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INDUSTRIE France

Attraits et périls du nouveau monde des plateformes

par 

- En quête de financement et d’audace créative, producteurs et cinéastes français se rapprochent des géants numériques, mais l’équation n’est pas simple

Attraits et périls du nouveau monde des plateformes
(g-d) Saïd Ben Saïd (SBS), Marie Masmonteil (Elzévir Films), Charles Rivkin (président de la MPAA) et le cinéaste Jean-Paul Salomé (© RCD / Matthieu Begel)

"On est sur un trapèze volant pour passer d’un système axé sur la télévision (payante et gratuite) à un autre avec la SvàD (vidéo par abonnement), mais on ne sait pas s’il y a un filet en dessous." Cette formule imagée signée Marie Masmonteil (présidente d’honneur du SPI - Syndicat des Producteurs Indépendants) résume assez bien le degré d’incertitude planant sur l’avenir du financement de la production cinématographique en France, un sujet ayant fait l’objet de débats très animés à Dijon, lors des 27es Rencontres Cinématographiques organisées par L'ARP

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"Aujourd’hui, le socle du financement est encore la TV gratuite et payante avec 400 M€ sur 1,5Md€" a poursuivi la productrice d’Elzevir Films. "Mais les investissements de Canal+ qui sont passés de 170 M€ en 2012 à 140 M€ en 2016, sont restés sur le même nombre de films préachetés. Donc l’investissement moyen par film baisse, ce qui pose des problèmes, en particulier aux films à moins de 4M€ de budget."

Ce constat pousse inévitablement les producteurs français dans une situation paradoxale puisqu’ils ne peuvent évidemment pas renier ceux qui restent leurs partenaires principaux de la télévision, mais qu’ils ne sont pas non plus insensibles aux propositions des plateformes numériques, en particulier s’ils oeuvrent sur le territoire de la production de films à vocation internationale. Ainsi Saïd Ben Saïd (SBS Productions) considère que "l’arrivée d’acteurs comme Netflix et surtout comme Amazon est très excitante. On vit un tournant. Je comprends qu’on le perçoive avec beaucoup d’inquiétude, mais je le vois avec beaucoup d’enthousiasme, notamment avec la présence chez Amazon Studio de Ted Hope (qui a produit Todd Haynes, Ang Lee, etc.) et de Scott Foundas. Ils produisent des films différents de ceux des majors; c’est peut-être passager et juste de la publicité de leur part, mais c’est intéressant. Netflix est sans doute davantage dans un business de la quantité, et leur modèle de deal est le multi-territoires avec une fenêtre réservée pour la SVàD, mais à côté de cela, on peut exploiter le film sauf en TV payante."

Un intérêt partagé par la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven (Mustang [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Deniz Gamze Ergüven
fiche film
]
, Kings [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
), présidente de cette édition 2017 des Rencontres Cinématographiques,pour qui"ces grands acteurs arrivent avec un espace de liberté créative énorme" et qui a prêché en faveur d’un cinéma français ouvert aux sujets internationaux et assouplissant ses contraintes d’agrément liées au casting et à la nationalité des interprètes." 

Une attractivité des plateformes sur les producteurs et les cinéastes de l’Hexagone que comprennent leurs partenaires traditionnels français sans toutefois en ignorer les périls comme l’a résumé David Kessler (directeur général d’Orange Studio et Orange Content) : "les plateformes ont créé un modèle qui répond partiellement à la question de la circulation des œuvres et au fait que le marché est plus tendu car les télévisions achètent moins. Les prix sont convenables, les films proposés de façon mondiale et l’audace créatrice n’est pas absente. C’est intéressant pour les producteurs de les avoir comme interlocuteurs en plus à qui s’adresser et parfois elles sont des relais de croissance. Mais ces évolutions créent des problèmes pour les systèmes de régulation comme le nôtre, construit dans un écosystème fermé avec la chronologie des médias. Ce système est en train d’éclater. Et je ne crois pas que les plateformes aient envie de rentrer dans un système aussi complexe que celui de notre régulation. C’est un vrai motif d’inquiétude car ils ne fonctionnement pas selon nos règles et cela fragilise nos règles. La régulation ne se fera qu’à l’échelle européenne avec des compromis et il faut réfléchir aux évolutions qu’il faudra pour ces compromis."

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