Jérôme Blesson • Producteur de J’irai boire avec les abeilles
"Connecter le local à l'international et faire voyager des récits qui peuvent paraître clos sur un territoire, mais que l’on peut porter bien plus loin"
par Fabien Lemercier
- Rencontre avec le producteur français, de La Belle Affaire Productions, qui évoque le projet de Léa Triboulet

Fondateur en 2016 et pilote de La Belle Affaire Productions (avec Flore Cavigneaux et Jean-Loup Pochoy comme associés) après avoir travaillé entre autres pour Les Films Pelléas, Playtime et Artificial Eye, Jérôme Blesson compte notamment à son actif les longs métrages Amor Fati (Visions du Réel 2020) et Loup et Chien (prix du meilleur film aux Giornate degli Autori 2022) de Cláudia Varejão. Il est présent au 48e Festival du Cinéma Méditerranéen de Montpellier où il pitche à la Bourse d’aide au développement des Cinemed Meetings le projet J’irai boire avec les abeilles (I Will Drink With the Bees) de la Française Léa Triboulet.
Cineuropa : Qu’est-ce qui vous a donné envie de produire J'irai boire avec les abeilles ?
Jérôme Blesson : Ce sera le premier long métrage de Léa Triboulet qui a réalisé plusieurs courts métrages que j'avais pu découvrir avant que nous ne travaillions ensemble sur deux courts : Le Pont et La Passée. Le premier, qui était un court documentaire, se rapproche de ce qui sera traité dans le long de fiction J'irai boire avec les abeilles, à savoir la perte d'un proche à hauteur d'adolescente et de quelle façon on arrive à développer une résilience autour de cette perte, en l'occurrence par le recours à la nature et à des abeilles qui repeuplent un village des Pyrénées et qui vont aider notre jeune protagoniste à soigner ses plaies.
Léa Triboulet a fait ses premières armes à la Film Factory de Sarajevo, auprès du grand cinéaste hongrois récemment disparu Béla Tarr. Cela lui a permis de développer une sensibilité esthétique, une vision de réalisatrice que j'ai envie d'encourager, au-delà des thématiques très personnelles qu'elle évoque dans ses films. Il est important en tant que producteur de réussir à porter ces histoires vers le public et potentiellement soigner des personnes ayant pu passer par ces phases difficiles de vie.
À quel stade d’avancement en est le projet et quels types de partenaires cherchez-vous ?
Nous sommes encore en écriture, à un stade de développement avancé. Nous entrons en financement de la production dès cette fin d'année dans l’espoir de tourner l'été prochain dans les Pyrénées. C’est un projet qui se prête assez bien aux coproductions puisque nous allons travailler à la frontière avec l'Espagne. L’idée est d'aller chercher des postes-clés, pour l’équipe technique et pour l’équipe artistique, en Espagne et de potentiellement y tourner une partie du film. Nous pensons également à la Serbie puisque Iva Brdar, la co-scénariste du film, est Serbe, et un ou deux chefs de poste serbes seraient pertinents. Mais nous restons ouverts à d'autres territoires. Nous avons par exemple rencontré quelques producteurs d’Europe de l'Est au marché de coproduction du Festival de Sofia : ce sont des territoires qui nous intéressent et qui feraient sens avec le projet.
Quelle est la ligne éditoriale La Belle Affaire Productions ?
Justement d'accompagner des premiers films, de faire émerger de jeunes talents dans un esprit de bienveillance et de bienfaisance qui s’exprime dans les projets que nous portons qui ont une volonté d'accompagnement et de soin. Dans un monde qui perd ses repères, il me semble que c'est essentiel. Croiser les cultures, les faire se rencontrer et se rapprocher, fait aussi partie de l'ADN de La Belle Affaire, à l’image du film que nous tournons actuellement : Les Neiges de Grenade, le premier long métrage de Simon Helloco, interprété par Léa Drucker, Victoria Luego et Théodore Pellerin, un film très ambitieux dont le tournage passe par la Bretagne, Grenade et Montréal, et que nous produisons ensemble avec Flore Cavigneaux.
Quels sont vos autres projets en cours ?
Nous avons commencé les repérages en Arménie pour un long métrage documentaire de Nora Martirosyan, qui avait réalisé le long de fiction Si le vent tombe, sélectionné à Cannes en 2020. Ce sera un portrait contemporain d'une Arménie enclavée entre plusieurs territoires sensibles. Le film documentera notamment la route commerciale en plein essor, avec de lourds intérêts économiques en jeu, entre l'Iran et la Russie, mais il évoquera aussi la culture de la résilience des Arméniens qui ont connu des années profondément sombres.
Votre structure est basée à Montpellier et à Paris. Quel impact a cet ancrage en province sur votre identité de société de production ?
Nous avons le goût des récits locaux qui peuvent avoir des intérêts nationaux et internationaux. Nous cherchons à lier ces dimensions comme nous l’avons fait par exemple avec Blocs erratiques de Thomas Woodroffe, présenté le mois dernier à San Sebastián New Directors, avec Denis Lavant dans le rôle principal, un film majoritairement en langue française, tourné principalement au Chili, mais aussi à Toulouse, autour d’un film d’archives de 1925 intitulé La Terre de feu. C’est typiquement ce croisement entre des histoires françaises et des récits plus lointains qui nous touche : comment connecter le local à l'international et faire voyager des récits qui peuvent paraître clos sur un territoire, mais que l’on peut porter bien plus loin.
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