email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

SUNDANCE 2019 Compétition World Cinema Documentary

Critique : Honeyland

par 

- Ce documentaire des Macédoniens Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov est une oeuvre de cinéma vérité spectaculaire visuellement

Critique : Honeyland

Honeyland [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Ljubomir Stefanov, Tamara …
fiche film
]
, par le duo macédonien Tamara Kotevska-Ljubomir Stefanov, a été dévoilé dans le cadre de la Compétition World Cinema Documentary de Sundance. Ce beau spécimen de cinéma-vérité propose un parcours extraordinaire du personnel et du local vers quelque chose d'universel, en suivant une apicultrice dans la campagne macédonienne.

Les scènes d'ouverture, en grand angle, spectaculaires, montrent l'héroïne Hatidze, une femme de 55 ans qui porte une blouse jaune et une écharpe sur sa tête, tandis qu' elle grimpe la pente escarpée d'une montagne rocailleuse pour atteindre une colonie d'abeilles située dans les crevasses. Sans gants, sans filet de protection, elle prend la plaque de cire en chantant un air qui semble calmer les abeilles.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

De retour dans son village désert, dans sa petite maison au sol de terre battue sans eau ni électricité, elle s'occupe de sa mère, à moitié aveugle et alitée. Elle va souvent à la capitale, Skopje, pour vendre au marché son miel, dont tout le monde (les clients comme les autres vendeurs) ne dit que du bien. Parfois, elle s'offre quelque chose : de la teinture pour ses cheveux, un éventail pour sa mère.

La vie d'Hatidze semble modeste mais idyllique : c'est une femme qui aime son quotidien et arbore un sourire continuel qui quitte rarement son visage brûlé par le soleil. Les choses changent quand une famille nomade appartenant à la même minorité turque qu'Hatidze s'installe à côté de chez elle. Le patriarche Hussein, sa femme, leurs sept enfants et tout un troupeau de vaches arrivent dans un tracteur tirant une remorque qui fait un raffut assourdissant dans le village vide. Et ce n'est que le début : les choses vont empirer.

Bientôt, Hussein et sa famille s'agitent tout le jour, provoquant chaos et disputes à grand renfort de jurons, et ils ne sont même pas capables de contrôler leurs bêtes. Malgré tout, Hatidze les accueille avec les bras ouverts, leur offre son meilleur brandy et joue avec les enfants turbulents, tout en s'assurant qu'Hussein soit suffisamment intrigué par son miel. Pour lui, 16 euros le kilo, c'est une excellente affaire. Il va ramener des ruches et un acheteur exigeant de Bosnie, le genre d'homme qui ne respecte pas la règle des apiculteurs – qui est de "prendre la moitié et laisser la moitié". Sans aucune conscience de, ou considération pour, la manière dont les animaux sont traités, guidé par son souci de faire du profit à tout prix, il détruit la balance écologique délicate du lieu comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, et met en danger ses abeilles ainsi que celles d'Hatidze.

Kotevska et Stefanov nous livrent ici avec une discipline remarquable, et l'aide préciuse du monteur et producteur Atanas Georgiev, un très bel exemple de cinéma-vérité. Bien qu'ils aient passé beaucoup de temps avec les protagonistes, comme le montre l'accès sans précédent qu'ils ont eu à ces personnages, même dans les scènes où on voit la famille d'Hussein, en pleine querelle, en venir aux mains, ils conservent leur approche strictement observationnelle. Cela signifie que le spectateur doit compléter lui-même les espaces en blanc, mais cela lui laisse de la place pour percevoir l'histoire plus vaste qui se cache derrière ce récit : à partir du point de vue personnel d'Hatidze, on se rend compte que la course aux profits affecte l'équilibre écologique,et on mesure quelle importance ont les abeilles pour l'environnement.

La photographie de Fejmi Daut et Samir Ljuma est absolument spectaculaire, qu'ils filment la nature, dans des plans larges, où manient une caméra à l'épaule qui fait des soubresauts au milieu des enfants d'Hussein tandis qu'ils tentent à grand peine de maîtriser leur bétail ou s'asseoient chez Hatidze, à la lumière des bougies.

Honeyland est une coproduction entre les sociétés macédoniennes Trice Films et Apolo Media. Les ventes internationales du film sont gérées par la société allemande Deckert Distribution.

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.