email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

BERLIN 2019 Panorama

Critique : A Dog Called Money

par 

- BERLIN 2019 : Le documentaire de Seamus Murphy sur PJ Harvey est magnifiquement photographié, mais peine à trouver son chemin narratif et manque de cohérence

Critique : A Dog Called Money
PJ Harvey dans A Dog Called Money

Kino International a accueilli hier l'avant-première mondiale de A Dog Called Money [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, un documentaire coproduit par le Royaume-Uni et l'Irlande, réalisé par le cinéaste et photographe Seamus Murphy et présenté dans la section Panorama du 69e Festival de Berlin. Ce premier long-métrage de Seamus Murphy s’ouvre sur l'image d'un visage d’enfant collé à la vitre d’une voiture à bord de laquelle sont assis la musicienne britannique PJ Harvey et le réalisateur en personne – une magnifique photographie qui éveille la curiosité du spectateur (une parmi tant d’autres en fait). Le documentaire suit PJ Harvey dans sa quête d’inspiration et dans la préparation de son album The Hope Six Demolition Project. Seamus Murphy accompagne la chanteuse dans trois lieux majeurs : à Kaboul, la capitale afghane ; dans les paysages accidentés du Kosovo ; au sud-est de Washington, DC.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

De retour à Londres, PJ Harvey décide de travailler sur son album au sein d’un studio aménagé spécialement pour l’occasion, qui fait également office de salle de visionnage, ce qui permet au public de l’observer dans ses interprétations musicales et tout au long de sa démarche créative. On suit la musicienne dans ses nombreux voyages pour aller voir des gens et des pays dont tirer de l'inspiration, et chacun de ces instants constitue en effet une opportunité potentielle pour l’écriture d’une nouvelle chanson, la création d’un titre accrocheur ou la composition d’un rythme puissant. Les pensées de la chanteuse, qu'on peut entendre en voix off, servent de commentaire à ses voyages et impressions. Cependant, à différents moments, ses paroles s’avèrent répétitives et décrivent tout bonnement ce qui se déroule à l’écran.

Dès le début, le documentaire manque à la fois de cohérence et de cohésion : le regard du réalisateur ne s’arrête pas suffisamment sur les images et ne se penche pas non plus assez en profondeur sur les personnages rencontrés ou sur les lieux visités par l’artiste. De fait, les interminables séquences, quoiqu'agréables à contempler, parviennent rarement à émouvoir le spectateur. De manière générale, une personne qui ne connait ni la chanteuse ni son oeuvre éprouvera des difficultés à apprécier le film. Toutes les scènes s’articulent autour de PJ Harvey, de son groupe et de son album, et comme les voyages de la musicienne semblent satisfaire uniquement ses objectifs artistiques, le film peine à aborder des thèmes plus universels qui auraient pu toucher au-delà de son cercle de fans.

Par ailleurs, il manque au documentaire un enjeu, un conflit : à aucun moment l'artiste ne semble expérimenter de crise ou de sérieuse incertitude quant à sa démarche créative. Le film aurait sans doute bénéficié d’une exploration plus approfondie de la vie de PJ Harvey en dehors du studio. Elle aurait permis aux spectateurs d'apprécier un portrait plus libre et sincère de l’artiste.

Quelques points forts sont à noter aussi : la photographie de Seamus Murphy est excellente, et certains des morceaux de PJ Harvey ont indéniablement un effet puissant sur le spectateur. En somme, l'impression que fait ce film est qu'il avait du potentiel et qu'il réunit beaucoup d'images intéressantes, mais qu'il aurrait nécessité un travail plus soutenu pour obtenir une narration plus cohérente et proposer une analyse plus profonde et mature de la vie de l’artiste et de sa démarche créative (seules ses conversations avec son groupe et ses commentaires à l’écran et hors écran y font allusion).

A Dog Called Money a été produit par Pulse Films (Royaume-Uni), JW Films (Royaume-Uni) et Blinder Films (Irlande), en association avec Somerset House (Royaume-Uni). Les ventes internationales du film sont gérées par Autlook Filmsales (Autriche).

(Traduit de l'anglais par Delphine Tomlins)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.