email print share on facebook share on twitter share on google+

KARLOVY VARY 2018 Compétition Documentaires

Critique : L’Île au trésor

par 

- KARLOVY VARY 2018 : Guillaume Brac s’immerge en douceur au cœur d’une île de loisirs de la région parisienne. Un retour en enfance nourrie de rencontres fugaces et profondes

Critique : L’Île au trésor

L’été est une saison aux parfums naturels de vacances, y compris dans les zones urbaines où s’immisce une atmosphère de détente et d’aspiration à un mieux-être gorgé de soleil et de chaleur. Cette période favorable à l’affranchissement de la routine, à la quête d’une respiration, à l’expression des sentiments, Guillaume Brac a décidé d’y consacrer deux films : une fiction avec les Contes de juillet [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
dévoilé l’an dernier hors compétition à Locarno et un documentaire avec l’harmonieux L’Île au trésor [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Guillaume Brac
fiche film
]
qui vient de faire sa première mondiale en compétition au 53e Festival de Karlovy Vary, à quelques jours de sa sortie nationale orchestrée par Les Films du Losange. Un diptyque d’autant plus original qu’il a été tourné dans le même lieu, l’île de loisirs de Cergy-Pontoise, un vaste espace d’eau et de verdure de 250 hectares, à une quarantaine de kilomètres de Paris, où les beaux jours voient affluer les visiteurs désireux de s’extraire quelques heures de l’univers bétonné pour une baignade, une balade, de la tyrolienne, du pédalo, un barbecue, une vague à surf, du farniente, un ailleurs provisoire…

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

"J'ignore s'il y a un trésor ici, déclara-t-il, mais je gagerais ma perruque qu'il y a de la fièvre". En ouvrant son documentaire sur cette citation de Robert Louis Stevenson et à travers évidemment le titre de son film, décalque direct du célèbre roman de l’Ecossais, Guillaume Brac annonce la couleur : il sera d’une manière ou d’une autre question d’aventure et c’est un regard d’enfant qu’il faut poser sur ce qui va suivre. Des enfants et des jeunes, on en croisera effectivement beaucoup au fil du film, du petit groupe d’ados tentant l’entrée par des chemins de traverse car ils n’ont pas de quoi payer le ticket, jusqu’à leurs aînés de quelques années qui s’essayent à la drague avec plus ou moins de réussite, en passant par la multitude installée en maillot sur la plage ou s’éclaboussant dans l’eau dans de grands cris de joie et de jeu. Et même si c’est interdit, on s’amuse à sauter du pont dès que les gardiens ont tourné le dos ! Et si pour beaucoup, il s’agit juste d’un moment transitoire, d’une excursion paisible et heureuse hors du quotidien, pour d’autres l’île est presque devenu un paradis terrestre alimenté par les souvenirs, comme pour Jérémy, le beau gosse moniteur de pédalo qui initie deux filles de passage aux facettes cachées de l’île, après la fermeture, et qui évoque avec un brin de nostalgie l’art d’esquiver les rondes des gardiens quand il était plus jeune. Car l’île n’est pas sauvage et des employés veillent au grain, bienveillants, mais professionnels, pour encadrer ce territoire de liberté.

Petits bonhommes hauts comme trois pommes escaladant une colline comme à l’assaut d’une montagne imprenable, famille afghane racontant son parcours d’exil tout comme un veilleur de nuit guinéen, jeune femme s’offrant des sensations fortes en plongeant du sommet d’un pylône, paddle au crépuscule jusqu’à l’intérieur d’une pyramide bâtie au milieu de l’étang ("c’est magique !"), L’Île au trésor invite à s’immerger moelleusement dans la sérénité comme dans une sorte de bain amniotique au cœur d’un grand brassage social égalitariste. Un simple (mais non simpliste) accostage quasi sociologique dans un petit coin de paradis perdu populaire qui ferme ses portes à la fin de l’été et que la caméra fixe et les plans assez larges du cinéaste laissent pénétrer subtilement et infuser sentimentalement au plus profond du spectateur, confirmant le talent délicat déjà remarqué de Guillaume Brac.

L’Île au trésor a été produit par Nicolas Anthomé (Producer on the Move 2018 de l’European Film Promotion – lire l’interview) pour bathysphere qui gère directement les ventes internationales.

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.