email print share on facebook share on twitter share on google+

BERLIN 2018 Panorama

Critique : When the Trees Fall

par 

- BERLIN 2018 : Le premier film de Marysia Nikitiuk, présenté au Panorama, est intense et plein de vie, comme l'est un adolescent

Critique : When the Trees Fall

La jeunesse a ses vertus et ses vices : un adolescent a l’occasion de faire une foule de choses pour la première fois, mais le moindre petit événement négatif lui fait l'effet d'un cataclysme. Cette vitalité et l’intensité douloureuse co-existent chez les ados, et le mal-être a du mal à se dissiper. La combinaison sied bien à When The Trees Fall [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Marysia Nikitiuk
fiche film
]
, premier long-métrage de la scénariste et réalisatrice Marysia Nikitiuk, projeté dans la section Panorama du Festival de Berlin

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Réalisé avec beaucoup de talent, le film manque néanmoins d’une certaine substance et de gravité, renforçant l’image de l’Ukraine (et plus largement de l’Europe de l’Est) comme une contrée belle mais sauvage, où l’oppression n’apporte que de la douleur à ses citoyens. L’histoire, qui commence dans la bucolique campagne ukrainienne, suit Larysa, une adolescente qui s'enfuit en secret de la maison de sa grand-mère pour aller faire l’amour avec son petit ami Scar, un jeune délinquant. Ce dernier et sa bande vont s’embarquer dans une mission qui va prendre un tour très violent. Entretemps, Larysa est déboussolée par sa grand-mère très conservatrice, et elle est contrainte de vivre avec sa mère, qui est plus intéressée par ce qu’on peut dire et penser sur sa fille que sur les sentiments de l’adolescente. Le troisième personnage principal du film est la petite Vitka (l’incroyablement séduisante Sofia Khalaimova), une jeune femme curieuse et enthousiaste pour qui le monde réel et les royaumes imaginaires coexistent.

Au fil de l'intrigue, on découvre comment Larysa est forcée à se soumettre par une génération de femmes plus âgées, et perd sa fougue. Le film, situé dans un présent non déterminé, alterne entre de doux paysages naturels, la ville, morose, et le monde enchanté intérieur de Vitka. La réalisatrice fait aussi quelques détours du côté des particularismes de l’Ukraine, les discours dramatiques et embarrassants qu’on y donne lors des grandes occasions, par exemple aux mariages, mais aussi le racisme qu'on y trouve, qui peut dégénérer en explosion de violence, et bien sûr la surconsommation de vodka.

Nikitiuk a clairement un talent pour la direction d’acteurs et pour créer des scènes de différents tempos et intensités, ce qui n’est pas donné à tous les jeunes réalisateurs. Elle sait aussi s’entourer : les chefs-opérateurs polonais Michał Englert et Mateusz Wichłacz ont fait des merveilles pour créer ce monde visuellement cohérent et fascinant. L’esthétique du film emprunte clairement aux œuvres d'Andrzej Wajda et Andreï Tarkovski, Elem Klimov et Carlos Reygadas, qui semblent être des modèles communs aux réalisateurs de la nouvelle génération. When The Trees Fall rappelle aussi un autre premier film ukrainien, The Tribe [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
de Myroslav Slaboshpytskiy, dont il retrouve la violence et les émotions intenses, quoique le film de Slaboshpytskiy proposait un style plus singulier et une perspective narrative plus moderne. Espérons que Nikitiuk va confirmer son talent et l'affiner et que son prochain film, Seraphima, déjà en préparation, exploitera plus pleinement son manifeste potentiel.

When The Trees Fall a été produit par Igor Savychenko, Roman Klympush, Volodymyr Filippov, Serge Lavrenyuk, Izabela Wójcik, Violetta Kamińska, Dariusz Jabloński et Darko Basheski pour Directory FilmsMessage Film et Fokus In. Ses ventes internationales sont assurées par Latido Films.

(Traduit de l'anglais par Florian Etcheverry)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.