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VENISE 2019 Compétition

Critique : J'accuse

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- VENISE 2019 : Roman Polanski propose un très beau film sur l'Affaire Dreyfus où Jean Dujardin livre une nouvelle performance superbe dans le rôle d'un homme déterminé à ce que la vérité se fasse jour

Critique : J'accuse
Jean Dujardin dans J'accuse

Roman Polanski n’est même pas présent à la Mostra de Venise et pourtant même ainsi, il est au centre des débats. Son nouveau film, J'Accuse [+lire aussi :
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, sur l'Affaire Dreyfus, joue en compétition. Quand sa participation en compétition a été annoncée, des plaintes se sont fait entendre : d'aucuns pensent que Polanski devrait avoir le statut de paria pour avoir fui les États-Unis en 1978, quelques heures avant que le tribunal saisi d'accusations sexuelles à son encontre ne rende son verdict. La température a monté encore plus quand la présidente du jury, Lucrecia Martel, a dit qu’elle n'irait pas au dîner donné en l'honneur du film. Il y a eu tellement d’affirmations et contre-affirmations sur Polanski et ce qui lui est arrivé en Amérique qu'il est difficile de séparer la vérité et l’invention.

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Ainsi, pour ce qui est de gagner le Lion d'or, on peut déjà imaginer ce qui va se passer, et ce en dépit du fait que ce film est sans doute le meilleur qu'ait fait le cinéaste polonais depuis des années. Robert Harris, avec qui Polanski a travaillé surThe Ghost Writer [+lire aussi :
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, a composé un scénario superbe qui s'ouvre sur la condamnation de Dreyfus, pour s'articuler ensuite autour de l’enquête qui a fini par laver le nom du capitaine français.

Jean Dujardin est en train de vivre ce que certains pourraient considérer comme la meilleure année de sa carrière. Après sa performance brillante en aspirant-réalisateur obsédé par la mode dans Le Daim [+lire aussi :
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, il livre une performance très différente mais tout aussi brillante dans le rôle de Georges Picquart, le chef de l’unité de contre-intelligence militaire française à la fin du XIXe siècle. C’est une interprétation physique, où il utilise son poids pour donner un air de sérieux à cet officier nouvellement promu. Il a le pas lourd quand on le voit pour la première fois, mais ce pas s'allège au fil du récit. Les décors sont impeccables. C’est un film avec une structure classique, où l’argent se voit à l’écran.

Picquart arrive dans son nouvel emploi dans la contre-intelligence curieux de voir le dossier du capitaine juif Alfred Dreyfus (Louis Garrel). En janvier 1895, il a été condamné à rester à perpétuité sur l’Île du Diable pour avoir vendu des secrets militaires à l’Allemagne. Picquart découvre vite que les mécanismes d’équilibrage des pouvoirs dans son département sont minces, et que les documents utilisés à charge pour incriminer Dreyfus sont légers. Picquart se bat pour prouver l’innocence de Dreyfus, mais il découvre que beaucoup de membres de l’administration française préfèrent le mensonge.

La bataille d’un seul homme contre le système est un favori, au cinéma. Dans J'Accuse, Picquart affronte des hommes qui veulent protéger leur propre réputation, un pays qui doit paraître blanc comme neige et une administration qui doit présenter toutes les apparences d'être sacro-sainte. Le désir de sembler immaculé est d'autant plus fort que la corruption et le favoritisme sont élevés.

Polanski met tout cela en scène d’une main sûre. Les scènes de procès sont particulièrement impressionnantes. La relation de Picquart, célibataire, avec Pauline Monnier, l'épouse d'un haut-fonctionnaire d'État, grossit les enjeux sans écraser l’histoire principale. Polanski sait combien la vie privée et les manquements personnels peuvent être utilisés comme preuves pour abîmer une réputation. Il s'en sert particulièrement efficacement ici, pour montrer que le chantage fait partie des tactiques fréquemment utilisées par les espions.

C’est un film bien raconté, parfois un peu affecté par son sentiment d’importance, mais bien fait, et Dujardin est magnifique.

J'Accuse est une production qui a réuni des partenaires français et italiens : LégendeRP ProductionsEliseo CinemaGaumontFrance 2 Cinéma et France 3 Cinéma. Ses ventes à l'étranger sont assurées par Playtime.

(Traduit de l'anglais)

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