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VENISE 2018 Giornate degli Autori

Critique : Joy

par 

- VENISE 2018 : Ce deuxième long-métrage par Sudabeh Mortezai, qui a décroché le Label Europa Cinemas aux Giornate degli Autori, pose un regard provocateur, singulier et féminin sur le trafic humain

Critique : Joy

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, qui vient de décrocher le Label Europa Cinemas du meilleur film européen des Giornate degli Autori de Venise, est un récit précis et monté avec beaucoup d'inteligence sur l'expérience d'une jeune Nigeriane en Europe, après qu'elle ait quitté son village pour vivre de prostitution en Autriche. Le film est particulièrement impressionnant par la manière dont il se concentre sur l'angle féminin et l'émancipation de ses personnages féminins.

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Même dans les moments les plus brutaux du film, Sudabeh Mortezai maintient cette perspective. La réalisatrice est elle-même née en Allemagne pour ensuite grandir à Téhéran et Vienne, et sa bonne compréhension de la situation des migrants apparaît nettement dans le film, qui parvient à célébrer la vie de Joy, malgré les difficultés et la souffrance qui en font partie. Le premier film de Mortezai, Macondo [+lire aussi :
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(2014), qui a remporté le Prix de Vienne à la Viennale, montrait une communauté de réfugiés tchétchènes près de la capitale autrichienne. Dans Joy, son deuxième long-métrage, elle se penche sur les vies de femmes nigérianes en Autriche qui doivent rembourser leur dette à la Madame qui les a fait venir de chez elles vers la terre promise européenne.

La force du film tient en grande partie au discours émancipateur qu'il propose en faisant des femmes des victimes des circonstances et non des victimes d'agression. La première scène montre une adolescente qui participe à une cérémonie traditionnelle avant de quitter l'Afrique. On n'apprendra que bien plus tard quelle est le vrai sens de cette scène. Après le générique de début, on est immédiatement transporté à Vienne, où Joy fait le tapin – premier moment d'une performance incroyable de la part de Joy Anwulkika Alphonsus, performance qui remet en question dans l'esprit du spectateur les notions de victime et de propriété.

Mortezai renverse la problématique du trafic humain, en montrant que ces jeunes filles sont tout à fait conscientes qu'elles vont devenir des prostituées. Pour elles, c'est la seule manière d'arriver en Europe. Le film reste ambigu pour ce qui est dire où se situe la responsabilité de cette situation, et le voyage des filles vers l'Europe n'est pas montré. Le monteur Oliver Neumann fait vraiment un très beau travail pour s'assurer que le saut en avant dans le temps soit accompagné de toutes les informations nécessaires pour que le spectateur comble les vides, de l'arrivée au moment où la soeur de Joy, Precious (Precious Mariam Sanusi), est contrainte par la force d'accepter le fait qu'elle ne pourra pas échapper à la bande avant d'avoir payé sa dette. Elle doit 60 000 euros. La Madame, jouée par Angela Ekelemen Pius, use d'un mélange de superstition, de manipulation et de coercition pour garder le contrôle sur les filles. Elle suit parfaitement les règles, mais c'est facile, puisque c'est elle qui les écrit. On voit aussi comment Joy elle-même devient l'agresseur quand elle est rendu responsable pour sa jeune soeur. Le film se dote encore d'un niveau de sens supplémentaire quand Joy s'entretient avec un assistant social autrichien, dans des scènes dont ressort bien la nature coercitive des États européens. C'est un film très fort.

Joy a été produit par la société autrichienne Freibeuter Film. Les ventes internationales du film sont gérées par Films Boutique.

(Traduit de l'anglais)

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