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VARSOVIE 2017 Discoveries

Les Bienheureux : deux générations s’opposent leurs idéaux et leurs réalités

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- Le premier long-métrage de Sofia Djama est un film dense à plusieurs niveaux sur deux générations d’Algériens, six ans après la Guerre civile

Les Bienheureux : deux générations s’opposent leurs idéaux et leurs réalités

Dans son premier long-métrage, Les Bienheureux [+lire aussi :
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, la réalisatrice algérienne Sofia Djama fait preuve d'une vraie finesse de perception quant à la nature humaine et aux relations, ainsi qu’à la conjoncture sociale et la manière dont elle les influence. Le film a fait son avant-première mondiale à Venise dans la section Orizzonti. Il est à présent au programme de la section Discoveries du Festival de Varsovie.  

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L’action du film, qui se déploie sur 24 heures, se passe à Alger six ans après la Guerre civile, qui a anéanti des centaines de milliers de vies. Le film suit deux générations : une qui était jeune et idéaliste en 1991, quand la guerre a commencé, et une autre, plus jeune et moins idéaliste au moment où se passe le film.

Samir (Sami Bouajila, prix d’interprétation collectif à Cannes pour Indigènes [+lire aussi :
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) et Amal (Nadia Kaci, dernièrement dans Lola Pater [+lire aussi :
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) appartiennent à la première de ces générations. Leur fils Fahim (Amine Lansari), 18 ans, et ses amis Reda (Adam Bessa) et Feriel (Lyna Khoudri) sont de la seconde. Amal voudrait que Fahim aille étudier en France, loin de l’Algérie, qui lui semble un pays sans avenir parce qu’elle a vu sa génération se battre pour la démocratie en vain, et que sa désillusion l’a rendue amère – ce qui se reflète dans son mariage avec Samir, gynécologue. Comme ce dernier s’occupe aussi d’avortements clandestins, elle persifle : “C’est la seule petite manière qu’il te reste de protester contre l’oppression”.

Fahim, de son côté, aime sa vie à Alger. Il a une vie normale d’adolescent qui s’amuse. Il fume le hashish que lui vend son copain Reda, qui est musulman pratiquant et voudrait tatouer une sourate sur sa poitrine. Tous les deux, ils fréquentent aussi Feriel, une jeune femme d’esprit libéral qui n’aime pas la religion et qui a perdu sa mère – une mort survenue, suppose-t-on, pendant la guerre. Une longue scène de conversation entre les trois jeunes permet de bien cerner leurs manières de penser, différentes entre elles. Reda joue du “punk halal” (qui exprime “la foi par la fureur”, comme il dit) dans la chambre de Fahim, et ce dernier l’encourage à faire du boucan juste pour agacer ses parents, gauchos et non-religieux. 

Tandis le soir approche puis tombe, pendant que Samir et Amal sortent fêter leurs vingt ans de mariage avec des amis, les jeunes vont troquer quelques barrettes de hashish pour que Reda puisse se faire son tatouage, mais une série d’événements vont se produire qui vont remettre en cause leurs croyances et leurs convictions.

Les Bienheureux est un film à plusieurs niveaux de lecture, dense par les idées qu’il développe et les questions qu’il pose, qui ont des résonnances bien au-delà de la société algérienne. Djama a eu l’art et la chance de réunir une troupe et une équipe exceptionnelles, et notamment de découvrir Khoudri, qui a raflé le prix d’interprétation féminine de la section Orizzonti. Les images filmées par le chef-opérateur Pierre Aïm (Poliss [+lire aussi :
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, Bienvenue chez les Ch’tis
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) montre une Alger aux tons passés, ce qui accentue le sentiment de perte d’espoir, et le montage de Sophie Brunet (La Vie d’Adèle [+lire aussi :
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) donne au film un rythme hyper-réaliste qui ne laisse aucun doute sur le fait qu’on a vraiment sous les yeux la réalité d’un lieu et d’une époque.

Les Bienheureux a été produit par la société française Liaison Cinématographique avec la belge Artémis Productions. Les ventes du film dans le monde sont assurées par Bac Films.

(Traduit de l'anglais)

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