email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

ZAGREB 2018

Critique : Lada Kamenski

par 

- Sara Hribar et Marko Šantić proposent un film en forme de commentaire sur l'industrie et la position qu'y ont les femmes qui est intéressant, mais n'est pas à la hauteur de ses propres ambitions

Critique : Lada Kamenski
Ksenija Marinković, Nataša Dorčić et Doris Šarić-Kukuljica dans Lada Kamenski

Deux jeunes réalisateurs croates, Sara Hribar (dont c'est le premier long-métrage) et Marko Šantić (dont c'est le deuxième, après la production slovène Seduce Me [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Marko Santic
fiche film
]
, et le troisième, Together, va sortir cette année en Slovénie), se sont alliés pour faire Lada Kamenski [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, qui a décroché quatre prix au Festival de Pula, notamment meilleur débutant et meilleur scénario pour Hribar. Le film a fait son avant-première internationale à Montréal. Il est à présent au programme de la section Together Again du Festival de Zagreb, où les deux réalisateurs ont déjà été invités avec des courts-métrages (dans le volet Checkers, le rendez-vous croate le plus en vue pour les talents locaux émergents).

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Le nom de Lada Kamenski appartient à un personnage qui semble tellement fictionnel qu'on finit par croire qu'elle est : ancienne travailleuse dans l'usine de fabrication de vêtements historique Kamensko, à Zagreb, elle est aussi la tante d'un des héros du film, le jeune réalisateur Frano (Frano Mašković). Ce dernier fait justement un film dont elle est le personnage principal et qui raconte la faillite d'une usine. Il fait auditionner, pour ce projet, trois comédiennes d'âge moyen, toutes très connues dans le champ du cinéma et du théâtre croate : Ksenija Marinković (Mali [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Antonio Nuić
fiche film
]
, On the Other Side [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Zrinko Ogresta
fiche film
]
), Nataša Dorčić (You Carry Me [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Ivona Juka
fiche film
]
) et Doris Šarić-Kukuljica (Not All About the Money).

En plus des vidéos d'audition où les trois actrices parle du personnage, mais aussi du fait qu'elles n'aiment pas l'idée des auditions, Frano opte pour une méthode de répétition peu orthodoxe afin d'identifier la bonne comédienne pour le rôle : il invite le trio chez lui, mais sans dire à aucune que les autres viennent aussi.

Ainsi, toutes les trois arrivent chez Frano, mangent du fromage et boivent du vin marocain et chacune des actrices, malgré l'esprit de collégialité qu'elles professent toutes, essaie de convaincre le réalisateur en privé (souvent en allant lui parler discrètement dans la cuisine) qu'elle et elle seule est la bonne interprète pour le rôle principal. Entretemps, elles règlent aussi par téléphone des problèmes familiaux ou sentimentaux. La soirée tourne mal quand la frontière entre répétition et conversation informelle se brouille, et que les ego montent en flèche.

Le scénario de Hribar est fluide, et le montage de Tomislav Pavlić propre, en plus d'inscrire ce film dans une durée de 71 minutes tout à fait raisonnable, de même que le dispositif du film de chambre. Son aspect méta-cinématographique va certainement bien fonctionner dans son pays, où les trois actrices sont connues de tous. On n'a par ailleurs aucun mal à connecter l'histoire de l'usine auparavant prospère qui a été victime de la transition avec l'histoire plus récente et la situation actuelle de la Croatie. Enfin, tout le monde pourra se rapporter aux petits détails d'étiquette (un gros problème pour les personnalités publiques), comme le dilemme consistant à se demander si on peut fumer à l'intérieur ou s'il faut aller sur le balcon.

Cependant, la position de Frano et son état d'esprit ne sont pas suffisamment caractérisés. Il semble stupéfait par des événements et réactions qu'il a suscités lui-même, et que le spectateur trouve tout naturels, ce qui diminue la légitimité des idées proposées par le film sur le rôle des femmes dans l'industrie (du cinéma ou du textile) et la société en général. Le problème serait moins gênant si Lada Kamenski n'annonçait pas le thème comme un de ses sujets principaux.

En définitive, Lada Kamenski est un petit film tout à fait regardable, intéressant et qui fait réfléchir, mais il ne va pas au bout de son ambition professée, notamment dans le champ de la pensée. Le film a été produit par les sociétés croates Sekvenca et Antitalent

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy