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LONDRES 2019

Critique : Fanny Lye Deliver'd

par 

- Le troisième long-métrage du Britannique Thomas Clay suit, au lendemain de la guerre civile anglaise, une famille puritaine qui abrite un couple mystérieux

Critique : Fanny Lye Deliver'd
Maxine Peake dans Fanny Lye Deliver'd

Après une décennie d’absence, Thomas Clay revient et présente un long-métrage qui suscitait de fait beaucoup d’impatience, Fanny Lye Deliver’d. Il s’agit d’un thriller brutal qui se passe après la guerre civile survenue en Angleterre au XVIIe siècle. Après avoir dévoilé ses deux films précédents à Cannes, Clay a présenté celui-ci en première mondiale dans le cadre de la compétition officielle du Festival de Londres. La troupe, menée par Maxine Peake (Peterloo [+lire aussi :
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) et Charles Dance (Game of Thrones, The Imitation Game [+lire aussi :
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), comprend aussi les débutants Freddie Fox et Tanya Reynolds dans des rôles secondaires. Plus accessible que les travaux précédents du réalisateur, Fanny Lye voit Clay travailler avec le cinéma de genre et représenter superbement l’Angleterre d’il y a quatre siècles.

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de Yorgos Lanthimos, Fanny Lyechercher à bousculer notre perception habituelle du film historique britannique en prenant acte du fait qu'on trouve plus d’amusement et de possibilités de formuler des observations judicieuses en faisant écho à des modes contemporaines. Un mélange puissant de sexe, de violence et de radicalisme politique montrés dans un contexte historique qu’on voit rarement à l’écran, le film évoque le western et le mélodrame et il utilise certains tropes qu’on associe généralement aux films d’horreur appartenant au sous-genre "une intrusion à la maison".

L’histoire se passe en 1657. Fanny et John Lye (joués par Peake et Dance) vivent une existence humble avec leur jeune fils dans une ferme isolée du Shropshire. Quand John est blessé en se battant dans la guerre civile dans le camp des parlementaristes, Fanny se retrouve en charge de la plupart des activités de la ferme. C’est une vie d’une rigueur puritaine, et Dance est impressionnant dans le rôle du patriarche dominant. Par contraste, Peake constitue une présence chaleureuse et pusillanime, mais on sent que quelque chose de plus farouche vit tapi en elle.

En rentrant de l’église un matin, le couple est étonné de trouver deux fuyards complètement nus dans leur grange. Il s’agit de Thomas Ashbury (Fox) et sa jeune "épouse" Rebecca Henshaw (Reynolds), qui prétendent que leurs vêtements et leurs biens ont été volés par des marauds sur la route. Bien qu’ils soient suspicieux, John accepte de leur offrir le gîte pour la nuit, un séjour qui va vite se prolonger, car le jeune couple va déployer tous ses efforts pour se faire accepter dans cette maison. John est notamment apaisé par le fait que Thomas dise qu’il s’est battu du même côté dans la guerre. Cependant, cette solidarité masque un radicalisme encore plus profond : Thomas et Rebecca obéissent à une doctrine auto-établie de liberté sexuelle et de renversement des rôles des sexes par rapport à la norme et ils sont fièrement hérétiques, même pour les plus réformistes des protestants. Et tout du long, un shérif au sang-froid et son adjoint ratissent le pays pour trouver ces "blasphémateurse, en les accusant d’"exhibitionnisme profane".

Il va sans dire que les Puritains et les Ranters (la secte à laquelle appartient le couple de fuyards) ne font pas bon ménage au XVIIe siècle. Le film rompt audacieusement par la suite avec toute plausibilité, glissant notamment vers un style horreur spéculative qui rappelle ce qu'on avait dans A Field in England ou Witchfinder General. Comme dans son travail précédent, Clay use peut-être trop de la provocation et du potentiel choquant aux dépens de la structure, ce qui mène à une scène de sexe particulièrement dérangeante, un massacre sanguinolent et aux profanités les plus rudes façon XVIIe siècle.

L’ambition de Fanny Lye est à prendre au sérieux. Cette copie en 35 mm montrée au festival commence par un hommage en forme de plaisanterie à l’ancien système de censure britannique : Clay se donne fièrement un classement X, ce qui indique sa dette par rapport à une tendance plus farouche du cinéma britannique, celle représentée par Ken Russell et Peter Greenaway, par opposition au gentil drame en costumes. Fanny Lye est un film poignant, bien fait, avec une tendance de bon aloi à vouloir explorer l’Histoire britannique, à une époque où le pays fait face à des divisions aussi graves.

Fanny Lye Deliver’d est une coproduction entre le Royaume-Uni et l’Allemagne de Pull Back Camera en coproduction avec Essential Filmproduktion, avec le soutien du BFI, de Creative England, du Film- und Medien Stiftung NRW, du Medienboard Berlin-Brandenburg et de ZDF. Les ventes internationales du film sont assurées par Coproduction Office.

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(Traduit de l'anglais)

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