email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

SEMINCI 2019

Critique : Intemperie

par 

- Ça mâche la poussière et ça empeste la misère économique et morale dans ce western andalou réalisé par Benito Zambrano à partir du roman de Jesús Carrasco

Critique : Intemperie
Jaime López et Luis Tosar dans Intemperie

Ceux qui ont lu le roman Intemperie de Jesús Carrasco, porté sur le grand écran par Benito Zambrano à partir d’un scénario écrit par les frères Pablo et Daniel Remón, assurent qu'il est plus modéré que l'original littéraire. On a pourtant du mal à le croire, car Intemperie [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Benito Zambrano
fiche film
]
le film, est tellement dur qu'on demande presque grâce, par la violence physique et psychologique qui y galope à son aise dans un paysage aride, hostile et suffocant, dans une Espagne de la moitié du XXe siècle où les abus de pouvoir, à commencer par ceux du régime de l'infâme dictateur Francisco Franco, font partie de la normalité quotidienne.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Cette coproduction espagnole et portugaise a fait sa première mondiale samedi dernier après le gala d’ouverture de la 64e Seminci – Semaine internationale du cinéma de Valladolid, où elle concourt pour l’Épi d’or, après quoi elle va être présentée au Festival du cinéma européen de Séville avant d'arriver dans les cinémas espagnols le 22 novembre. Si nous assurons qu’il s’agit d’un western, c’est parce qu’il a une saveur de ciné classique de l’Ouest quoique pas états-unien, mais du Sud et de l’Espagne : c'est dans les extérieurs arides, desséchés et ocres de la province andalouse de Grenade qu'a été tourné ce film dont l'action se déroule pendant cette période historique funeste qu’on a appelé l’après-guerre et sous le maudit franquisme.

Comme le dépeint Zambrano, la campagne andalouse (qu’il connaît bien, étant né dans un village sévillan), la Manche et l'Estrémadure étaient alors gouvernée sans frein ni loi par les propriétaires terriens, les despotes locaux et les latifundistes, en somme les richards qui exploitaient les gens humbles et abusaient d'eux (comme on l’a vu dans le contondant Los santos inocentes, le film de Mario Camus tiré du livre de Miguel Delibes). L’un d'eux s'est amouraché du jeune fils d’une famille qui travaille pour lui, mais le garçon parvient à échapper à ses griffes vénéneuses. Dans sa fuite, il va tomber sur celui qui est peut-être le dernier homme libre dans ces terres, un ancien soldat qui a vécu le pire, mais conserve encore malgré tout une once de dignité. Bien qu’au début, la chose semble improbable, entre l’enfant et l’adulte s'établit une relation qui va de la camaraderie et du soutien mutuel à quelque chose de proche de l’affection paternelle-filiale.

Avec la collaboration d’acteurs comme Luis Tosar, Luis Callejo et le tout jeune Jaime López (découvert dans Techo y comida [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Juan Miguel del Castillo
fiche film
]
), le réalisateur de Solas n'abandonne pas le drame de personnages mais le camoufle sous l’apparence d’un duel entre le bien et le mal où l’honnêteté fait face à l’abjection morale, où l’altruisme bataille face aux abus physiques, sexuels et psychologiques. C'est sur la voix bouleversante de Silvia Pérez Cruz en train de chanter que se referme un film qui commence puissamment, puis retombe au milieu pour remonter ensuite vers un final violent et qui parle, comme La trinchera infinita [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Aitor Arregi, Jon Garaño e…
fiche film
]
, qui sort bientôt en Espagne, de cruauté, d'agressivité, d’esclavage et d’obscurantisme, bien qu’ici, ce soit dans des paysages aveuglants et desséchés par le soleil (magnifiquement filmés par le directeur de la photographie Pau Esteve), c'est-à-dire un décor sans cloisons physiques, mais où se dressent les murs de l'oppression et des abus, que se déroule l'odyssée des personnages, victimes et bourreaux d’une époque qu’il ne faut pas oublier... pour qu’elle ne se répète pas.

Intemperie a été produit en Espagne par Morena Films en coproduction avec Intemperie La Película A.I.E., Áralan Films et la maison portugaise Ukbar Filmes, avec la participation de RTVE, Canal Sur TV et Movistar+. Le distributeur espagnol de ce titre est A Contracorriente Films. Ses ventes internationales ont été confiées à The Match Factory.

(Traduit de l'espagnol)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.