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BRIFF 2019

Critique : Century of Smoke

par 

- Nicolas Graux dresse le portrait saisissant d’un petit village laotien pris au piège vénéneux de l’opium, source de vie et de mort

Critique : Century of Smoke

A travers le destin singulier d’un village en marge de la société, Century of Smoke [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
de Nicolas Graux, présenté en Compétition Nationale au Brussels International Film Festival (BRIFF), dresse le portrait en creux d’une population laotienne dévastée par la précarité et la désillusion, assommée par la chape de plomb d’un régime dictatorial qui menace à tout moment de la priver de ses maigres moyens de subsistance.

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Jeune père de famille, Laosan passe ses journées à fumer l’opium. Pour sa communauté, isolée au plus profond de la jungle laotienne, la culture de l’opium est le seul moyen de survie. Mais c’est aussi le poison qui endort les hommes et tue leurs désirs.

Dans le village de Laotan, tout le monde vit de et par l’opium. Il y est cultivé, et consommé. Tous tremblent à l’idée que l’état ne mette fin à ces cultures aussi nourricières que mortifères.

La fumée opiacée dérive en volutes au coeur des habitations de fortune, dès le réveil. Au milieu des draps défaits, un homme fume, le regard dans le vide. Là, dehors, la brume se substitue à la fumée pour envelopper le village. Comme si elle venait étouffer les pleurs, les angoisses, les désirs.

L’opium fait vivre les hommes, mais les tue aussi. Et tue tout espoir chez les femmes du villages, les mères, les épouses, chez lesquelles gronde une sourde révolte. Face au mur de l’addiction, elles s’organisent, tentent de gérer au mieux l’inextricable situation, vole ou cache l’argent de l’opium pour nourrir leur famille.

Alors que les femmes se lèvent, les parents voyant venir la fin ne rêvent plus que d’échapper à ce village et sa culture létale. Mais pour cela il faudrait que les jeunes partent et les emmènent. La seule chose qui semble encore unir ces familles déchirées, c’est l’amour et la tendresse que chacun a pour ses enfants.

Dans l’atmosphère ouatée de ce village laotien, Nicolas Graux recueillent les confessions amères de ses habitants. Tous semblent floués par l’avenir, regrettent la vie qu’ils ne vivront jamais, celle dont ils avaient pourtant rêvée. Un regard bouleversant sur une communauté en perdition, où la caméra se fait complice pour recueillir les témoignages résignés de ces âmes en peine.

L’immersion est totale, la caméra se laisse oublier, et le rythme du premier tiers du film traduit la torpeur qui s’empare des hommes du village, plongeant dans leur intimité. Au fur et à mesure que le point de vue s’élargit pour englober les autres habitants du village, le rythme s’accélère, et comme les femmes semblent prendre peu à peu en main en main la survie du village, la tension dramatique monte d’un cran. Les fumeurs ne sont pas les seules victimes de l’opium, c’est toute la communauté qui en subit les dégâts.

Century of Smoke est le premier long métrage documentaire de Nicolas Graux, à qui l’on doit deux courts métrages, dont Après l’aube, remarqué en festivals. Il est produit en Belgique par Dérives, l’atelier des productions créé par les frères Dardenne, et Clin d’Oeil Films, et en France par Haïku Films.

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