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BERLIN 2019 Hors-compétition

Critique : Varda by Agnès

par 

- BERLIN 2019 : Agnès Varda nous parle de sa carrière dans un documentaire sous forme de masterclasse avec de la conversation, des illustrations et du panache

Critique : Varda by Agnès

Le sexe et le pouvoir. Voilà deux des mots clefs qu'Agnès Varda utilise pour décrire ce qui a éveillé son intérêt, tandis qu'elle évoqué sa carrière en tant que réalisatrice, photographe et artistes visuelle, dans Varda par Agnès [+lire aussi :
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, qui a fait son avant-première mondiale hors compétition au 69e Festival de Berlin. Le monde a de la chance qu'Agnès ait une vie aussi longue et créative, qu'elle puisse encore aller aux festivals et faire des films, alors qu'elle est nonagénaire. Ces dernières années, la cinéaste a aimablement accompagné son dernier documentaire en date avant celui-ci, le film nominé aux Oscars Visages, villages [+lire aussi :
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. Varda est la personnalité la plus âgée à avoir jamais concouru pour un Oscar – et ce quelques petits mois après avoir reçu un Oscar pour l'ensemble de sa carrière.

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Tout le monde veut célébrer Varda. 57 ans après le chef-d'oeuvre Cleo de 5 à 7, après lequel elle aurait dû bénéficier du même statut exalté que Jean-Luc Godard et François Truffaut, les festivals se mettent maintenant, un peu tard, à fêter son cinéma. Elle a reçu une statuette à la Berlinale et récemment donné une Masterclasse au Festival international de Marrakech. Le mois prochain, elle sera au Qumra à Doha. Comme elle s'est rendu compte que ce n'était pas un calendrier qu'elle pourrait tenir, elle a réalisé ce film, Varda par Agnès, une version filmée de sa masterclasse, pour qu'elle coure le monde à sa place.

Assise dans un beau théâtre face au public, Varda le promène à travers son œuvre. Bien sûr, l'artiste formidable qu'elle est contourne par moments l'approche chronologique conventionnelle et organise la présentation de son oeuvre selon des thèmes et segments, envisagés dans le sens non rigide du terme. Ces segments sont le cinéma, la photographie et l'art visuel. Le parcours se déploie en deux temps, une longue "période analogique", de 1954 à l'année 2000, puis la "période numérique", à partir du nouveau millénaire. Elle parle souvent seule, comme si elle donnait un cours, mais elle est occasionnellement accompagnée par un collaborateur, comme par exemple le comissaire d'exposition d'art Hans-Ulrich Obrist. Dans un cas comme dans l'autre, Varda est totalement passionnante tout du long, tandis qu'elle commente ses oeuvres (Cleo de 5 à 7, Le Bonheur, Kung-fu Master...) en en montrant des extraits.

Ses deux documentaires précédents, Visages, villages et Les Plages d'Agnès [+lire aussi :
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, posaient aussi des regards rétrospectifs son travail, mais ils avaient aussi une saveur cinématographique qui est absente de Varda par Agnès. Ici, la réalisatrice met sur le devant de la scène ses motivations et ses idées plutôt que son talent de cinéaste. Ce qui est évident, c'est qu'elle regarde le monde différemment de ses contemporains. Quand elle pense à 1968, elle voit les Black Panthers en Amérique et les marches féministes au lieu de se rappeler, des lunettes roses sur le nez, le rôle que les cinéastes ont joué dans les manifestations. Le sexe et la politique sont toujours enchevêtrées dans son travail : rien ne se passe sans eux, même quand ils ne sont pas mentionnés explicitement.

Ce qui est vraiment charmant dans ce film, c'est qu'il fonctionne à la fois pour ceux qui voudraient un aperçu de l'ensemble de l'œuvre de Varda, et pour ceux qui ont tout vu. Ce qui est particulièrement intéressant aussi, c'est le goût que prend la cinéaste à son travail comme artiste visuelle et sa conviction que travailler sur trois écrans lui a donné une nouvelle manière de voir les choses. C'est ça, la beauté de Varda : elle a toujours une nouvelle manière de voir les choses, et peut-être que le monde n'a pas passé assez de temps à la regarder, à moins qu'il n'ait un peu négligé de le faire à cause de vieux préjugés. 

Varda par Agnès a été produit par Ciné Tamaris et ARTE France. Les ventes internationales du film ont été confiées à mk2 films.

(Traduit de l'anglais)

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