email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

VENISE 2019 Orizzonti

Critique : Un fils

par 

- VENISE 2019 : Ce premier long-métrage plein de tension par Mehdi M. Barsaoui sur un mariage dans un pays en crise est immensément satisfaisant

Critique : Un fils
Sami Bouajila et Najla Ben Abdallah dans Un fils

Le bonheur ne serait-il qu'une illusion ? L’avenir peut sembler si prometteur un instant, puis se retrouver livré en pâture à un chaos inattendu. Le message du premier long-métrage de Mehdi M. Barsaoui, Un fils [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, un titre plein de tension qui est en lice dans la section Orizzonti de la Mostra de Venise, est qu'il ne faut rien prendre pour acquis. C’est un film qui rappelle le travail du maestro iranien Asghar Farhadi, une oeuvre riche en retournements de situation qui met ses personnages dans des situations de plus en plus tragiques.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)
LIM Internal

Barsaoui est ingénieux dans la manière dont il concentre son histoire sur la déintégration de la famille comme métaphore des problèmes qui existent en Tunisie, sans être trop ouvertement politique. Le film fonctionne à plusieurs niveaux : comme un drame sur la moralité, comme une histoire sur la l’évolution de la place des femmes dans la société et comme allégorie politique.

La vie semble si belle au début du film : de la musique joue à plein volume tandis que Meriem (Najla Ben Abdallah) fête sa promotion au travail. Nous sommes en été 2011, en Tunisie, et il y a du changement dans l’air. Le président Ben Ali a démissionné quelques mois plus tôt et une génération montante rêve d’un futur plus libéral, apparemment sans se préoccuper des sondages qui disent que les islamistes ont 40 % des faveurs des citoyens.

Alors qu'ils rentrent chez eux après la fête, Meriem, son mari Fares (Sami Bouajila) et leur fils de dix ans Aziz (Youssef Khemiri) se retrouvent au beau milieu d'une attaque armée qui va coûter la vie à plusieurs soldats. C’est un changement abrupt qui casse d’un coup l’humeur festive et la dynamique familiale.

Pris entre deux feux, Aziz est très gravement blessé, et il risque de mourir s’il ne reçoit pas un foie. Ainsi commence la quête d’un donneur compatible. C’est encore plus dur de trouver un foie dans un pays islamique, car le don d'organe ne fait pas partie de cette culture. C'est là que l’histoire prend un tour inattendu et délicieux.

Meriem va devoir faire face à une révélation de son passé. Son fils risque de mourir à moins qu’elle ne révèle à Fares un secret qu’elle garde depuis longtemps. Sa découverte va entraîner un effet domino, tandis que les époux se trouvent dans une spirale de dilemmes moraux de plus en plus complexes. Intelligemment, ces dilemmes auxquels ils font face sont le miroir de ceux auxquels la société tunisienne est confrontée : vont-ils pouvoir oublier les transgressions du passé pour construire un futur meilleur ? Sont-ils vraiment libéraux ou prisonniers du système patriarcal ?

Le sentiment de suffoquement et de souffrance qui se dégage de l'ensemble est augmenté par la décision de l'auteur de filmer avec une caméra tenue à l’épaule et en CinemaScope, ce qui a pour effet d’isoler les personnages tandis que la caméra les suit, les pourchasse comme des mouches, sans jamais leur accorder aucun répit. Les performances centrales sont tout à fait louables, notamment celle de Najla Ben Abdallah, connue avant tout pour son travail à la télévision tunisienne.

Là où le film tient moins la route, c’est quand il essaie de justifier le comportement de Meriem en faisant une révélation sur Fares, ce qui rend moins fort son dilemme à lui. Le film comporte aussi une scène d’action, avec un voyage en Lybie du nord-ouest, qui permet de montrer que toute la région est plongée dans le désordre mais donne aussi l'impression de n'avoir pas ici sa place, car elle nécessite d’avoir des personnages à une seule dimension et laisse Fares dans une impasse qui semble exagérée. Cela dit, ces quelques faiblesses ne changent rien au fait que voici là un premier long-métrage excitant et complexe par un nouveau réalisateur tunisien très prometteur.

Un fils est une coproduction entre la Tunisie, la France, le Liban et le Qatar, menée par Habib Attia et Marc Irmer pour Cinetelefilms, Dolce Vita Films, 13 Productions, Metafora, Arr et Shortcut Films. Les ventes internationales du film sont assurées par Jour2Fête.

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.