse de l'ensemble que la lumière d’Yves Cape épouse bien. En même temps, les visages, sont très beaux, notamment celui de Marion Cotillard qui, je trouve, est à son meilleur dans le film. Elle est extraordinaire.

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