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BLACK NIGHTS 2019 Compétition

Critique : Muscle

par 

- Cet amusant thriller psychologique britannique par Gerard Johnson ne travaille pas que ses muscles

Critique : Muscle
Craig Fairbrass dans Muscle

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, ça ressemble beaucoup à aller à la salle de sport. Ça pourrait paraître de prime abord une grosse épreuve, et il y a là beaucoup de sang, de sueur et de larmes, mais si on arrive jusqu'à l’autre côté, le film procure aussi de grandes satisfactions. Dans Fight Club, il y a une citation métaphorique merveilleuse sur les hommes qui essaye de résoudre une crise personnelle en devenant plus forts et plus macho : "l’amélioration de soi, c’est comme la masturbation". Le film de Gerard Johnson interprète cette citation presque trop littéralement. Les membres du jury auront du mal à trouver un film plus délicieusement absurde en compétition au Festival Black Nights, en cours à Tallinn.

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Le film, tourné en noir et blanc par Stuart Bentley (parce que pourquoi pas ?), a pour héros Simon Barrett (Cavan Clerkin), qui travaille dans la vente par téléphone et dont la compagne Sarah (Polly Maberly) fait semblant de dormir quand il rentre, pour ne pas avoir à sentir son haleine chargée d’alcool. Ayant vu une pléthore de magazines pour hommes informant les gars qu'avoir des muscles et des tablettes de chocolat à la place du ventre est la voie du bonheur, Simon décide de s’inscrire à une salle de sport. Ladite salle de sport est une cage transpirante pleine de gros bras – ici pas de justaucorps et de classes de yoga. À côté de ces hommes virils, Simon détonne, mais sa vie va être complètement transformée quand il rencontre Terry, joué par Craig Fairbrass, un acteur britannique nettement sous-évalué qui fait toujours des exploits sur le marché national, mais qui est généralement traité avec dédain par ceux qui ont des goûts plus raffinés.

Terry fait à Simon un discours galvanisant en lui disant que c'est à lui d'améliorer son sort. Il lui dit qu’il va l'entraîner de la bonne manière pour qu’il puisse atteindre tout son potentiel, et devient ainsi son entraîneur personnel. Tandis que l’histoire s'engage dans un des nombreux tournants inattendus qu’elle va nous réserver, il semble que "tout son potentiel" signifie peut-être que Simon est plus Madame Muscle que Monsieur Muscle. Mais avant qu’on en arrive là, Simon se met à devenir costaud, et sa vie s’améliore tellement qu’il devient le meilleur vendeur au travail. Clerkin nous fait ici un Robert De Niro et se transforme devant nos yeux à l’écran, mais de manière crédible plutôt qu’excessive. Le film garde tout de même un élément de réalisme social, même quand l’histoire se met à aller vers des extrêmes bizarres. Et ce n’était pas la moindre des prouesses.

La belle ascension est cependant stoppée net quand Terry engage Simon à utiliser des stéroïdes pour prendre de la masse, plus vite. Cela le transforme dans un monstre enragé et très vite, il perd son travail et sa petite amie. Ce tournant négatif dans la vie de Simon fait écho, thématiquement, à l'histoire de ripoux Hyena [+lire aussi :
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de Johnson, encensée en 2014. C’est un autre récit en forme d’avertissement sur le fait qu’il faut faire attention s'agissant de choisir à qui on accorde sa confiance. Terry semble authentique mais très vite, on se rend compte que c’est un harceleur, plus du genre "mec partagerait expériences sexuelles" que "J.F. partagerait appartement". Terry entre de tous ses muscles dans la vie et la maison de Simon et il invite la moitié de la ville chez lui pour des partouzes arrosées de cocaïne. Tant de choses se retrouvent entassées dans cet appartement que les voisins n’ont même le temps d'espionner de derrière les rideaux. Johnson, qui a également écrit le scénario du film, excelle dans l’absurde, et les résultats sont amusants, bien que ce soit parfois parce que le script frôle joyeusement l'ineptie ridicule.

C’est un film sur la masculinité toxique et la manière dont elle peut avoir un impact tragique sur les hommes. Et, comme la pratique sportive, il n’est pas fait pour tout le monde, mais ceux qui y croient trouveront tout cela aussi satisfaisant qu’ils l'espéraient.

Muscle a été produit par les sociétés britanniques Stigma Films et Hook Pictures avec la française Logical Pictures. Les ventes internationales du film sont gérées par WestEnd Films (Royaume-Uni).

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(Traduit de l'anglais)

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