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FILMS / REVIEWS Italie

Critique : Aspromonte

par 

- À travers l'histoire d'Africo, un petit village isolé de l'Aspromonte dont les habitants se battent pour se construire une route, Mimmo Calopresti nous parle de tous les lieux reculés du monde

Critique : Aspromonte
Valeria Bruni Tedeschi dans Aspromonte

En 1951, à Africo, un petit village reculé de l'Aspromonte calabrais, on meurt en couches parce qu’il n’y a pas de médecin dans le village et que pour rejoindre le lieu "civilisé" le plus proche, il faut des heures de voyage sur des sentiers non-goudronnés. C’est pour cela qu’au début d'Aspromonte - La terra degli ultimi [+lire aussi :
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, le nouveau film de Mimmo Calopresti, qui arrive aujourd’hui dans les salles italiennes, on voit une rivière de personnes, des hommes, des femmes et des enfants, sales et en colère, descendre des montagnes vers la marina et faire irruption dans les bureaux du Préfet (Francesco Siciliano) pour réclamer un médecin pour Africo. Cette scène d'ouverture forte catapulte immédiatement le spectateur au milieu de la misère et du désespoir d’une population considérée de deuxième rang et, en même temps, montre un mouvement inverse : celui d'un tout petit fragment de la population civile qui tente de rejoindre ces lieux rudes, oubliés de Dieu (et des autorités), incarné par une maîtresse d’école élémentaire qui, du nord de l’Italie, à dos d'âne, arrive dans le village pour faire classe aux enfants.

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Quand cette enseignante, Giulia (Valeria Bruni Tedeschi), arrive à Africo, le village est désert. Il ne reste plus là que le Poète (Marcello Fonte, élu meilleur acteur à Cannes pour Dogman [+lire aussi :
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), le seul des habitants du lieu qui sache lire et écrire, pour l’accueillir. Les maisons sont délabrées, on marche les pieds dans la boue, le lieu affecté à l’école est à remettre sur pied. Seule la vue, du village, est à couper le souffle : la mer est lointaine, on l'entrevoit à peine, et Calopresti, à travers ses plans aériens, montre concrètement l’isolement et la distance de cet endroit par rapport au reste du monde. "Les gens voyagent quand ils savent lire", dit Giulia aux enfants, quand finalement le village se repeuple. Les scènes filmées dans cette salle de classe vétuste sont très belles, où l'on voit la maîtresse lombarde face à ces petits "sauvages" qui cherche à leur ouvrir de nouveaux horizons.

Mais la priorité des habitants d’Africo, les adultes, est toute autre : ils veulent construire une route, de leurs propres mains, pour rejoindre la marina plus rapidement, parce que malgré les promesses des institutions, aucun médecin n'est venu rejoindre le village et les gens sont exaspérés. Guidés par Peppe le journalier (Francesco Colella) et le cantonnier Cosimo (Marco Leonardi), les habitants d'Africo se mettent donc au travail, y compris les enfants. Hélas, à leur initiative va s'opposer le brigand local, Don Totò (Sergio Rubini), qui a tout intérêt à maintenir ces gens loin du monde et sous sa domination, loin des autorités, qui ne s’intéressent tout simplement pas à eux. Le peuple d’Africo est et doit rester immobile, les pieds dans la boue.

Tableau vibrant d’un monde archaïque où les pauvres gens qui revendiquent des droits basiques n'obtiennent rien d'autre que l’indifférence totale des institutions et la domination des bandits locaux, laissés libres de dicter leur loi, Aspromonte se veut, selon son réalisateur, qui a co-écrit le scénario avec Monica Zapelli (I cento passi) à partir du livre de Pietro Criaco Via dall’Aspromonte, un récit néoréaliste et épique à la fois : il allie "le réalisme d’un monde pauvre, très pauvre même, et la dimension épique de la bataille pour se sauver de la condition de pauvres diables miséreux", précise Calopresti. Un thème qui se révèle actuel, car à travers l’histoire de ce petit village de Calabre pendant les années qui ont suivi l’après-guerre, c'est de tous les lieux isolés du monde que le film parle, et de tous ces derniers qui ne seront jamais les premiers. Un film très touchant, dont les accents de fable n'enlèvent rien à l’authenticité et l’urgence de l’histoire.

Aspromonte - La terra degli ultimi a été produit par Fulvio et Federica Lucisano pour Italian International Film avec Rai Cinema. il est distribué par Italian International Film.

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(Traduit de l'italien)

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