email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

VENISE 2017 Orizzonti

Espèces menacées: "Tu ne vas pas me reconnaître"

par 

- VENISE 2017 : Solitude et aliénation des relations maritales et filiales en trois récits fragmentés et entrelacés avec intensité par Gilles Bourdos

Espèces menacées: "Tu ne vas pas me reconnaître"
Alice Isaaz et Vincent Rottiers dans Espèces menacées

Mettre à nu les facettes douloureuses des liens affectifs, cette toile d'araignée et ces ondes de souffrance et d'incompréhension d'autant plus vives qu'elles touchent les nerfs les plus sensibles entre maris et femmes, pères et filles, fils et mère, tel est le coeur du nouveau film de Gilles BourdosEspèces menacées [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, dévoilé à la 74è Mostra de Venise dans la section Orizzonti. Un strip-tease émotionnel violent démarré tambour battant par une très belle scène d'ouverture qui voit Joséphine (Alice Isaaz) et Tomasz (Vincent Rottiers), jeunes mariés célébrant leur union de manière hyper festive, débridée et alcoolisée, s'isoler dans la chambre d'un palace où leurs petits jeux amoureux virent rapidement à l'acide et aux pleurs avec un Tomasz agressif ("ton con de père ! Et pourquoi elle me déteste, ta mère ?"), jaloux et sourdement menaçant. Une ambiance délétère irriguant tout le film et développée à travers trois histoires entrecroisées adaptées par le réalisateur et par Michel Spinosa d'un recueil de nouvelles de l'Américain Richard Bausch.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Après ce début très percutant et une ellipse d'une année, est introduit le second fil conducteur du film : Vincent (Eric Elmosnino), un père qui doit avouer à sa fille (Alice de Lencquesaing), âgée de 25 ans, que sa mère et lui se séparent et qui apprend avec désagrément que sa progéniture vit et est enceinte d'un homme de 63 ans. Et Vincent croisera bientôt la route du couple de Joséphine qui est devenue une femme régulièrement battue par Tomasz, ce que soupçonnent les parents de la jeune fille (Grégory Gadebois et Suzanne Clément) qui a coupée les ponts avec eux et qui essayent d'intervenir (en discutant, en allant à la police, en intimidant jusqu'à envisager des mesures extrêmes...). Un désarroi que partage le troisième axe du film avec Anthony (Damien Chapelle), une jeune intellectuel timide en quête compliquée d'amour et qui doit prendre soin de sa mère maniaco-dépressive (Brigitte Catillon) plaquée par son mari. Le tout formant un écheveau de solitudes assez désespérées reliées à minima sur le plan narratif, dans une atmosphère blafarde de monde qui s'écroule dans le décor lumineux de la Côte d'Azur niçoise.

Qui sont vraiment nos proches ? Doit-on et comment interférer pour le mieux dans leurs vies privées ? La bonté et le dialogue peuvent-ils l'emporter sur la rétraction, la lâcheté ou la violence ? Comment trouver la force intérieure de fuir ceux qui nous font du mal ou d'accepter ce qui doit nous échapper ? Conçu comme une grenade à fragmentation, Espèces menacées s'immerge dans les profondeurs de ce marécage existentialiste, mais ne s'y noie pas grâce aux talents de ses interprètes et à la vista visuelle de son réalisateur (notamment très doué pour trouver des décors intéressants) bien aidé par l'exceptionnel directeur de la photographie taïwanais Mark Lee Ping-Bing. Néanmoins le choix de trois récits alimentant le propos du film peut prêter à discussion, le caractère "dépressif" de l'ensemble s'en trouvant aggravé à l'excès sans que ne puissent être décortiquées des situations intenses qui auraient peut-être mérité davantage de ciselage.

Produit par Les Films du LendemainEspèces menacées est vendu à l'international par Wild Bunch.

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.