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MALAGA 2019

Critique : El doble más quince

par 

- Mikel Rueda fait reposer l'efficacité émotionnelle de son nouveau film sur les dialogues de personnages désorientés et en errance, incarnés par le jeune Germán Alcarazu et Maribel Verdú

Critique : El doble más quince
Germán Alcarazu et Maribel Verdú dans El doble más quince

Attache-moi, de Pedro Almodovar, s'achèvait par un plan sur Victoria Abril en train de conduire tandis qu'Antonio Banderas, assis à côté d'elle, et Loles León, assise à l'arrière, chantaient Resistiré de Dúo Dinámico. Le visage de l'actrice trahissait une tempête d'émotions, passant du bonheur et de l'espoir jusqu'à la peur et le vertige. Quelque chose de similaire, mais à bord d'un train, arrivait à Lesley Ann Warren dans Choose Me d'Alan Rudolph : Keith Carradine était à côté d'elle et son visage exprimait en silence une foule de sentiments contradictoires. C'est au tour de Maribel Verdú d'être au volant et de laisser derrière elle le personnage de Germán Alcarazu dans la dernière scène d'El doble más quince [+lire aussi :
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interview : Mikel Rueda
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, écrit et réalisé par Mikel Rueda, qui se repose ici sur le niveau de technique de la comédienne madrilène pour qu'elle transmette satisfaction, transition et désir tandis que la caméra scrute ses traits. C'est que le réalisateur de Fronteras [+lire aussi :
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fiche film
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fait largement reposer l'efficacité de son nouveau film, en lice pour la Biznaga d'or du 22e Festival du cinéma en espagnol de Malaga, sur le talent des deux acteurs qui jouent les rôles principaux.

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On accompagne ces deux personnages pendant toute une journée, les deux exceptions à cette continuité temporelle étant les passages servant à nous les présenter au début : il est un jeune homme qui manque de confiance en lui, sensible et plein de doutes ; elle est une femme de carrière doublée d'une mère qui ne semble ni heureuse, ni satisfaite. Ils se connaissent à travers un chat sexuel sur Internet, établissent le contact et décident de se rencontrer en personne : ce qui suit sont les heures où ils vont apprendre à se connaître, se rapprocher et se refléter l'un dans l'autre avec une sincérité qu'ils ne trouvaient plus dans leurs univers respectifs.

Rueda définit son film comme "un road movie marché". Caminan était d'ailleurs le titre d'un court-métrage, où les mêmes interprètes jouaient les mêmes personnages, qui a précédé ce long-métrage où l'on accompagne à travers les rues et les parcs de Bilbao deux êtres en crise, qui se dénudent émotionnellement devant un inconnu tout en se nourrissant l'un l'autre, parce qu'ils se sentent soudain vivants, ce qui va leur permettre d'accepter enfin le peur qui accompagne toujours, logiquement, les êtres humains dans leurs moments de transition existentielle.

Pour transmettre cet état d'âme, proche de la mélancolie, qui est celui de ses personnages, Rueda s'appuie sur une photographie bleutée qui refroidit les décors et paysages qui les entourent et fait ressortir les couleurs de leurs vêtements. De même, il joue de la focale pour brouiller ce qu'il y a autour d'eux, de manière à souligner le fait qu'ils ne semblent pas à leur place dans ces lieux. Quant aux dialogues, ils ne sont pas toujours suffisamment crédibles et semblent parfois trop proches de ce qu'on trouve dans les livres de développement personnel. L'ensemble n'atteint pas le niveau artistique et émotionnel qui aurait rendu ce film spécial. On ne dévoile pas grand chose si on ajoute que son modèle est la célèbre trilogie orchestrée par Richard Linklater et interprétée par Julie Delpy et Ethan Hawke.

El doble más quince a été produit par El doble más quince A.I.E., Baleuko S.L., Sonora Estudios et Potenza Producciones, avec la participation d'ETB, TVE et Movistar+, et avec l'aide du Gouvernement basque. Les ventes internationales du film ainsi que sa distribution en Espagne sont gérées par Filmax.

(Traduit de l'espagnol)

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